vendredi 25 novembre 2011

Patrimoine des Français : la "Belle époque" des plus riches


Selon la nouvelle enquête de l’Insee, les inégalités de patrimoine se sont accrues en France entre 2004 et 2010. Malgré la crise, les hauts patrimoines se portent très bien et restent détenus par une minorité d'héritiers, une concentration amplifiée par les allégements fiscaux sur les successions et que la suppression de l'impôt sur la fortune devrait encore aggraver.

Les riches toujours plus riches en matière de patrimoine, selon l'enquête de l'Insee sur le patrimoine des Français entre 2004 et 2010, le revenu disponible des 10% des ménages les plus modestes étant 4,2 fois moins élevé que celui des 10% les plus aisés. Quand les 10% les mieux lotis possèdent au moins 550.000 euros de patrimoine, les 10% les moins bien lotis n'ont pas plus de 2.700 euros chacun, soit 205 fois moins. Quant au 1% des ménages les plus riches, ils détiennent chacun 1,8 million d'euros d'avoirs financiers, immobiliers ou professionnels. "Les inégalités de patrimoine sont beaucoup plus marquées que celles des revenus", reconnaît l'Insee

Pour l'économiste Thomas Piketty, spécialiste de la fiscalité et des hauts revenus, cette enquête confirme que "les patrimoines se portent très bien. Il faut revenir à la Belle époque pour trouver un niveau aussi élevé". Le patrimoine global des ménages s'élève à près de 10.000 milliards d'euros. A ses yeux, "le problème n'est pas son niveau, mais sa répartition". Ainsi, les 10% les plus riches possèdent à eux seuls la moitié du patrimoine total et ont en moyenne plus de 1 million d'euros chacun. A l'inverse, les 50% les plus pauvres ont en moyenne 30.000 euros, ce qui correspond à une "voiture et deux/trois trois mois d'avance sur leur compte en banque". Et s'ils sont propriétaires de leur appartement, ils ont contracté un emprunt si bien que leur patrimoine net est très faible.

"consacrer toutes les marges de manoeuvre disponibles à ceux qui n'ont que le revenu de leur travail"

Autre enseignement de l'enquête: "il n'y pas de fuite des patrimoines importants hors de France", souligne M. Piketty. Une étude récente de la banque Crédit Suisse a d'ailleurs montré que la France comptait plus de millionnaires que n'importe quel pays européen. Pour l'économiste, cette concentration du patrimoine a été aggravée par la loi TEPA de 2007, qui a exonéré d'impôts 95% des successions, en attendant que se fassent sentir les effets de la refonte récente de la fiscalité du patrimoine, qui a divisé par deux l'ISF.

A rebours de la politique actuelle, "la priorité, c'est d'alléger au maximum l'impôt sur le revenu et d'augmenter les impôts sur le patrimoine", plaide M. Piketty, qui estime qu'il faut "consacrer toutes les marges de manoeuvre disponibles à ceux qui n'ont que le revenu de leur travail" et n'arrivent pas à accumuler un peu de patrimoine.

L'héritage ne bénéficie pas à ceux qui en auraient le plus besoin

Pour Thibault Gajdos, du CNRS, cette enquête illustre le rôle déterminant de l'héritage dans la constitution du patrimoine. Ainsi, le patrimoine médian des ménages héritiers est de 241.300 euros, contre 63.100 euros pour les non-héritiers. A ses yeux, ce n'est donc pas la hausse des prix de l'immobilier qui est responsable de cette "dérive des inégalités", mais "la simple transmission du patrimoine" opposant les héritiers, qui ont pu accéder à la propriété, à ceux qui ne disposent pas d'un patrimoine initial. En outre, relève-t-il, du fait du vieillissement de la population, "on hérite plus vieux". L'héritage ne bénéficie pas à ceux qui en auraient le plus besoin. L'écart entre le patrimoine des 20/29 ans et celui des 60-69 ans est de 1 à 10.

mercredi 16 novembre 2011

L'EMPLOI, A L'ABANDON !


L'emploi, une préoccupation totalement délaissée par le tandem Sarkozy-Fillon

Obnubilés par le triple A des agences de notation et les plans d'austérité successifs qui en découlent, Nicolas Sarkozy et le gouvernement de François Fillon ne parlent plus du tout d'emploi ni de lutte contre le chômage. Pourtant, ils devraient, au vu des plans de licenciements de grande ampleur qui s'annonce chez Peugeot, la Société générale ou Paru Vendu, pour ne citer que les derniers en date.

Les dernières statistiques révélées ce mardi ne sont pas engageantes pour la France sur le front du chômage. L'emploi salarié stagne désormais, avec des créations d'emploi nettes quasiment nulles au troisième trimestre, sans perspective d'amélioration du marché du travail dans les semaines à venir, selon des économistes. A peine 7.400 postes ont été créés entre juillet et septembre dans les secteurs marchands non agricoles, après 78.300 au premier trimestre puis 33.000 au deuxième, selon les estimations de l'Institut national de la statistique et des études économiques publiées mardi.

Les plans sociaux vont s'accélérer

L'évolution est de 0,0% par rapport au deuxième trimestre (+1,0% sur un an), alors que l'emploi salarié était en hausse depuis début 2010. "Les signaux du côté du marché du travail suggèrent que la dynamique va probablement encore s'infléchir et que le point haut d'amélioration est derrière nous", a commenté Philippe Waechter, directeur de la recherche économique de Natixis AM. Dans le langage de monsieur Tout-le-monde, les annonces de licenciements ou de plans sociaux vont s'accroître.

Sur un an, les effectifs salariés auraient augmenté de 159.500 emplois, selon les estimations de l'Insee et du ministère du travail, dont la majorité - quelque 158.200 emplois - dans le tertiaire. Pour les experts, il en faudrait davantage pour faire reculer de façon décisive le chômage alors que la population active augmente d'environ 140.000 personnes par an, qui doivent désormais travailler plus longtemps. En juillet, l'âge du départ à la retraite a enregistré un premier recul de quatre mois. dans le même temps, la croissance de l'économie a connu un coup d'arrêt. "L'emploi réagit toujours avec un ou deux trimestres de retard", souligne Hervé Boulhol, responsable France à l'OCDE. Pour compléter le sombre tableau prévisionnel, un analyste de Natixis ajoute qu'au vu des chiffres de l'emploi et de l'investissement, "on voit bien que les chefs d'entreprises ont réagi très vite à un environnement qui s'est dégradé. (...) On sent bien ce choc d'incertitude qu'on a eu au cours de l'été.".

2,78 millions de chômeurs en France. Le nombre des demandeurs d'emploi sans activité a atteint en septembre un niveau inégalé en près de douze ans, à 2,78 millions, avec, qui plus est, un accroissement du chômage de longue durée et des seniors. Le gouvernement est mal parti pour tenir sa promesse de refaire passer le taux de chômage sous la barre des 9% de la population active, malgré une diminution de 0,1 point lors du deuxième trimestre (9,1%).

vendredi 11 novembre 2011

Souffrance au travail: la crise pourrait mener à un pic de suicide


Alors que nos dirigeants n'ont d'yeux que pour les sautes d'humeurs des marchés, la crise frappe durement les travailleurs. Le stress et la peur de perdre son emploi font craindre à un pic de suicide à venir.


Souffrance au travail et crise forment un cocktail dangereux: c'est en substance ce qu'ont souligné des experts lors d'une journée nationale de l'écoute organisée cette semaine à Paris par S.O.S Amitié, certains allant jusqu'à redouter un "pic de suicides". Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à regarder ce qui se passe en Grèce, pays qui subit la crise de plein fouet, et où le nombre de suicides a augmenté de 40% au premier semestre 2011 comparé aux six premiers mois de 2010, selon une étude du Lancet. Étude qui note une augmentation des suicides dans l'ensemble des pays d'Europe depuis 2008. (voir à ce sujet : Une étude dénonce les ravages de la crise sur la santé des Grecs)

L'ex-médecin urgentiste Philippe Rodet, aujourd'hui reconverti dans le conseil aux entreprises, s'est dit "assez inquiet, parce qu'on va avoir une intersection entre deux phénomènes pour la première fois à ma connaissance dans notre Histoire: deux crises qui vont se superposer". Selon ce spécialiste du stress, une crise entraîne "une véritable souffrance" dont l'expression "est maximale trois ans après", ce qui a notamment été observé après la crise de 1929, avec des "pics de suicides en 1932".

"En 2011, trois ans après 2008, on traverse une phase très difficile et il y a de nouveau une crise qui apparaît, et j'ai très peur de l'intersection de ces deux phénomènes" s'inquiète-t-il. "Le point culminant, je pense qu'il est devant nous, qu'il est proche, et qu'il va demander une vigilance particulière", a-t-il insisté. .Philippe Rodet précise par ailleurs que les suicides ne sont que "la partie émergée de l'iceberg" des problèmes de souffrance au travail. "Si on compte le nombre d'infarctus dans les entreprises où il y a beaucoup de suicides, ces entreprises sont mal parties".

Tout en soulignant qu'il y a un "fort investissement des Français en entreprise", Jean-Claude Delgènes, directeur du cabinet Technologia qui a notamment travaillé sur la vague de suicides à France Télécom, a relevé que le travail était "de plus en plus maltraitant, de plus en plus subi". L'expert dit observer l'apparition de "suicides quasiment militants", en référence aux cas récents d'immolation et prévient en outre qu'"on va vers des homicides en entreprise".

Et c'est d'autant plus préoccupant que de nombreuses entreprises jugent que la lutte contre les risques psychosociaux (stress, violences, suicides...) sont moins une priorité en temps de crise. Selon lui, la France a l'un des taux de suicide les plus élevés d'Europe avec quelque 10.500 cas par an, et 15.000, si l'on compte les suicides "maquillés".

Article publié par l'Humanité

lundi 7 novembre 2011

RETRAITE, SANTE, EMPLOIS : DANS LE COLLIMATEUR DE FILLON


Fillon vient d’annoncer le deuxième volet de son plan de rigueur. Et ce n’est qu’une petite étape devant rapporter 7 milliards d’euros, dans un plan global de 65 milliards d’ici 2016. Et c’est une nouvelle fois la solidarité qui est attaquée.


Accélération de la réforme des retraites. L'application du passage de l'âge légal de départ en retraite à 62 ans devrait être avancée d'un an, soit 2017, ce qui a pour but de diminuer de 4,4 milliards d'euros les déficits des caisses retraites entre 2012 et 2016. Les générations nées entre 1952 et 1956 devront travailler quelques mois supplémentaires. Ce devrait être 8 mois de plus pour les salariés nés en 52.

Gel de l’indexation de l’augmentation de prestations sociales. Autrement dit, l’augmentation de certaines prestations sociales ne sera plus indexée sur l’inflation. Ce ne sera que de 1% l'an prochain, soit le niveau de la croissance, ce qui entraînera une nouvelle baisse du pouvoir d’achat. Ce sont les prestations familiales et les aides au logement qui seront touchées. L'augmentation aurait du être de 2,3% au premier janvier.

Un nouveau rabot est annoncé sur les dépenses de santé et de nouvelles niches fiscales seront supprimées. Sept cents millions d'euros d'économies supplémentaires seront réalisées sur les dépenses de santé et les "niches" fiscales seront réduites de 2,6 milliards supplémentaires.

Côté recettes, le taux réduit de la TVA sera porté de 5,5% à 7%, cela concernera la restauration, l'hôtellerie et les travaux du logement, mais non les produits de première nécessité, dont l'alimentation. Le gain estimé serait de 1,8 milliard d'euros. L'impôt sur les sociétés sera quant à lui majoré de 5% pour les entreprises dont le chiffre d'affaires dépasse 250 millions d'euros. De même, le prélèvement forfaitaire libératoire (PFL) sur les dividendes et les intérêts porté de 19% à 24%.

Enfin, mesurette symbolique, Fillon a annoncé le gel du salaire du président de la République et des ministres. Le plafond de remboursement des dépenses de campagnes électorales a également été réduit de 5%.


Et la réplique de Jean-Luc Mélenchon à cette nouvelle rigueur, en vidéo




Jean-Luc Mélenchon au 13h de France 2 par lepartidegauche

mercredi 2 novembre 2011

Quand on pouvait représenter Mahomet


Depuis l’inadmissible attentat contre Charlie Hebdo, on lit un peu partout dans la presse que « l’Islam interdit la représentation du prophète ». Et bien ce n’est pas le cas. Et si on veut éviter que les thèses extrémistes se généralisent, autant éviter de les présenter comme des vérités.

Dans le Coran, rien sur la représentation de Mahomet. Les seules lignes qui pourraient y faire allusion concernent idolâtrie, ce qui est pour le coup fortement condamné par l’Islam. Le Coran regarde avec mépris ces « païens » qui adorent des images ; « Que signifient ces statues que vous adorez avec tant d'ardeur ? […]Honte sur vous et sur ce que vous adorez à l'exclusion de Dieu ! » Avant d’appeler à brûler les idoles. Pour consulter le passage complet, se reporter aux versets 50 à 70 de la sourate 21 du Coran.
La destruction des idoles fut édictée en loi temporelle en 721 et respectée dans le cadre de l’Islam, principalement, car les musulmans sont restés globalement respectueux des images religieuses chrétiennes. Une règle que tente de durcir sérieusement au XIIIème siècle l’école Chaféite (une des quatre écoles de pensée du Sunnisme), en promulguant un texte très austère qui interdit l’utilisation et la création de toute représentation figurée. Sur n’importe quel support, pour n’importe quel usage, ni fleur, ni animal et encore moins d’être humain. Cette représentation est « interdite en toute circonstance, parce qu'elle implique une copie de l'activité créatrice de Dieu ». Loi qui a été, on s’en doute, globalement peu respectée avant de tomber en désuétude, mais qui en attendant a permis à de nombreux artistes d’exceller en calligraphie.

Ce qu’il en reste est qu’il ne faut pas « adorer » une représentation, et que l’image sert avant tout comme distraction ou décoration. Et donc qu’effectivement, on ne rigole pas au quotidien avec le prophète. Mais aujourd’hui, les écoles de pensée de l’Islam ne se sont toujours pas mises d’accord sur une règle concernant la représentation. Seules deux règles semblent plus ou moins unanimement respectées au fil des siècles et aujourd’hui encore : on ne dessine pas dans les mosquées, et on n’illustre pas le Coran. Et ce, on le répète, pour éviter l’idolâtrie et ne pas distraire les fidèles de la prière.


Mais sur l’image de Mahomet, rien n’est dit. On peut d’ailleurs trouver au cours de l’histoire plusieurs représentations du prophète, effectuées par des artistes musulmans du monde entier. En voici quelques exemples des XV, XVI et même XIXème siècle dans la collection du Metropolitan Museum de New York. Mahomet est ainsi représenté dans des histoires du monde, des biographies illustrées qui lui sont consacrées (comme ci-contre, une représentation de Mahomet arrivant à La Mecque, datée du XVIème siècle, issue d'une exposition de la BNF). On le retrouve aussi représenté dans de nombreuses histoires de Prophètes, dont les Perses (en Iran) et les Indiens étaient très friands.
Enfin notons que de nombreux Chiites ne se sont pas encombrés de tels interdits et utilisent au quotidien de très belles icônes, notamment d’Ali.

Il serait donc de bon ton qu’on arrête de donner comme vérité l’interprétation étrange des plus extrémistes, parce que vraiment là, de plus en plus de gens y croient…

P.M., l'Humanité