mercredi 18 mai 2011
EVENEMENT CINEMA : LA CONQUETE
27 avril 2002 – 6 mai 2007
Entre ces deux dates, l’irrésistible ascension de Nicolas Sarkozy à la magistrature suprême racontée à la façon d’un thriller.
Au-delà du cas Sarkozy, la réalité dans tous ses aspects des tenants et des aboutissants de la conquête du pouvoir.
C'est la première fois dans toute l'histoire du cinéma français qu'un film de fiction est réalisé sur un président de la République encore dans l'exercice de ses fonctions. Aux États-Unis, Oliver Stone avait déjà tenté le pari avec W. - L'improbable Président autour de George W. Bush, dont le second mandat n'était pas encore achevé au moment de la sortie du film.
Le projet de base pour les producteurs de La Conquête consistait en un film totalement différent. Ils ont imaginé une sorte d'uchronie débutant le jour de l'élection présidentielle de Sarkozy. Ce jour-là, il meurt dans un accident de voiture. La suite du film présente tout ce qui se passe en France durant les quarante jours qui suivent la mort de l'ex-futur président. L'idée fut vite abandonnée.
Sorti le 18 Mai avec Dennis Podalydès dans le rôle d'un Sarkozy plus vrai que nature.
Le goût du sang des grands fauves, critique du journal l'Humanité
La Conquête, de Xavier Durringer. France, 1 h 45.
À l’heure où le spectacle semble avoir absorbé la matière politique tout entière, comment en rendre compte ?
La Conquête débute le dimanche 6 mai 2007, sur un homme subitement et cruellement seul. Tout va se construire dans la tension entre réminiscences et retour au déroulement de cette journée particulière. Ce choix de montage de Xavier Durringer récuse l’ornière du respect de la chronologie. Deuxième choix : plus que « choral », ce cinéma est nourri par le metteur en scène de théâtre de son sens de « troupe ». Chacun parvient à « incarner » son rôle, bien au-delà du mimétisme : on ne peut que saluer le beau travail. Bernard Lecoq en Chirac, Denis Podalydès en Sarkozy, Florence Pernel en Cécilia, Samuel Labarthe en Villepin, Pierre Cassignard en Lefebvre, Dominique Besnehard en Buisson, Saïda Jawad en Dati ou Michèle Moretti en Bernadette Chirac… Et tant d’autres, au premier rang desquels le laconique Hippolyte Girardot en un Guéant plus cardinalesque que nature.
La mise en scène se découpe entre duos-duels implacables – face au président sortant, à son fils spirituel bientôt promu premier ministre, et à celle qui va cesser petit à petit d’être sa compagne – et élaboration de la mécanique implacable qui se lance là. Les dialogues, de Patrick Rotman, nous font pénétrer les coulisses du pouvoir, et de son assaut.
De superbes plans muets à des moments clés
Le goût du sang de ce petit monde de grands fauves perce sans peine dans la brutalité des mots. Le flot est interrompu par de superbes plans muets (photographie de Gilles Porte) à des moments clés, accompagné des notes de fanfare à l’italienne de Nicola Piavoni, collaborateur de Fellini comme de Moretti.
Voir ce film aujourd’hui, faisant retour sur ce qui est construit lui-même comme double regard sur le passé, procure une sensation de décillement comme de grippage du rouleau compresseur de la machine à histoires (le « storytelling ») inventé ces années-là. Qui a en tête le final glaçant du Caïman fera la comparaison avec cette manière-ci. Si le peuple français est le plus politique, en Italie c’est son cinéma. Mais Durringer résout la contradiction en puisant davantage du côté de Shakespeare et de La Rochefoucauld que de Brecht.
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