mercredi 3 décembre 2025

120 ans de la laïcité : « Une certaine idée de la raison et de la République »


Les commémorations des 120 ans de la loi du 9 décembre 1905 au siège du PCF ont été l’occasion, lundi soir, de passer en revue les menaces qui pèsent sur cette conquête garantissant liberté et émancipation.

Gaël De Santis l'Humanité

Cent vingt ans après, la laïcité est toujours la solution. Lundi, la loi du 9 décembre 1905 a été mise à l’honneur à Paris au siège du Parti communiste français. « Cette laïcité nous est chère », a rappelé le secrétaire national Fabien Roussel, qui dénonce les « fondamentalismes religieux » porteurs d’une « vision essentialiste et religieuse totalitaire, quelle que soit leur origine ».

Tous « prennent pour cible l’égalité des citoyens entre eux, l’État de droit, la séparation entre sphère publique et privée, et donc la mission d’éducation qui revient à la puissance publique ». « Les courants intégristes catholiques, qui veulent peser sur le destin du pays, ont des relais puissants », alerte-t-il, citant le milliardaire Pierre-Édouard Stérin ou l’homme d’affaires Vincent Bolloré.

La proximité de Donald Trump avec plusieurs courants fondamentalistes menace l’Europe, analyse la maîtresse de conférences en histoire américaine Marie Gayte. « Les États-Unis (…) se vivent en défenseurs de la civilisation judéo-chrétienne. Or, à leurs yeux, nous serions les mauvais élèves puisqu’ils voient l’Europe comme l’un des berceaux de cette civilisation à laquelle nous tournerions le dos. Il y a une mission de la part de l’Amérique qui veut nous remettre sur le droit chemin », insiste-t-elle.

« La laïcité est la République »

Défendre la laïcité, c’est donc défendre une certaine idée de la France. « La laïcité est la République, souligne l’historienne Jacqueline Lalouette. La République est une communauté de citoyens libres et égaux en droits. La laïcité est ce principe qui garantit la liberté absolue de conscience. Elle se trouve au fondement de la liberté d’expression, la liberté artistique, et la possibilité de critiquer toute religion. »

La laïcité est un « rempart contre les intégrismes religieux mais ne doit pas être un combat contre une religion quelle qu’elle soit », précise l’historienne, qui dénonce l’instrumentalisation par la droite de la laïcité pour discriminer les musulmans.

Gwenaële Calvès, professeur de droit public, liste les menaces qui pèsent sur la laïcité : l’extrême droite et l’islamisme, ce dernier étant à l’origine de deux assassinats d’enseignants ces dernières années. « On a une coalition informelle depuis la loi Taubira sur le mariage pour tous selon laquelle l’école publique corrompt les enfants en promouvant l’idéologie transgenre, l’homosexualité ; elle serait woke », explique-t-elle. Être laïc, c’est accepter que l’école délivre un savoir, qu’« il peut y avoir contradiction entre le discours du maître et celui du parent ».

Or, l’extrême droite porte un discours antilaïc, au nom de la primauté éducative des parents. Si la laïcité est ciblée, c’est qu’elle « est une loi de libération » des individus, analyse le sénateur communiste Pierre Ouzoulias, pour qui la loi de 1905 défend « une certaine idée de la raison et de la République », émancipatrice des individus.

L’offensive antilaïque et antirépublicaine « intervient à un moment où la République est en crise, affaiblie par quatre décennies d’évolution néolibérale qui fait primer les actionnaires sur l’intérêt général », dénonce le dirigeant communiste Christian Picquet, qui dresse un constat accablant : les citoyens ont « le sentiment que les principes de liberté, d’égalité et de fraternité sont vidés de sens ». Alimentant le repli identitaire et les discours essentialistes, au plus grand bonheur des puissants et des obscurantistes.

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