mardi 17 mai 2011

Les apiculteurs sonnent l'alarme

DOSSIER publié par le journal l'Humanité.

Populations d’abeilles, production de miel, effectifs d’apiculteurs, équilibre économique du secteur : tous les voyants de l’apiculture française sont au rouge. Il faut agir.

L’avenir des abeilles est-il en ville ? Rares sont ceux qui sourient encore à cette idée. Non pas que la production de « miel de béton » dépasserait déjà celle du miel des champs : elle reste marginale et pratiquée par des amateurs. Ceux-là même qui désertent les campagnes tant il est devenu difficile, au moins dans certaines régions, d’y pratiquer l’apiculture.

Sentinelle, comme l’appelle l’Union nationale de l’apiculture de France, ou symptôme : l’abeille abandonne nos campagnes parce que l’environnement lui est devenu hostile. Complexes, les causes de la raréfaction des butineuses sont multiples. Et s’additionnent. Si l’on prend un ordre chronologique, on peut dire que l’abeille fait partie du problème plus général de l’appauvrissement de la biodiversité dans nos campagnes. Ensuite viennent les pesticides dont les dernières générations s’avèrent, de par leur nature (des neurotoxiques) et leur fonctionnement (des produits systémiques qui se diffusent dans toute la plante), particulièrement nuisibles. Ensuite il y a varroa destructor, un parasite qui vient souvent porter le coup de grâce aux ruches affaiblies – même si certains voient en lui le principal agent de la disparition des abeilles. Enfin, il y a toutes les autres causes possibles, comme le célèbre frelon asiatique : une quarantaine, selon un rapport publié en 2009 par l’Afssa (Agence française de sécurité sanitaire).

Les ennemis des abeilles travaillent pour l’OMC


Résultat : la production française de miel est en chute libre. Depuis les années 80, la France était le leader européen du miel. En 1995, la production culminait ainsi à 32 000 tonnes. En 2010 (comme en 2009), elle atteignait péniblement 20 000 tonnes. Ce sont les miels de colza et de tournesol qui ont le plus régressé, les abeilles et leurs maîtres se détournant des zones de grandes cultures, alors que ces miels constituaient depuis longtemps le gros de la production française. L’effectif des apiculteurs n’a cessé de dégringoler, passant de 85 000 en 1995 à 70 000 dix ans plus tard. Ce sont les amateurs, les petits producteurs, qui disparaissent en premier… alors que ce sont eux qui assurent la présence des insectes pollinisateurs jusque dans les moindres recoins du territoire. Ce n’est pas un détail : alors que le chiffre d’affaires global de la filière avoisine les 117 millions d’euros, l’impact de la pollinisation représenterait… 2 milliards d’euros.

Varroa ou pesticides, les ennemis des abeilles travaillent en tout cas pour l’OMC (Organisation mondiale du commerce), maître d’œuvre de la dérégulation du commerce mondial. Car l’affaiblissement de la production française de miel ouvre en grand la porte du marché français, estimé à 40 000 tonnes par an, aux importations. A ses autres soucis, la filière apicole doit du coup ajouter la même maladie qui frappe l’ensemble des productions agricole : la mise en concurrence avec des pays du moins-disant social et environnemental. En l’occurrence la Chine, qui inonde le monde de miels à bas prix (et à la composition parfois suspecte). En France, le miel chinois arrive à moins de deux euros le kilo, alors que les miels français « premier prix » sont entre 3 et 3,25 euros me kilo. Du coup, les producteurs de tels miels se voient proposer des prix d’achat inférieurs à leurs coûts de revient. Et voient leur avenir s’assombrir encore un peu. Il faut donc poser la question : si demain il n’y a plus assez d’abeilles pour polliniser « naturellement » les champs, qui voudra assumer le coût d’une pollinisation artificielle ?

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