mercredi 17 septembre 2025

En Patagonie, la découverte du fossile d’un alligator carnivore remet en cause la thèse de la domination des dinosaures


 Le fossile vieux de 70 millions d’années d’une espèce éteinte d’alligator hypercarnivore a été mis au jour en Patagonie par une équipe internationale de chercheurs. La puissante bestiole pouvait attaquer des dinosaures de petite et moyenne taille.            

Anna Musso, l'Humanité

Une équipe internationale de paléontologues et de scientifiques d’Argentine, du Brésil, du Portugal et du Japon a mis au jour en Patagonie un fossile d’une nouvelle espèce de superprédateur carnivore, vieux de 70 millions d’années. Les résultats de leurs recherches ont été publiés dans la prestigieuse revue scientifique Plos One.

Le fossile exceptionnellement préservé avait été découvert en mars 2020 dans une région reculée de Patagonie, dans la formation maastrichtienne de Chorrillo, vieille de 72 à 66 millions d’années, située à environ 30 kilomètres au sud-ouest de la ville d’El Calafate, dans la province de Santa Cruz, au sud de l’Argentine. Il a fallu cinq années pour identifier l’animal fossilisé.

Deux ans de préparation simplement pour étudier le squelette

Le paléontologue Diego Pol, du musée national des sciences naturelles Bernardino-Rivadavia de Buenos Aires, coauteur de l’article, raconte comment des membres de leur équipe qui parcouraient la formation rocheuse de Chorrillo, où d’autres fossiles importants avaient déjà été trouvés, ont fait cette découverte.

Ils « ont repéré un lourd bloc de roche contenant des éléments sombres. En l’examinant, ils ont réalisé qu’il s’agissait d’une partie d’un grand crâne de crocodile. Ils ont extrait le bloc, qui s’est avéré être une concrétion solide contenant le crâne et une grande partie du squelette, dont la conservation était exceptionnelle ».

Le fossile a ensuite été transporté à Buenos Aires pour être nettoyé et préparé pendant deux ans afin d’y être étudié. En effet, ajoute Diego Pol, « la roche entourant les os était extrêmement dure, ce qui a nécessité beaucoup de patience et de précision ».

Après sa description anatomique, a commencé la reconstruction de cet animal remarquable. Résultat de ce soigneux travail : ce fossile est celui d’un reptile prédateur redoutable. Il appartenait au groupe des crocodyliformes peirosauridés, des parents éteints des crocodiles et des alligators contemporains, qui avaient quitté les milieux aquatiques pour s’installer sur la terre ferme.

Un reptile redoutable prédateur de dinosaures

Long d’environ 3,5 mètres et lourd de près de 250 kg, il vivait à la fin du crétacé, juste avant l’extinction massive. Il a été baptisé Kostensuchus atrox (K. atrox), un nom combinant celui du puissant vent patagonien kosten avec celui du dieu égyptien Sobek ou crocodile.

K. atrox était un redoutable chasseur qui coexistait avec les dinosaures et, malgré sa taille inférieure, pouvait les attaquer. En effet, muni de dents acérées comme des lames et doté d’une mâchoire capable de broyer les os, K. atrox était un hypercarnivore, dont plus de 70 % de l’alimentation était composée de viande.

« Le Kostensuchus atrox, décrit Diego Pol, se distingue par son crâne très inhabituel parmi les reptiles de la famille des crocodiliens. Il avait un crâne haut, large et extrêmement robuste, très différent du museau long et plat des crocodiles modernes. Ses mâchoires étaient profondes et puissantes, et il avait plus de 50 dents acérées, certaines mesurant plus de 5 centimètres de long, avec des bords dentelés, des caractéristiques adaptées pour découper la chair et abattre des proies relativement grandes. »

K. atrox vivait durant le crétacé supérieur, une période géologique marquée par une grande biodiversité en Amérique du Sud. La région Patagonie était alors une plaine avec un climat chaud et humide, habitée par de nombreuses créatures, dont les dinosaures, les tortues ou les mammifères anciens.

C’est pourquoi cette découverte contribue à saisir la complexité et la richesse des écosystèmes de cette époque dans une région peu explorée par rapport à d’autres parties du monde.

« Le Kostensuchus, souligne Diego Pol, nous aide à brosser un tableau plus complet des écosystèmes dans lesquels vivaient les dinosaures et de la diversité de la vie qui existait peu avant l’extinction massive. Sa découverte montre que les dinosaures partageaient leur écosystème avec d’autres grands prédateurs, notamment de puissants crocodyliformes comme le Kostensuchus. Cela remet en question l’idée selon laquelle les dinosaures dominaient seuls ces environnements. »

Les chercheurs espèrent découvrir d’autres spécimens

Pour les chercheurs, cette découverte n’est qu’un début. Ils espèrent maintenant trouver d’autres spécimens de Kostensuchus afin de mieux comprendre son anatomie, ses stades de croissance et les variations possibles au sein de l’espèce. Pour l’instant, ils ne disposent que d’un seul individu, et tout nouveau fossile pourrait leur fournir des informations cruciales.

Les scientifiques, envisage Diego Pol, vont aussi travailler sur « le contexte paléoenvironnemental du site, en étudiant les sédiments, les fossiles associés et les indicateurs climatiques afin de mieux reconstituer l’écosystème dans lequel vivait le Kostensuchus ». Ils vont, annonce le chercheur, mener des études biomécaniques sur le crâne et les mâchoires afin de modéliser la façon dont K. atrox mordait et se nourrissait.

« Cela nous aidera à tester des hypothèses sur son rôle de prédateur supérieur et sur la façon dont il chassait ou rivalisait avec d’autres carnivores, comme les dinosaures théropodes. » Conclusion : dans cette région et à cette époque, les dinos n’étaient pas les seuls maîtres du monde !

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire