mardi 28 avril 2026

Le manque d'envie, principal obstacle à la lecture ?

 


La question taraude de plus en plus de professionnels du livre, dans le monde entier : comment expliquer la baisse de l'intérêt pour lecture, souvent observée à travers l'ensemble de la population ? Une enquête de l'Ifop, consacrée aux pratiques culturelles des Français, suggère une absence d'envie pour la lecture, plus qu'un manque de temps ou d'argent.

Le premier trimestre de l'année 2026 annonce une année moribonde pour l'industrie du livre, avec un recul des ventes des livres neufs de 6,5 % en valeur sur l’ensemble du trimestre par rapport à l'année dernière. Du côté des librairies indépendantes, l'inquiétude est également de mise, avec un chiffre d'affaires en baisse de 5 à 6 % depuis janvier 2026, selon les données du Syndicat de la Librairie française.

Au-delà de ces préoccupations économiques, le recul des pratiques de lecture semble réel. Mi-avril, le Centre national du livre dévoilait les résultats d'une étude commandée à Ipsos/BVA, consacrée au rapport des jeunes Français, de 7 à 19 ans, avec la lecture.

Parmi ses points saillants, une appréciation générale de la lecture, mais, paradoxalement, un temps de plus en plus court qui lui est réellement consacré, chaque jour (18 minutes), face aux écrans (3h01). Cet éloignement de la lecture n'est pas circonscrit aux jeunes, puisque toutes les classes d'âge, en France, sont concernées par le phénomène : d'ailleurs, une partie des interrogés, dans le cadre du sondage Ipsos/BVA, indiquait qu'ils voyaient rarement leurs parents ouvrir un livre.

Une culture très valorisée

L'Ifop, cette fois, a mené une étude, pour la Fondation Art Explora en partenariat avec France Culture, centrée sur les pratiques culturelles de plus de 4000 Français et Françaises. Premier constat, et non des moindres : 86 % d'entre eux jugent la culture essentielle à la qualité de vie, juste après les moments en famille (93 %) et entre amis (89 %).

Sans surprise, les catégories de la population les plus diplômées, les plus aisées et dont l'accès à la culture est le plus facile ont tendance à juger la culture plus essentielle à la qualité de vie. Les 65 ans et plus ont également tendance à considérer la culture comme plus importante dans leur vie que le reste de la population.

Parmi les répondants, 72 % ont indiqué avoir lu au moins un livre au cours des douze derniers mois, un résultat en forte baisse par rapport aux réponses d'il y a près de 10 ans, en 2017 (85 %). Même punition pour les visites en bibliothèques ou médiathèques : ils sont 33 % à avoir franchi leurs portes au moins une fois l'année passée, contre 49 % en 2017.

La littérature reste pourtant un art jugé proche de soi (par 13 % des répondants, derrière le cinéma et la musique contemporaine), mais aussi peu hermétique (3 % s'en sentent éloignés, loin derrière l'opéra, le ballet classique ou la danse contemporaine).

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Par ailleurs, une bonne partie des répondants se dit désireuse de pratiquer plus d'activités culturelles (62 %), avant tout pour le bien-être physique et mental que cela procure, le côté divertissant ou l'acquisition de connaissances. Mais alors, pour quelle raison ne pas s'y mettre ?

L'envie d'avoir envie

Interrogés quant à la raison principale derrière la pratique moindre de telle ou telle occupation culturelle, pour la lecture de livre, les concernés évoquent, à 48 %, le fait de ne pas en « éprouver l'envie », devant le manque de temps (35 %), et très loin devant le manque d'argent (6 %) ou d'informations (4 %). Ainsi, la concurrence des autres loisirs, qui limiterait le temps disponible pour la lecture, ou encore les prix en hausse des ouvrages neufs ne seraient pas en cause dans l'éloignement de la lecture.

Les bibliothèques et médiathèques sont elles aussi victimes de cette apathie, puisque 55 % des répondants n'éprouvaient pas l'envie d'en pousser la porte au cours des douze derniers mois. 23 % pointent le manque de temps, et 10 % l'absence d'équipements de lecture publique à proximité.

Pour mieux comprendre cette « non-envie » de culture, et plus particulièrement de lecture, l'Ifop a complété son étude d'un volet qualitatif, constitué de 12 entretiens semi-directifs de 1h. Cet échantillon plus réduit réunissait des représentants du « public paradoxal », qui reconnait l'importance de la culture sans pour autant la pratiquer.

Les répondants étaient âgés de 18 à 70 ans, hommes ou femmes, mais relevaient de la catégorie des CSP+, résidents de grandes métropoles françaises et ayant reçu une éducation culturelle pendant l'enfance. Difficile, donc, d'établir des généralités à partir de ces profils.

Les réponses ont permis d'identifier trois types de freins à l'origine du manque d'envie. Les premiers sont des « freins de contexte », liés à l'inertie des routines quotidiennes ou à l'isolement culturel. Pour ce dernier, l'absence de recommandations de la part de proches, ou d'une possibilité de discuter des expériences culturelles avec l'entourage, peut dissuader.

La deuxième catégorie est celle des « freins cognitifs », où l'on trouve notamment la peur « de perdre son temps », de s'ennuyer ou d'être déçu : on se tourne alors vers des loisirs moins « risqués ». Y apparait aussi la notion d'« engagement », qui suppose une disponibilité mentale, un effort d'attention et une confrontation avec l'inconnu. Enfin, toutes les contrariétés et difficultés liées à l'organisation d'une sortie culturelle y figurent — ce qui peut concerner les visites en bibliothèque ou médiathèques, moins le fait d'ouvrir un livre.

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Enfin, des « freins d'expérience » complètent le tableau, lesquels détourneraient le public de la culture à cause de discours politiques et de thématiques idéologiques trop présents ou d'un sentiment d’obligation implicite à découvrir telle ou telle œuvre. Un sentiment qui croise parfois celui d'une standardisation des propositions.

Toute une palette de bénéfices

La partie qualitative de l'enquête formule quelques recommandations pour susciter le désir, en mettant par exemple l'accent sur la spontanéité — dans le cas des visites et autres expériences culturelles, principalement.

L'Ifop suggère ainsi d'explorer la possibilité des pratiques culturelles « interstitielles », peu chronophages, qui peuvent se glisser entre le travail et le domicile ou pendant une pause déjeuner. Ou encore d'orienter les espaces culturels vers des « espaces multifonctions, dans lesquels on se rend facilement pour autre chose qu’une activité culturelle, avec un système de services permettant bar, ateliers découvertes, boutique, espaces de travail, dépôt de colis avec une réduction sur le billet d’entrée ».

Enfin, l'entreprise de sondages estime que le discours sur les pratiques culturelles peut être revu, pour insister sur les bénéfices en matière de santé mentale et de compétences sociales, par exemple. La lecture pourrait ainsi être valorisée en tant qu'activité utile pour renforcer sa discipline attentionnelle ou affiner son empathie.

Les résultats détaillés de l'étude sont accessibles à cette adresse.

Source Les Univers de la Lecture 


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