mercredi 11 mars 2026

États‑Unis : quand les imaginaires religieux justifient la guerre en Iran

 


Aux États-Unis, l’escalade militaire qui a démarré le 28 février en Iran ne peut être comprise uniquement à partir de logiques militaires ou diplomatiques. Elle s’inscrit également dans un champ symbolique et religieux dense, où traditions théologiques et narrations identitaires et imaginaires eschatologiques divers contribuent à légitimer, à contester ou à réinterpréter la violence des armes.


Quand on parcourt les prises de position publiques de ces derniers jours aux États-Unis, il est frappant de constater à quel point polarisation politique et polarisation religieuse s’entremêlent. Les partisans de l’opération lancée contre l’Iran conjointement avec Israël ont volontiers recours au registre religieux : sacralisation du leadership politique états-unien, mise en scène religieuse de la guerre, vision apocalyptique de l’affrontement actuel dans certains segments de l’appareil militaire, justification biblique par certains milieux chrétiens pro-israéliens… Dans le même temps, une partie de l’extrême droite américaine, habituellement alignée sur l’administration Trump, promeut une vision complotiste et antisémite des derniers événements.

Ces dynamiques se heurtent à un ensemble de discours religieux profondément étrangers à la logique de guerre et à la moindre justification biblique ou morale de la destruction de l’Iran. Ces prises de position, mises en avant aussi bien par des Églises américaines protestantes que par l’Église catholique des États-Unis et par le Vatican, réaffirment les principes du droit international et contestent la mobilisation du sacré au service de la guerre.

La sacralisation du leadership politique : Trump et l’imaginaire apocalyptique

Le premier élément de cette configuration est la construction autour de la figure de Donald Trump d’un imaginaire politico-religieux propagé par un ensemble de théologiens et de leaders fondamentalistes, qu’on peut qualifier de protestants charismatiques, au sein d’une mouvance contemporaine, la Nouvelle Réforme apostolique, qui se présente comme une véritable restauration du pouvoir spirituel chrétien, où les leaders prophétisent et interprètent les événements comme des signes divins.

Plusieurs de leurs personnalités médiatiques – Paula White, Lance Wallnau, Cindy Jacob, Dutch Sheets – ont magnifié, depuis sa première candidature, Donald Trump, allant jusqu’à le voir en lui un acteur providentiel inscrit dans l’histoire du salut.

Cette lecture mobilise notamment une typologie biblique fondée sur la figure du roi David, souverain choisi par Dieu malgré ses fautes personnelles. En 2016, Jerry Falwell Junior, président de la Liberty University, expliquait ainsi que Dieu avait choisi David malgré ses péchés et qu’il fallait juger un leader politique comme un roi, non comme un pasteur. De son côté, Franklin Graham, président de la Billy Graham Evangelistic Association, a mobilisé la même typologie pour justifier le soutien évangélique à Trump.

Ce schéma herméneutique permet de neutraliser les critiques morales à l’égard du président, tout en l’inscrivant dans une narration providentialiste. Se prenant au miroir de son « élection divine », Donald Trump, qui a pu se présenter comme le « Chosen One » (« l’Élu »), utilise un vocabulaire apocalyptique dans certains de ses discours, notamment lors d’un meeting tenu à West Palm Beach, le 26 juillet 2024, où il a implicitement évoqué une transformation radicale de l’ordre politique américain.

Cette rhétorique s’inscrit dans une tradition fondamentaliste millénariste, qui interprète l’histoire contemporaine comme le prélude d’une confrontation finale entre le Bien et le Mal. Dans cette perspective, la politique étrangère états-unienne peut être relue comme une étape du drame eschatologique. La guerre cesse alors d’être un simple instrument de puissance : elle devient l’un des événements possibles de l’accomplissement de l’histoire divine.

La mise en scène religieuse de la guerre à la Maison-Blanche

La seconde étape de ce processus consiste à traduire cette théologie fondamentaliste, qui assume la guerre terrestre comme un combat final, en mise en scène institutionnelle.

Le 5 mars 2026, alors que les opérations militaires au Moyen-Orient s’intensifient, Trump accueille dans le bureau Ovale une vingtaine de pasteurs évangéliques. Ceux-ci prient pour le président et pour les soldats américains engagés dans la guerre. Le pasteur Tom Mullins demande explicitement à Dieu de protéger les forces armées américaines et d’accorder au président « la sagesse venue du ciel ».

Cette séquence est politiquement significative à plusieurs titres. Elle transforme la décision militaire en objet de prière publique ; elle associe l’autorité présidentielle à l’intercession pastorale ; et elle inscrit l’action armée dans la narration religieuse d’une nation « under God ». L’image du président entouré de pasteurs imposant les mains constitue ainsi un dispositif symbolique puissant : la guerre est implicitement placée sous la protection divine.

Pour rappel, Trump a créé le 7 février 2025 à la Maison-Blanche « un Bureau de la foi », confié à Paula White, déjà citée, et il affirme régulièrement avoir été « sauvé par Dieu » pour empêcher le déclin de l’Amérique. Cette articulation entre pouvoir politique, rhétorique religieuse et symbolique nationale contribue à sacraliser l’action militaire.

Source The Conversation 

« La guerre n'est pas sainte ; seule la paix est sainte parce qu'elle est voulue par Dieu. »

Le Pape déclare le cirque de prière de guerre de Trump « Immoral » et avertit MAGA que la guerre n'est pas sainte.

 Le pape Léon XIV a livré une réprimande étonnante du Vatican après que les dirigeants évangéliques se sont rassemblés dans le bureau ovale pour mettre la main sur Donald Trump et bénir sa guerre avec l'Iran. 

Le pontife né à Chicago a rejeté le spectacle carrément et a lancé un avertissement moral contondant. « La guerre n'est pas sainte ; seule la paix est sainte parce qu'elle est voulue par Dieu. » Le pape a répété ces mots à plusieurs reprises en condamnant le conflit croissant qui a déjà coûté des vies. 

Les troupes américaines meurent. Des civils iraniens meurent. Des écolières ont été tuées. Le danger d'une catastrophe régionale plus large augmente de jour en jour. 

Il a qualifié le combat d'assaut immoral et a supplié les dirigeants du monde entier d'écouter la souffrance plutôt que les fanatiques qui tentent de baptiser la violence. « Si le monde est sourd à cet appel, nous sommes certains que Dieu entendra notre prière et lamentation de tant de souffrances. "Nous devons oser la paix. Assez de guerres avec leurs douloureuses tas de morts, leurs destruction et déplacements. " Aucun cercle de prière dans le bureau ovale ne peut rendre saint le bain de sang.  

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