À Valence, dans la Drôme, la France insoumise marque sa rentrée en se rassemblant autour de Jean-Luc Mélenchon autant qu’en chargeant journalistes et anciens partenaires du NFP.
Anthony Cortes, l'HumanitéCharles Consigny est dans les bouchons et les Insoumis s’impatientent. Dans l’amphithéâtre Louise-Michel, ce vendredi 22 août, l’ex-candidat « Les Républicains » (LR) aux législatives dans les Yvelines doit croiser le fer avec Manuel Bompard, coordinateur national de LFI.
Les minutes s’écoulent, toujours rien, fichue circulation. Alors, on se chauffe comme on peut. On discute, beaucoup, en particulier des journalistes, ces « membres » d’un « système », cette « élite » qui a le mouvement « dans le pif ».
Faut les voir, dit-on, montrer les camarades comme des « sectaires hypnotisés » par « le vieux », comme s’en désolent deux militants sexagénaires auprès de l’un de ces journaleux. Et puis on chante, beaucoup. L’Internationale, bien sûr, mais aussi quelques vacheries.
Contre un communiste, Fabien Roussel, et les socialistes dans leur ensemble. Leur point commun : « tout le monde (les) déteste », entonnent-ils gaiement. Qu’importe qu’il y a seulement quelques mois, tous se présentaient aux Français sous une seule étiquette : le Nouveau Front populaire (NFP).
La « classe médiatique » visée
Les temps changent, souvent trop vite. La France insoumise et son fondateur, Jean-Luc Mélenchon, en sont une illustration. En 2010, dans l’essai « Qu’ils s’en aillent tous », celui-ci brandissait toutes ses ambitions pour la presse et sa liberté qu’il chérissait.
« Nous avons le droit et même le devoir de nous en mêler », écrivait-il alors, « il est impossible de mener une révolution citoyenne sans qu’elle n’entre de plain-pied dans les médias pour les émanciper ».
Quinze ans plus tard, en 2025, les Amfis, événement annuel de LFI, créent l’événement par une entrave à son exercice : un refus d’accréditation à un journaliste du Monde. Le tort du journaliste en question, Olivier Pérou : avoir commis un livre-enquête critique sur sa formation (La Meute, co-écrit avec Charlotte Bélaïch, journaliste à Libération). Des méthodes dénoncées par plusieurs journalistes présents, de l’AFP, Mediapart ou l’Humanité, par communiqué publié sur X. « Il n’est pas acceptable qu’un parti politique choisisse ses journalistes », peut-on y lire.
Lors de sa prise de parole, en toute fin de journée, Jean-Luc Mélenchon est allé plus loin encore, dénonçant à trois reprises la « classe médiatique », en particulier le journal Libération, coupable de diaboliser LFI sur tout un ensemble de sujets. Et ce malgré « le triomphe intellectuel absolu des insoumis », en particulier sur les sujets internationaux.
Tous les journalistes ne sont cependant pas vilipendés : soixante-dix d’entre eux, venus du monde entier, sont présents, dit-il. « Remercions les professionnels de l’info, sourit-il devant un public amusé. Parce que ça nous aide davantage que ça nous dessert ».
Pour ce qui est des partenaires politiques des insoumis, le ton n’est pas vraiment plus apaisé. À la mi-journée, la vice-présidente de l’Assemblée nationale, Clémence Guetté, chargeait le Parti socialiste (PS) comme Place publique, le mouvement de Raphaël Glucksmann, dont « l’habitude des renoncements et des trahisons n’est pas une page tournée ».
Mais aussi les communistes, en particulier Fabien Roussel, encore lui, hué par la salle pour son « discours sur le travail » qui imposerait une « grille qui hiérarchise (…) ceux qui travaillent et les assistés ».
D’autres, non identifiés, sont accusés de mener une « analyse ouvriériste » particulièrement « blanche » et « passéiste », en plus de faire fausse route en se concentrant sur certaines explications « territoriales ». On pense à un ancien insoumis : François Ruffin.
Une gauche « qui rechigne à un minimum de théorisation »
Autant de forces qui, selon elle, représentent une « gauche qui rechigne à un minimum de théorisation » pour aller vers une « double approche matérialiste et intersectionnelle » que la France insoumise s’emploierait à faire sienne.
À gauche, seuls les verts ont été épargnés. Parmi les rares membres des autres partis du NFP présents, deux siègent dans le groupe écologiste à l’Assemblée nationale : Sandrine Rousseau, jeudi, et Benjamin Lucas, ce vendredi. 2027 n’est pas si loin, mais les divisions n’ont jamais été si visibles.
« Nous serons toujours du côté de la solution. On s’est toujours mis du côté de la solution !, se défend Jean-Luc Mélenchon sur le sujet, provoquant les hourras de la foule. Mais il y a une chose qu’on ne fera pas, c’est la combine. Nous ne rabattrons pas une ligne du programme et vos applaudissements sont un mandat politique que vous nous donnez ! ».
Faut-il y voir une promesse définitive de cavalier seul ? Quoi qu’il en soit, avant tout cela, celui-ci annonce d’autres rendez-vous : la journée de mobilisation du 10 septembre, que la FI entend « accompagner ». Et la « chute de François Bayrou », qu’elle entend provoquer. Ses seuls bras ne suffiront pourtant pas.

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