Pour la maire d’Échirolles, en Isère, la sécurité n’est pas un gros mot. Pour elle, en tant qu’élue de gauche, c’est même une exigence d’assurer la protection des plus fragile.
L’émotion la prend sans prévenir. Une intonation qui dérape, des yeux légèrement humides, un silence de quelques secondes pour qu’elle reprenne ses esprits. Elle la retient par pudeur, la masque du mieux qu’elle peut, ajuste ses lunettes, puis continue de raconter ces messages reçus de ses administrés après leur relogement. I
ls sont nombreux. « Cette décision de faire évacuer cet immeuble réquisitionné par les narcotrafiquants et de reloger les locataires, c’est ça le travail d’un élu de terrain de gauche », estime Amandine Demore, maire PCF d’Échirolles, commune de plus de 38 000 habitants située au sud de Grenoble (Isère).
L’immeuble Carrare, un point de deal devenu symbole de violence
Élue en octobre 2023 à la tête de cette ville communiste depuis l’après-guerre, elle en était la première adjointe depuis 2020. La voici l’héritière d’une longue histoire politique locale, une mémoire qu’elle assume et qu’elle continue de faire vivre, notamment en matière de sécurité.
Un gros mot pour certains à gauche. Pas pour Amandine Demore : « La sécurité, ce n’est pas un thème d’extrême droite ou de droite ! On ne doit pas leur laisser ça », rappelle-t-elle. Surtout en matière de narcotrafic, face à des réseaux prédateurs qui, dit-elle, « exploitent les faiblesses sociales, économiques et psychologiques, la plupart du temps en visant les habitants des quartiers populaires, pour les asservir. C’est la double peine ».
Dans sa ville, les trafiquants s’étaient emparés de l’immeuble le Carrare, devant l’arrêt de tramway la Rampe, pour en faire l’un des points de deal les plus lucratifs de l’agglomération grenobloise, par la violence et l’intimidation. Ils régnaient en maîtres sur les lieux, et les habitants de la barre d’immeubles savaient à quoi s’en tenir.
Le 9 août 2024, les forces de police organisent une descente surprise. Dans l’un des appartements squattés, elles découvrent un fusil d’assaut, un pistolet chargé et des gilets pare-balles. Un attirail suffisant pour mener une guerre contre des concurrents ou des voisins encombrants.
Une pétition pour ouvrir un commissariat à Échirolles
« Les allées et venues des habitants étaient surveillées, certains étaient contrôlés. Il fallait montrer patte blanche. Les dealers avaient aussi détruit les installations électriques pour compliquer le travail des policiers. Ils avaient privatisé tous les espaces communs. C’est ça, la réalité du trafic de drogue, ça me rendait malade », décrit Amandine Demore.
Le 24 septembre 2024, elle signe deux arrêtés de mise en sécurité et d’évacuation de l’immeuble. Les locataires sont relogés, les dealers neutralisés. Des travaux sont en cours pour réhabiliter l’édifice.
Autre combat, là aussi susceptible de faire grincer des dents : la création d’un commissariat dans sa ville. Plus de 5 000 personnes ont signé la pétition initiée par la maire, et 400 se sont rassemblées en novembre 2024 devant l’hôtel de ville pour soutenir cette demande.
« Il n’existe qu’un seul commissariat pour sept communes, et il est implanté à Grenoble. Avec la montée en puissance des narcotrafiquants, cela pose la question de l’égalité des citoyens face à la sécurité », explique-t-elle.
La sécurité, l’une des préoccupations des Français
Échirolles possède bien une police municipale depuis les années 1970, armée dès son origine, « et ça n’a jamais créé de débat, en tout cas à l’époque », note-t-elle, en écho aux débats passionnés que ce sujet suscite au niveau national. Reste que, rappelle-t-elle, « les policiers municipaux n’ont pas vocation à remplacer les policiers nationaux. C’est, là encore, une question d’égalité entre citoyens ».
Et la demande de commissariat n’est pas pour autant un blanc-seing donné au ministère de l’Intérieur : « Oui, il y a un problème avec la police. Entre autres, elle se limite trop souvent à l’intervention, alors que nous avons besoin d’une police de proximité, en contact permanent avec la population, comme les îlotiers d’autrefois, et pas simplement là pour faire de la répression. »
La sécurité est un sujet trop sérieux pour l’abandonner à la droite et à l’extrême droite, surtout face à la montée en puissance des réseaux de crime organisé, « qui incarnent la forme la plus sauvage du capitalisme. Notre devoir d’élus de gauche, c’est de se battre pour la sécurité des plus fragiles, qui se retrouvent exploités par ces trafiquants », tranche-t-elle.
Quitte à briser quelques tabous et à dépasser les slogans simplistes. Les sondages le montrent régulièrement : parmi les premières préoccupations des Français figurent la sécurité, la situation économique et le système de santé. « Au niveau local, c’est aussi une priorité. Et mon rôle, c’est de trouver des solutions », assure Amandine Demore. Pour la justice et l’égalité.

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