lundi 29 décembre 2025

Sur les traces de François Pompon et de son Ours blanc

 


L’Ours blanc de François Pompon, sculpté en marbre, est une œuvre emblématique du mouvement de simplification des formes en sculpture animalière. Présenté au Salon d’Automne de 1922, il incarne une approche radicale où les détails naturalistes disparaissent pour laisser place à des lignes pures et fluides.


Cet Ours blanc marque une rupture avec l'art animalier conventionnel. François Popom, héritier des principes de l'Antiquité, s'est inspiré des bas-reliefs égyptiens. Son œuvre repose sur une conception originale : le sculpteur va à l'essentiel, cherchant un équilibre entre la réalité et l'abstraction. La rondeur des volumes est conçue pour capter la lumière, transformant la pierre polie en une surface blanche. De la nuit une beauté sereine, compréhensible au premier regard. 

Le marbre, matériau noble et lumineux, met en valeur le polissage minutieux de la surface, qui capte la lumière et accentue la douceur des formes. L’animal est représenté en mouvement, avec une posture légèrement inclinée vers l’avant, donnant l’impression qu’il avance avec puissance et sérénité.
Ses courbes arrondies et son volume harmonieux évoquent la majesté et la force de l’ours sans recourir à un réalisme détaillé. Aucun poil, aucune griffure n’est visible : Pompon privilégie une forme épurée, presque abstraite, qui suggère plutôt qu’elle ne décrit. Cette esthétique moderniste, qui joue sur la simplification et l’équilibre, confère à l’Ours blanc une dimension intemporelle et universelle.
Ce style unique influencera de nombreux sculpteurs et marquera un tournant dans l’histoire de la sculpture animalière, faisant de l’Ours blanc un véritable chef-d'œuvre du XXe siècle.

 François Pompon : un parcours hors du commun
Fils d'un artisan ébéniste, François Pompon entre à l'École des Beaux-Arts de Dijon après avoir travaillé la pierre et le bois à Saulieu pour gagner sa vie. Il étudie l'architecture et la sculpture et acquiert quelques rudiments de gravure.
En 1874, il part pour Paris et travaille sur la transformation de la capitale sous le Second Empire. Il participe notamment à l'embellissement de l'Hôtel de Ville en sculptant des figures décoratives et des cariatides. Il intègre ensuite l'atelier de Rodin, où il restera quinze ans comme praticien.
Il lui faudra attendre l'âge de 67 ans et le Salon de 1922 pour enfin rencontrer le succès avec son Ours blanc, qui deviendra son œuvre emblématique. Pompon est surtout connu comme un sculpteur animalier, réputé pour sa manière d'exalter le jeu de la lumière sur des formes simplifiées et débarrassées de détails superflus. Son travail incarne une synthèse entre modernité et tradition, rendant ses sculptures intemporelles.

Source Info Beaune et CaMinteresse 

vendredi 26 décembre 2025

Libertés publiques, sanctions sans juge, quand l’Union européenne criminalise l’opinion


Le 15 décembre 2025, le Conseil de l’Union européenne a placé douze personnalités sur sa liste de sanctions pour « propagande russe » et « activités déstabilisatrices ». Parmi elles, l’ancien officier du renseignement suisse Jacques Baud.

Sans procès, sans juge, sans possibilité de défense préalable, ces mesures administratives ont des effets comparables à une peine civile totale. L’affaire pose une question centrale : l’Union européenne est-elle en train d’institutionnaliser un délit d’opinion au nom de la guerre informationnelle ?

Sanctionner sans juger : l’État de droit court-circuité

La décision émane du Conseil de l’Union européenne, qui accuse les personnes visées de soutenir, directement ou indirectement, des actions de la Russie compromettant la sécurité de l’Ukraine par la « manipulation de l’information ». Aucun tribunal n’a été saisi. Aucun fait pénal n’a été établi. Aucun contradictoire n’a eu lieu.

Dans le cas de Jacques Baud, les griefs reposent exclusivement sur ses analyses publiques du conflit ukrainien. Ancien colonel, ex-responsable de la doctrine de maintien de la paix de l’ONU, il est sanctionné pour avoir contesté le récit dominant de la guerre, non pour des actes matériels, financiers ou opérationnels. L’Union européenne assume ici une logique de gouvernement par décret : elle désigne, juge et punit.

Les sanctions sont lourdes. Gel total des avoirs, interdiction de voyager dans l’espace européen, fermeture des comptes bancaires et des services numériques, impossibilité légale pour des tiers de lui fournir une aide matérielle. La militante Nathalie Yamb, également visée, parle d’une « peine de mort socio-économique ». Pour Baud, résident en Belgique, cela équivaut à une assignation à résidence et à une asphyxie financière complète.

Les sanctions européennes ciblées

Les « mesures restrictives » de l’Union européenne sont des décisions administratives de politique étrangère. Elles ne nécessitent ni condamnation pénale ni contrôle judiciaire préalable. Le recours n’est possible qu’après l’inscription sur la liste de sanctions, devant la Cour de justice de l’UE, dans des délais souvent incompatibles avec l’urgence sociale créée par le gel total des moyens de subsistance. Dans les faits, la sanction précède le droit, et la défense devient une option tardive et aléatoire.

Cette procédure inverse les principes fondamentaux de l’État de droit : la présomption d’innocence disparaît, la charge de la preuve est transférée au sanctionné, et le recours judiciaire n’intervient qu’a posteriori, au terme de démarches longues, coûteuses et incertaines. La séparation des pouvoirs est de facto suspendue.

Le délit d’opinion, nouvelle frontière politique européenne


Jacques Baud conteste radicalement les accusations. Il affirme n’avoir aucun lien avec la Russie, n’avoir jamais perçu de financement russe et avoir refusé toute invitation de médias russes afin d’éviter toute instrumentalisation. Ses travaux, dit-il, reposent quasi exclusivement sur des sources occidentales et ukrainiennes. Sa faute n’est pas d’avoir menti, mais d’avoir analysé autrement.

L’accusation la plus grave est révélatrice : Baud aurait développé une « théorie du complot » selon laquelle l’Ukraine aurait provoqué la guerre de 2022. Il rappelle pourtant n’avoir fait que citer des propos publics tenus en 2019 par Oleksiy Arestovych, alors conseiller de Volodymyr Zelensky, évoquant une guerre inévitable avec la Russie comme horizon de l’adhésion à l’OTAN. Citer une source officielle devient ici un acte sanctionnable.

Le message politique est clair. Dans le contexte de la guerre en Ukraine, la neutralité analytique est assimilée à une hostilité. « Si vous n’êtes pas avec nous, vous êtes contre nous. » Cette logique crée un précédent redoutable : si un ancien officier occidental, reconnu pour sa rigueur méthodologique, peut être réduit au silence par décret, qu’en sera-t-il des autres ?

Des parlementaires européens, notamment en Allemagne, ont alerté sur ce glissement. Car ce qui est en jeu dépasse le cas Baud. Il s’agit de la capacité de l’Union européenne à tolérer le dissensus sans recourir à des instruments d’exception.

Les personnes sanctionnées par l’Union européenne (15 décembre 2025)

La décision vise douze individus, présentés comme participant à des opérations de « manipulation de l’information » ou de « propagande prorusse ». Les profils sont variés mais ont en commun une expression publique critique de la ligne officielle occidentale sur la guerre en Ukraine.

Parmi les personnes nommément identifiées :

  • Jacques Baud, ancien colonel de l’armée suisse, ex-responsable de la doctrine des opérations de maintien de la paix à l’ONU, analyste militaire et auteur.
  • Xavier Moreau, journaliste, ancien officier français, résidant à Moscou, directeur du site Stratpol, critique régulier de l’OTAN et de la politique occidentale envers la Russie.
  • Nathalie Yamb, militante politique panafricaine, entrepreneuse et conférencière, connue pour ses positions anti-impérialistes et sa dénonciation du rôle des puissances occidentales en Afrique.

Les neuf autres personnes, moins médiatisées, sont décrites par l’UE comme des blogueurs, commentateurs ou influenceurs accusés de relayer des narratifs favorables à Moscou.

Aucune n’a fait l’objet d’une condamnation pénale, ni même d’une mise en examen devant une juridiction nationale ou européenne. Leur inscription sur la liste repose exclusivement sur une appréciation politique et administrative, consacrant un basculement : ce ne sont plus des actes qui sont sanctionnés, mais des opinions, analyses et discours publics.

 Source Herve Poly pour Liberté Actus 

dimanche 21 décembre 2025

Comment un conte de Charles Dickens a popularisé la fête de Noël ! Quand Dickens dénonce l’injustice sociale !

 


Avant lui, pas de dinde au menu. Au XIXe siècle, avec son bien nommé Chant de Noël, l'écrivain anglais a donné une dimension festive à une célébration jusque-là surtout religieuse.
 

Avant lui, Noël pouvait déjà être chaleureux et fervent. Mais pas encore joyeux. Car c’est bien à Charles Dickens (1812-1870) que l’on doit l’expression "Merry Christmas", désormais déclinée dans les langues du monde entier. La parution le 19 décembre 1843 de son Chant de Noël a littéralement changé le statut de la fête en touchant toute une nation en plein cœur : d’une célébration essentiellement religieuse de la naissance du Christ, Noël devint une occasion de se retrouver collectivement dans un esprit de partage. Au point d’éclipser la Saint-Nicolas du 6 décembre. Pour saisir la prouesse de l’auteur de David Copperfield, il est nécessaire de recontextualiser l’écriture de cette fameuse nouvelle.

Quand Dickens dénonce l’injustice sociale !

Sous le règne débutant de la reine Victoria, couronnée en 1837, l’Angleterre est un pays dont le rayonnement international occulte de plus en plus mal le sort abominable réservé à ses classes laborieuses. Avec son triomphal Oliver Twist, qui commence à être publié en feuilleton cette année-là, Dickens n’y a d’ailleurs pas peu contribué !

Six ans plus tard, c’est donc nimbé de gloire que le trentenaire entame son Chant de Noël. Mais cette auréole ne prémunit pas contre les maux de crâne : "Son dernier roman, Martin Chuzzlewit, est un flop et il s’est fait rouler par son éditeur, explique le biographe Jean-Pierre Ohl, auteur de Charles Dickens (éd. Folio). Au demeurant, l’homme a toujours été tourmenté. Depuis le début, sa vie est un combat et l’argent une préoccupation."

Traumatisé enfant par les galères financières de sa famille, Dickens a développé une extrême sensibilité à la misère. Et un voyage qu’il vient d’effectuer à Manchester l’a justement effaré. Il doit frapper un grand coup : son nécessaire rebond éditorial doit aussi être l’occasion de prendre le public à témoin de l’injustice sociale. Or, quel meilleur argument que Noël pour la stigmatiser ? Et quel meilleur véhicule pour émouvoir que le conte ?

De quoi parle le conte Un chant de Noël de Charles Dickens ?

Il était donc une fois un méchant petit patron nommé Scrooge. Ce vieil avare déteste Noël et renâcle à laisser son humble commis Bob Cratchit le célébrer en famille. Dans la nuit, la visite successive de trois fantômes va dégripper son cœur rouillé.

Cette ode au foyer est d’autant plus ironique que la famille n’est pas le point fort de Charles Dickens. Ayant déjà à charge ses parents et ses boulets de frères, le romancier tient grief à sa femme d’une énième paternité. Pauvre Catherine qu’il rudoie ! Il finira par quitter la mère de ses 10 enfants en 1858…

Un conte acclamé aussi bien par les critiques que par le public

Un chant de Noël fait un carton en librairie mais une édition trop luxueuse et des plagiaires opportunistes mettent à mal les profits de l'auteur, décidément pas veinard. Il se console en mesurant l’impact social de son œuvre. "Il n’y a pas un Anglais de l’époque qui ne l’ait lu ou ne se le soit fait lire, du plus modeste ouvrier jusqu’à la reine Victoria", constate Jean-Pierre Ohl.

Les hommes de bonne volonté semblent se réveiller, les gestes charitables se multiplient et un patron américain va jusqu’à offrir un jour de congé à ses employés. "Typique des philanthropes du XIXe siècle, Charles Dickens était un utopiste qui secouait la bonne société mais n’allait pas au bout de sa logique, politiquement. Marx - qui l’appréciait - déplorait qu'il n'ait pas utilisé sa notoriété pour peser sur les élections", note son biographe.

Quel est l'impact de Dickens sur Noël ?

Le conte de Dickens va donc laïciser Noël à un moment où l’Angleterre, pourtant très corsetée, éprouve la nostalgie des festivités d'avant l’ère puritaine ouverte par Cromwell au XVIIe siècle.

Le mari de Victoria, le prince Albert, n’est-il pas en train de convertir son pays d’adoption à certains rituels festifs de sa Germanie natale ? Le sapin, les cartes de vœux et… les chants de Noël.

L’impact de Dickens se traduit jusque dans les boucheries puisque, délaissant l’oie d’usage, chacun veut désormais déguster une dinde comme Bob Cratchit.

Ignorant encore le Père Noël, les petits Anglais voient quant à eux en Charles Dickens l’incarnation même de Noël. Au point qu’à l’annonce de son décès le 9 juin 1870, on raconte qu’une fillette fondit en larmes, persuadée qu’avec lui mourait toute perspective d’un "joyeux" 25 décembre.

Source Ca m'interesse 

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samedi 20 décembre 2025

Dermatose bovine, une crise sanitaire éminemment politique


L’irruption de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) dans les élevages français à l’été 2025 a agi comme un révélateur brutal. Derrière la gestion sanitaire de la maladie se dessine une crise politique plus large, où s’entremêlent normes européennes, logique de libre-échange, fragilisation des exploitations et colère paysanne.

L’État applique un cadre imposé, les territoires encaissent. Dans ce contexte, plusieurs forces syndicales et politiques, dont le Parti communiste français, ont apporté un soutien rapide et concret aux éleveurs mobilisés.

La DNC : une crise sanitaire aux conséquences disproportionnées

Détectée pour la première fois en Savoie le 29 juin 2025, la dermatose nodulaire contagieuse est une maladie virale bovine connue depuis longtemps hors d’Europe occidentale. Non transmissible à l’homme et faiblement mortelle, elle provoque néanmoins d’importantes pertes de production, des troubles de la reproduction et des restrictions de circulation des animaux.

Dermatose nodulaire contagieuse : l’essentiel

La DNC est une maladie virale bovine transmise principalement par des insectes piqueurs. Elle provoque fièvre, nodules cutanés, baisse de production et troubles de la reproduction. Non transmissible à l’homme, elle présente une mortalité faible et ne crée pas de portage chronique chez les animaux guéris. Des stratégies combinant vaccination et surveillance ont été mises en œuvre dans d’autres pays avec des résultats contrastés.

Conformément à la réglementation européenne, la réponse française a été immédiate et radicale : abattage total des troupeaux concernés, zones réglementées de 50 kilomètres, gel partiel des échanges. À l’automne 2025, près de 80 foyers étaient recensés, touchant plus de 2 000 exploitations et des centaines de milliers de bovins. Pour de nombreux éleveurs, la brutalité des mesures a provoqué un choc économique et psychologique sans précédent.

L’abattage intégral d’un troupeau ne signifie pas seulement une perte financière immédiate. Il anéantit des années de sélection génétique, rompt un lien quotidien avec les animaux et fragilise durablement des exploitations déjà sous tension. Ces dimensions humaines sont largement absentes des décisions administratives, prises dans l’urgence et sans réelle concertation.

Normes européennes et responsabilité politique de l’État

Le cœur du conflit réside dans l’application rigide du cadre européen. Le classement de la DNC en catégorie A par l’Organisation mondiale de la santé animale et l’Union européenne impose des mesures d’éradication rapides, pensées avant tout pour garantir la sécurité sanitaire du marché intérieur européen et la crédibilité des exportations.

Ce choix révèle une hiérarchie claire des priorités : la continuité des échanges prime sur la protection des exploitations. L’uniformité des réponses, appliquée indistinctement à des territoires, des types d’élevage et des situations sanitaires très différentes, illustre une gouvernance éloignée du terrain.

L’État français porte une responsabilité politique directe. Il a choisi de ne pas contester cette interprétation maximaliste du cadre européen, ni d’anticiper des stratégies alternatives, comme une vaccination généralisée préventive. En se retranchant derrière Bruxelles, le gouvernement s’est exonéré d’un débat national pourtant essentiel sur la proportionnalité des mesures et sur la souveraineté sanitaire.

Libre-échange et agriculture sous pression

La crise de la DNC ne surgit pas dans un vide politique. Elle s’inscrit dans un contexte de rejet massif des accords de libre-échange, au premier rang desquels l’accord UE-Mercosur. Pour de nombreux éleveurs, la contradiction est flagrante : d’un côté, on leur impose des normes sanitaires extrêmement strictes ; de l’autre, on ouvre les frontières à des produits agricoles soumis à des standards bien moins exigeants.

Une crise agricole hautement politique

La crise de la DNC interroge le modèle agricole européen. Qui décide des normes ? Pour quels objectifs ? Et au profit de qui ? En imposant des réponses uniformes et radicales, l’Union européenne sécurise ses échanges mais fragilise ses territoires. La mobilisation agricole de 2025 révèle une demande croissante de souveraineté sanitaire, de protection sociale et de reconnaissance du rôle central des éleveurs.

Dans ce cadre, l’abattage massif apparaît comme un outil de sécurisation commerciale. Il permet à l’Union européenne d’afficher un territoire « indemne » de maladies classées à risque, au prix d’une destruction rapide et socialement coûteuse. La santé animale devient ainsi un instrument de régulation du commerce, davantage qu’un levier de protection des exploitations.

Mobilisations agricoles et fractures syndicales

Face à cette situation, les mobilisations se sont multipliées : blocages de routes, actions devant les préfectures, tentatives d’empêcher certains abattages. Ces actions ont souvent rassemblé au-delà des clivages syndicaux traditionnels. Coordination rurale et Confédération paysanne se sont opposées frontalement à l’abattage total, tandis que des sections locales de la FNSEA et des Jeunes Agriculteurs ont rejoint la contestation, parfois en rupture avec leurs directions nationales.

La base agricole conteste une gestion perçue comme technocratique, éloignée des réalités de terrain et alignée sur des logiques économiques qui ne bénéficient pas aux exploitants.

Le soutien politique aux éleveurs et les propositions alternatives

Dans ce contexte tendu, le Parti communiste français a rapidement apporté un soutien visible et concret aux éleveurs touchés. Des élus communistes se sont rendus sur le terrain, ont relayé les témoignages, soutenu les mobilisations et interpellé le gouvernement sur les bases scientifiques et politiques des décisions prises.

Le PCF défend une stratégie alternative, partagée par de nombreux acteurs du monde agricole : vaccination généralisée, abattage ciblé des seuls animaux cliniquement atteints, quarantaines renforcées et suivi sanitaire de long terme. Ces propositions visent à concilier maîtrise de la maladie et maintien des exploitations.

Au-delà de l’urgence, le parti met en avant une réforme structurelle : la création d’un grand service public vétérinaire. L’objectif est de redonner à la puissance publique la capacité d’anticiper les crises, de produire et distribuer les vaccins, et de sortir la santé animale de la logique marchande et de la dépendance aux injonctions commerciales européennes.

Lea Ttriolet pour Liberté Actus 

lundi 15 décembre 2025

Football : 30 ans après l’arrêt Bosman, quel bilan pour le marché des transferts ?

 


Le Belge Jean-Marc Bosman, joueur modeste des années 1990, restera peut-être dans l’histoire comme le footballeur qui aura eu le plus grand impact sur son sport. En effet, l’arrêt portant son nom, adopté il y a exactement trente ans, a permis aux joueurs en fin de contrat de rejoindre un autre club sans l’exigence d’une indemnité de transfert. Il a également mis fin à la règle qui prévalait jusqu’alors de trois étrangers maximum par équipe, ouvrant la voie à une aspiration des joueurs du monde entier vers les clubs les plus riches.


« Toi, avec ton arrêt, tu vas rester dans l’histoire, comme Bic ou Coca-Cola », avait dit Michel Platini à Jean-Marc Bosman en 1995. Platini n’avait sans doute pas tort.

Les faits remontent à 1990. Le contrat de travail de Bosman, footballeur professionnel du Royal Football Club (RFC) de Liège (Belgique), arrive à échéance le 30 juin. Son club lui propose un nouveau contrat, mais avec un salaire nettement inférieur. Bosman refuse et est placé sur la liste des transferts. Conformément aux règles de l’Union européenne des associations de football (UEFA) en vigueur à l’époque, le transfert d’un joueur, même en fin de contrat, s’effectue en contrepartie d’une indemnité versée par le club acheteur au club vendeur. Autrement dit, pour acquérir Bosman, le nouveau club devra verser une indemnité de transfert au RFC.

En juillet, l’Union sportive du littoral de Dunkerque (USL) en France est intéressée. Mais le club belge, craignant l’insolvabilité de l’USL, bloque l’opération. Bosman se retrouve sans employeur. Pis, il continue d’appartenir à son ancien club, lequel maintient ses droits de transfert. Par ailleurs, en vertu de la règle des quotas – trois étrangers maximum par équipe –, il est difficile pour le joueur de rejoindre un club dans un autre État de la Communauté européenne.

S’estimant lésé, Bosman saisit les tribunaux belges. L’affaire est par la suite portée devant la Cour de justice des Communautés européennes (CJCE).

Coup de tonnerre : le 15 décembre 1995, la CJCE tranche en faveur de Bosman.

Décision de la CJCE

La Cour précise que le sport professionnel, comme toute activité économique au sein de la Communauté européenne, est soumis au droit communautaire. Elle considère dès lors que toute disposition restreignant la liberté de mouvement des footballeurs professionnels ressortissants de la Communauté européenne est contraire à l’article 48 du Traité de Rome, lequel prévoit la libre concurrence et la liberté de circulation des travailleurs entre les États membres.

La CJCE reprend ses jurisprudences antérieures (arrêts Walrawe et Koch en 1974 et Doña en 1976) et déclare que les règles de quotas fondées sur la nationalité des joueurs ressortissants communautaires constituent des entraves au marché commun.

En outre, la Cour va plus loin dans son jugement et estime que les indemnités de transfert pour les joueurs en fin de contrat (encore appliquées par certains clubs européens en 1995) sont contraires au droit communautaire.

Enjeux et impacts de l’arrêt Bosman

Le socle de cette décision a été la standardisation ou plutôt l’universalité des règles sportives au niveau de l’UEFA (54 fédérations) et de la Fédération Internationale de Football Association, FIFA (211 fédérations), qui ont dû s’aligner sur la jurisprudence Bosman.

Ainsi, cet arrêt de la CJCE a conduit les instances du football à réformer le système des transferts (Réformes dites « Règlement du Statut et du Transfert des Joueurs », (RSTJ) 2001, 2005, 2017-2022). Conséquemment, l’arrêt Bosman a drastiquement accentué la libéralisation du marché des transferts.

Cela s’est traduit par la suppression des obstacles à la libre circulation des sportifs. Les joueurs en fin de contrat sont devenus libres de rejoindre un autre club sans que celui-ci soit tenu de verser une indemnité de transfert à leur ancien club. Fin de l’ « esclavage » sportif ! Fin également du « régime de quotas » pour les joueurs ressortissants communautaires au sein des effectifs dans les clubs européens !

De facto, il y a eu une augmentation du nombre de joueurs étrangers communautaires, désormais illimité pour les joueurs des pays de l’Union européenne (UE). C’est le cas également pour les joueurs de l’Espace économique européen et pour ceux issus des pays ayant un accord d’association ou de coopération avec l’UE à la suite des arrêts Malaja dans le basket en 2002, Kolpak dans le handball en 2003 et Simutenkov dans le football en 2005. Il en est de même, depuis l’accord de Cotonou en 2000 (remplacé par l’accord de Samoa en 2023), pour les détenteurs des nationalités de 47 pays d’Afrique, 15 pays des Caraïbes et 15 pays du Pacifique. En France, le nombre de joueurs considérés comme « extra-communautaires » est limité à quatre.

Par ailleurs, comme le souligne Vincent Chaudel, co-fondateur de l’Observatoire du Sport Business, l’arrêt Bosman a inversé le rapport de force entre joueurs et clubs. L’inflation des salaires, qui avait commencé dans les années 1980, s’est accélérée dès les premières années après cet arrêt, puis de manière exponentielle chez les superstars par la suite.

Selon le magazine Forbes, les cinq footballeurs les mieux rémunérés en 2024 étaient Cristiano Ronaldo (environ 262,4 millions d’euros), Lionel Messi (environ 124,3 millions d’euros), Neymar (environ 101,3 millions d’euros), Karim Benzema (environ 95,8 millions d’euros) et Kylian Mbappé (environ 82,9 millions d’euros). L’écart salarial entre les footballeurs et les footballeuses reste néanmoins encore béant.


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L’arrêt Bosman a aussi fortement impacté la spéculation de la valeur marchande des superstars et des jeunes talents.


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Au-delà, cet arrêt s’est matérialisé par l’extension de la libre circulation des joueurs formés localement dans un État membre de l’UE, au nom de la compatibilité avec les règles de libre circulation des personnes ; cette mesure a ensuite été étendue à d’autres disciplines sportives.

Une autre particularité concerne le prolongement de la jurisprudence Bosman aux amateurs et aux dirigeants sportifs.

Enfin, il est important de rappeler que si l’arrêt Bosman a permis à de nombreux acteurs du football (joueurs, agents, clubs, investisseurs, etc.) de s’enrichir, ce fut loin d’être le cas pour Jean-Marc Bosman lui-même. Dans un livre autobiographique poignant, Mon combat pour la liberté, récemment publié, l’ancien joueur raconte son combat judiciaire de cinq ans, ainsi que sa longue traversée du désert (trahisons, difficultés financières, dépressions, etc.) après la décision de la CJCE.

Perspectives : du 15 décembre 1995 au 15 décembre 2025, 30 ans de libéralisation

L’arrêt Bosman a dérégulé, explosé et exposé le marché des transferts. Le récent article de la Fifa consacré au marché estival de 2025 en témoigne : cet été-là, 9,76 milliards de dollars d’indemnités de transfert ont été versés dans le football masculin et 12,3 millions de dollars dans le football féminin.

Ainsi, l’arrêt a ouvert la voie à une libéralisation inédite des opérations, conduisant parfois à des montages financiers particulièrement complexes.


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Au-delà de l’explosion des indemnités de transfert, l’arrêt Bosman a creusé les inégalités entre les clubs, tant au niveau national qu’européen. Pendant que les clubs les moins riches servent de pépinières pour former les futurs talents, les clubs les plus riches déboursent des sommes astronomiques pour acquérir les meilleurs footballeurs : Neymar, 222 millions d’euros ; Mbappé, 180 millions d’euros ; Ousmane Dembelé et Alexander Isak, 148 millions d’euros ; Philippe Coutinho, 135 millions d’euros, etc. Cela se traduit par l’ultra-domination des gros clubs dans les championnats européens avec le risque d’un « déclin général de l’équilibre compétitif dans le football européen » selon l’Observatoire du football CIES.

Enfin, avec la libéralisation du marché des transferts, des réseaux internationaux se tissent – et par la même occasion s’enrichissent – pour dénicher les futures « poules aux œufs d’or ». L’Amérique du Sud, l’Afrique (notamment depuis l’accord Cotonou) et l’Europe de l’Est sont devenues les principaux exportateurs des footballeurs (certains partent à un âge très précoce à l’étranger et se retrouvent loin de leur famille) vers les clubs d’Europe de l’Ouest.

 

Pour conclure, il serait souhaitable de réguler le marché, d’assainir l’écosystème et d’apaiser les ardeurs. L’arrêt Diarra (qualifié de « Bosman 2.0 ») de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE) – anciennement la CJCE – le 4 octobre 2024 est une avancée dans ce sens. Bien que la Cour n’ait pas remis en cause tout le système des transferts, elle a enjoint la FIFA à modifier sa réglementation afin que les footballeurs ne soient plus sous le joug de leur club en cas de rupture unilatérale de leur contrat.

Les joueurs doivent pouvoir y mettre un terme sans craindre de devoir verser une indemnité « disproportionnée » à leur club, et sans que le nouveau club désireux de les recruter soit tenu de verser solidairement et conjointement cette indemnité en cas de rupture sans « juste cause ». Dans l’urgence, un cadre réglementaire provisoire relatif au RSTJ a été adopté par la FIFA en décembre 2024 – jugé pour autant non conforme à la décision de la CJUE.

Le monde du football a besoin d’une transformation systémique où le plafonnement des coûts de transfert, mais aussi la gestion vertueuse des clubs et des institutions, l’encadrement et l’égalité des salaires homme-femme, la prise en compte du bien-être psychologique des acteurs, etc. constitueraient un socle fort pour un renouveau du marché des transferts et de l’industrie du football dans sa globalité.

Mieux, l’industrie du football ne doit plus constituer un mobile pour creuser les écarts et les disparités sociales et sociétales.

Annexe : 11 dates et événements clés

1891 : J. P. Campbell de Liverpool est le premier agent à faire la promotion de joueurs auprès des clubs par des publicités via la presse.

1905 : William McGregor, ancien président du club d’Aston Villa et fondateur de la ligue anglaise déclare, en une formule visionnaire pour l’époque, « Football is big business ».

1930 : la première Coupe du Monde de football a lieu en Uruguay.

1932 : la mise en place du premier championnat professionnel de football en France avec des dirigeants employeurs et des joueurs salariés sans aucun pouvoir ainsi que l’établissement du contrat à vie des footballeurs, liés à leur club jusqu’à l’âge de 35 ans.

1961 : le salaire minimum des joueurs de football est supprimé. Cette décision a pour effet d’équilibrer le pouvoir de négociation entre joueurs et clubs.

Entre 1960 et 1964 : les salaires des joueurs de la première division française évoluent drastiquement (augmentation de 61 % par rapport à ceux des années 1950).

1963 : la Haute Cour de Justice anglaise dispose, dans l’affaire Georges Eastham, que le système de « conservation et transfert » est illégal.

1969 : la mise en place du contrat de travail à durée librement déterminée.

1973 : l’adoption de la Charte du football professionnel.

1991 : la première Coupe du monde de football féminin se déroule en Chine.

1995 : l’arrêt Bosman de la Cour de justice des Communautés européennes (CJCE) du 15 décembre 1995 crée un véritable bouleversement dans le système de transfert des joueurs au sein de l’UE – anciennement la Communauté européenne. 

The Conversation 

 

vendredi 12 décembre 2025

Inde : comment l’extrême pauvreté a-t-elle été éradiquée au Kerala ?


 L’annonce a mis en lumière le destin singulier du Kerala. Le 1er novembre, le gouvernement communiste de ce petit État, situé dans le sud de l’Inde, a déclaré qu’il était parvenu à vaincre l’extrême pauvreté. Un exploit inédit dans un pays où 20 % des 1,4 milliard d’Indiens vivent sous le seuil de pauvreté. Et un véritable pied de nez au gouvernement fédéral du premier ministre conservateur et nationaliste Narendra Modi.

Depuis des années, le Kerala est, parmi les 28 États indiens, celui qui cumule les meilleurs indicateurs de développement humain. La misère y est en recul constant depuis cinquante ans. La pauvreté monétaire concernait 59,8 % des Kéralais au début des années 1970. En 2021, le taux de pauvreté multidimensionnelle (liée à plusieurs facteurs, comme la santé, l’éducation ou le niveau de vie) était de 0,7 % (contre 11,3 % de moyenne en Inde). Et les indicateurs sociaux suivent, avec par exemple un taux d’alphabétisation des femmes de 86 %, contre environ 70 % dans le reste du pays.

Une réussite avec un an d’avance

Ce succès est le fruit de plusieurs décennies de politiques sociales menées par les différents gouvernements communistes, qui emportent régulièrement les élections depuis 1957. Les réformes agraires du PCI-M (marxiste) et du Parti communiste indien (PCI) dans les années 1970 ont, par exemple, permis à de nombreuses familles d’obtenir des terres auparavant privées. Mêlant planification, décentralisation du pouvoir et investissements massifs dans les services publics, la politique kéralaise a permis, au fil du temps, de développer l’agriculture, l’industrie, la santé (le PCI-M s’est également distingué dans la lutte contre l’épidémie de Covid), la protection sociale et l’éducation.

Et de faire du Kerala l’un des fers de lance de l’économie indienne. Avec le Tamil Nadu, le Karnataka, l’Andhra Pradesh et le Telangana, l’État communiste fait partie de ce quintette du sud qui tire vers le haut le pays le plus peuplé du monde. Alors que ces cinq États méridionaux ne représentent que 20 % de sa population, ils comptent pour 31 % de son PIB et pour plus de la moitié des exportations indiennes dans le secteur de la technologie.

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En 2021, le gouvernement kéralais a décidé de lancer un programme d’éradication de l’extrême pauvreté (Epep) pour tenter de sortir les dernières familles de la misère absolue. Les conseils locaux, ancrés dans chaque village, ont recensé ainsi quelque 64 000 foyers – soit environ 100 000 personnes vivant avec moins de 2,15 dollars par jour. Pour chacune d’elles, un plan personnalisé fut établi, combinant accès au logement, soins médicaux, formation professionnelle et création de revenus stables.

Dans certains quartiers et villages, des entrepreneurs ont même aidé le gouvernement auprès des familles. Le journaliste S.R. Praveen cite dans le quotidien The Hindu le cas de cet homme d’affaires qui a financé le ciment, les câbles et la plomberie pour les réparations que devait faire une famille kéralaise. Cet Epep a finalement fonctionné mieux que prévu, atteignant son but un an avant l’échéance fixée.

Une réussite insupportable pour le premier ministre nationaliste

Cette réussite économique et sociale fait enrager le suprémaciste hindou Narendra Modi et ses sbires du Bharatiya Janata Party (BJP), qui entretiennent les divisions de classe, d’ethnie, de caste et de religion. Ainsi qu’une politique ultralibérale, qui laisse sur le carreau des millions d’Indiens au profit d’une poignée d’amis milliardaires. Sous la coupe de Narendra Modi, l’Inde est devenue, selon un rapport du World Inequality Lab en 2024, un « Raj des milliardaires », où « les 1 % des plus hauts revenus possèdent 22,6 % des richesses et 40,1 % du patrimoine, un niveau historique et parmi les plus hauts du monde ».

La réussite du Sud progressiste est insupportable pour le premier ministre nationaliste, qui engrange ses voix dans les États pauvres et peuplés du nord et du centre. C’est pourquoi il pousse depuis plusieurs années pour une réforme électorale d’ampleur, qui permettrait d’élire 753 députés à l’Assemblée nationale (contre 543 actuellement), notamment dans les régions les plus peuplées et hindoues – ses fiefs. Et de réduire encore l’influence de la gauche, majoritaire dans les États du Sud. Ce qui « pourrait entraîner une balkanisation de l’Inde », craint l’écrivaine Arundhati Roy, elle-même ciblée par le pouvoir.

Au Kerala, les cadres locaux du BJP critiquent évidemment cette réussite sociale, et soutiennent qu’elle a eu lieu grâce aux orientations du gouvernement fédéral. À gauche de l’échiquier, d’autres partis communistes sans responsabilités dénoncent le fait que certains foyers n’ont toujours pas que de quoi survivre. Les Kéralais jugeront lors de l’élection prévue l’année prochaine, qui verra s’affronter le front de gauche du CPI-M au front uni du Congrès, deux opposants au BJP.

Source  Axel Nodinotl'Humanité

vendredi 5 décembre 2025

Ousmane Diarra, écrivain : « Face à l'islamisme, les Maliens n’ont jamais été aussi unis et déterminés »


Depuis Bamako, où il vit, le romancier Ousmane Diarra, qui publie le Collège des désirs, roman dystopique sur la prise de pouvoir de fanatiques islamistes, expose ses raisons d’espérer, grâce à la résilience du peuple.

Muriel Steinmetz l'Humanité

Ousmane Diarra (né en 1960 à Bassala, Mali), ancien bibliothécaire à l’Institut français de Bamako, est un romancier reconnu. Il a remporté le prix Amadou-Kourouma et le prix RFO pour Vieux Lézard (Gallimard, « Continents noirs », 2006). Il répond à nos questions depuis Bamako, où il vit. Il parle de la situation de son pays, ainsi que de son dernier roman, le Collège des désirs (Asmodée Edern Éditions, 25 euros), une dystopie dans laquelle le Mali est occupé par des hordes d’islamistes qui interdisent à peu près tout, y compris de rire.

Le Collège des désirs est un roman très ancré dans la réalité immédiate du Mali. En quoi votre expérience quotidienne sur place a-t-elle nourri votre imaginaire ?

J’ai écrit l’histoire en imaginant les conséquences que pourrait avoir la conquête du pouvoir par un imam, tout en rappelant les djihads que le Mali a connus de par le passé, si violents et dévastateurs que, de nos jours encore, quand une calamité dépasse tout entendement, on dit que c’est « jaadi », soit le djihad.

L’éventualité de la prise du pouvoir par un imam radicalisé reste très mince. Les événements en cours ont démontré que les populations maliennes rejettent l’islam politique et ne seront jamais d’accord avec l’arrivée d’un religieux au pouvoir.
Depuis l’âge de 13 ans, j’observe les prêcheurs hausser le ton, devenir agressifs et violents envers les non-musulmans, les « cafres », comme ils les appellent.

La violence verbale a toujours précédé la violence physique, mais la conquête du pouvoir par un imam n’est pas probable. Dans mon roman, j’ai voulu mettre mes compatriotes en garde contre les conséquences d’une telle éventualité.

Des informations nous sont parvenues, selon lesquelles le blocus de l’essence, aux portes de Bamako, par les djihadistes du Jnim (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) mettait en danger le pouvoir militaire actuel.

Beaucoup de ces attaques de citernes se faisaient à des centaines de kilomètres de Bamako. Aucune ville ni aucun village n’était contrôlé par les djihadistes du Jnim. Ceux-ci surgissaient des bois, tiraient sur les citernes avant de disparaître ou d’être tués par les soldats.

Au lieu de provoquer la panique, effet probablement recherché par les auteurs de ces informations erronées, ce traitement de l’information a renforcé la résilience des Maliens, en plus du rejet total de tout radicalisme religieux. En pleine crise du carburant, en réponse aux menaces proférées par Bina Diarra, le sulfureux personnage chargé de la communication du Jnim, un grand concert s’est tenu à Bamako.

Le recrutement du Jnim s’effectue désormais en bambara, et non plus en arabe…

Le Jnim a fait d’abord ses communications en langue arabe. Il est ensuite passé au tamasheq, au fulfulde (langue peule) Maintenant qu’ils ont essaimé un peu partout, ils le font en langue bambara, celle de la majorité des populations maliennes. C’est une stratégie. Mais à voir les réactions massives et violentes des Maliens et des Maliennes aux propos de Bina Diarra, elle est vouée à l’échec.

À Bamako, des femmes l’insultent. Quand il avait ordonné que toutes les femmes devaient désormais porter le hijab, une jeune fille lui avait répondu que les femmes allaient plutôt se couvrir avec ses attributs masculins ! Ce qui visait à terroriser la population est devenu une source d’inspiration et de création artistique.

Vous mettez en lumière l’esprit bambara et l’animisme originel, face à un monothéisme guerrier de longue date.

L’épicentre de la résistance à l’islamisation armée a été l’empire de Ségou, fondé par les Bambaras. Il fut aussi le dernier État dont l’animisme était la religion d’État, aux côtés d’un islam très ouvert. Rois, princes, officiers, jusqu’aux simples citoyens, tout en pratiquant ouvertement et officiellement les cultes traditionnels animistes, recouraient aux services des marabouts musulmans. Les frontières entre l’animisme et l’islam dit soudanais étaient minces.

« Les Maliens sont contestataires, par nature. »

La laïcité n’est pas un héritage colonial français, comme d’aucuns ont tendance à le penser. Elle a existé bien avant et régulait les sociétés sahéliennes, jusqu’à la chute de l’empire de Ségou sous l’assaut des djihadistes d’El Hadj Omar Tall (1861). Les Bambaras n’ont pas été les seuls à résister à l’islamisation. Jusqu’à une date récente, les communautés non islamisées, Bobos, Sénoufos, Miniankas, et même des Peuls, se définissaient comme « Bambara » pour dire qu’ils ne sont pas musulmans.

Comment sentez-vous, en ce moment, l’atmosphère de Bamako et au-delà ?

Hommes et femmes, jeunes et vieux tournent en dérision la prétention des djihadistes et les imams d’obédience wahhabite. Ils raillent et même insultent des imams wahhabites, soupçonnés d’être de connivence avec les djihadistes. On assiste au retour en force des cultes traditionnels et de l’islam soudanais, ouvert et tolérant. Les Maliens n’ont jamais été aussi unis et déterminés.

Le Mali ne vous paraît pas au bord du gouffre ?

Si le Mali continue sur cette lancée, et je pense qu’il va le faire, tant les Maliens sont désormais déterminés à sortir définitivement de cette longue anomie, il s’éloignera du gouffre. Je ne dis pas qu’il ne reste pas d’embûches, mais c’est une voie sans retour que le Mali a empruntée, le Mali et d’autres pays du Sahel, fatigués de la guerre, de l’insécurité, de l’instabilité. La sécurité est la priorité pour tout le monde.

Votre fresque épique, le Collège des désirs, ne néglige pas une histoire d’amour… Pour conjurer le pire ?

En effet. Ohiri et Ahiri, les amoureux éternels du roman, sont des messagers de la paix. C’est pour mettre le doigt là où ça fait mal, parlant de la société malienne qui se fourvoyait dans l’intolérance, la violence, la haine gratuite, oubliant que personne ne sera sauvé si tout le monde ne l’est pas, oubliant nos valeurs ancestrales de solidarité, de tolérance et de coexistence pacifique.

Que pensez-vous des militaires au pouvoir ?

Je ne souhaiterais pas qu’ils s’éternisent au pouvoir. Je pensais qu’ils allaient faire comme leurs prédécesseurs, civils ou militaires ; se vautrer dans la corruption, les ors du pouvoir et saigner le pays à blanc. Au vu des efforts qu’ils déploient pour remettre le pays sur les rails, après une longue anomie, je garde de l’estime pour eux. Le chantier est immense, les adversités féroces. Il ne s’agit plus d’hommes ou de régime, mais de la survie existentielle du Mali en tant que nation. Le peuple semble avoir pris conscience de tous ces enjeux.

C’est ce qui explique son soutien au pouvoir. Les Maliens sont contestataires, par nature. Une fois qu’ils sont d’accord, ils foncent droit devant eux. Ils n’écoutent pas les sons de cloche venus d’ailleurs. D’où l’extrême violence de leur réaction, quand ils sont déçus par leurs dirigeants.

mercredi 3 décembre 2025

120 ans de la laïcité : « Une certaine idée de la raison et de la République »


Les commémorations des 120 ans de la loi du 9 décembre 1905 au siège du PCF ont été l’occasion, lundi soir, de passer en revue les menaces qui pèsent sur cette conquête garantissant liberté et émancipation.

Gaël De Santis l'Humanité

Cent vingt ans après, la laïcité est toujours la solution. Lundi, la loi du 9 décembre 1905 a été mise à l’honneur à Paris au siège du Parti communiste français. « Cette laïcité nous est chère », a rappelé le secrétaire national Fabien Roussel, qui dénonce les « fondamentalismes religieux » porteurs d’une « vision essentialiste et religieuse totalitaire, quelle que soit leur origine ».

Tous « prennent pour cible l’égalité des citoyens entre eux, l’État de droit, la séparation entre sphère publique et privée, et donc la mission d’éducation qui revient à la puissance publique ». « Les courants intégristes catholiques, qui veulent peser sur le destin du pays, ont des relais puissants », alerte-t-il, citant le milliardaire Pierre-Édouard Stérin ou l’homme d’affaires Vincent Bolloré.

La proximité de Donald Trump avec plusieurs courants fondamentalistes menace l’Europe, analyse la maîtresse de conférences en histoire américaine Marie Gayte. « Les États-Unis (…) se vivent en défenseurs de la civilisation judéo-chrétienne. Or, à leurs yeux, nous serions les mauvais élèves puisqu’ils voient l’Europe comme l’un des berceaux de cette civilisation à laquelle nous tournerions le dos. Il y a une mission de la part de l’Amérique qui veut nous remettre sur le droit chemin », insiste-t-elle.

« La laïcité est la République »

Défendre la laïcité, c’est donc défendre une certaine idée de la France. « La laïcité est la République, souligne l’historienne Jacqueline Lalouette. La République est une communauté de citoyens libres et égaux en droits. La laïcité est ce principe qui garantit la liberté absolue de conscience. Elle se trouve au fondement de la liberté d’expression, la liberté artistique, et la possibilité de critiquer toute religion. »

La laïcité est un « rempart contre les intégrismes religieux mais ne doit pas être un combat contre une religion quelle qu’elle soit », précise l’historienne, qui dénonce l’instrumentalisation par la droite de la laïcité pour discriminer les musulmans.

Gwenaële Calvès, professeur de droit public, liste les menaces qui pèsent sur la laïcité : l’extrême droite et l’islamisme, ce dernier étant à l’origine de deux assassinats d’enseignants ces dernières années. « On a une coalition informelle depuis la loi Taubira sur le mariage pour tous selon laquelle l’école publique corrompt les enfants en promouvant l’idéologie transgenre, l’homosexualité ; elle serait woke », explique-t-elle. Être laïc, c’est accepter que l’école délivre un savoir, qu’« il peut y avoir contradiction entre le discours du maître et celui du parent ».

Or, l’extrême droite porte un discours antilaïc, au nom de la primauté éducative des parents. Si la laïcité est ciblée, c’est qu’elle « est une loi de libération » des individus, analyse le sénateur communiste Pierre Ouzoulias, pour qui la loi de 1905 défend « une certaine idée de la raison et de la République », émancipatrice des individus.

L’offensive antilaïque et antirépublicaine « intervient à un moment où la République est en crise, affaiblie par quatre décennies d’évolution néolibérale qui fait primer les actionnaires sur l’intérêt général », dénonce le dirigeant communiste Christian Picquet, qui dresse un constat accablant : les citoyens ont « le sentiment que les principes de liberté, d’égalité et de fraternité sont vidés de sens ». Alimentant le repli identitaire et les discours essentialistes, au plus grand bonheur des puissants et des obscurantistes.

dimanche 30 novembre 2025

« Il n’y a pas de cessez-le-feu à Gaza, ce n’est que de la poudre aux yeux » : dans la manifestation parisienne pour la Palestine entre colère et détermination


Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées, samedi 29 novembre, place de la République, à Paris, à l’appel d’une cinquantaine d’organisations et de syndicats pour clamer leur colère face au simulacre de plan de paix imposé par Trump. Plus de 300 Palestiniens de Gaza ont été assassinés depuis son instauration le 10 octobre, tandis que la colonisation et les exactions de l’armée israélienne se poursuivent en Cisjordanie occupée. 

Hayet Kechi, l'Humanité


Et soudain, les slogans cessent, et la clameur se lève. « Voisins, ouvrez vos fenêtres, dressez un drapeau palestinien ; voisins, descendez dans la rue avec nous ; voisins, marchez avec nous pour les Palestiniens ! », scandent en chœur les militants perchés sur l’un des fourgons de l’Association France Palestine solidarité (AFPS), boulevard Voltaire à quelques mètres de la place de la République, à Paris. C’est là qu’ont convergé des milliers de manifestants, à l’appel de plus de 85 organisations, associations, syndicats et partis de gauche, ce samedi 29 juillet, journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien, instituée par les Nations unies.

Cette prise à témoins sous les fenêtres des riverains, invités instamment à venir grossir les cortèges, résonne un peu comme une supplique, le cri du désespoir pour cette foule dense venue de toute la France dire « sa colère » et « son écœurement » face à la mascarade de trêve aux allures de renoncement jouée ces derniers jours par les grandes puissances mondiales.

« Les enfants de Gaza continuent de tomber sous les bombes israéliennes »

L’actualité à Gaza et en Cisjordanie, le décompte morbide qui se poursuit quotidiennement, sont dans toutes les têtes et s’affichent sur les banderoles : « Il n’y a pas de cessez-le-feu, ce n’est que de la poudre aux yeux ! » « On nous a dit que le génocide était terminé, que tout allait bien, sauf que ce n’est pas l’avis de l’ONU ni des ONG israéliennes », s’insurge ainsi une militante de l’AFPS, organisation à l’origine de cette initiative nationale.

La jeune femme cite également le rapport d’Amnesty International, publié le 27 novembre, où l’ONG documente le fait que « le génocide des Palestiniens commis par Israël à Gaza se poursuit sans relâche ».

Depuis l’entrée en vigueur du « cessez-le-feu », le 10 octobre, pseudo-trêve mise en œuvre sous la pression des États-Unis, « les enfants de Gaza continuent de tomber sous les bombes israéliennes, plus de 300 civils sont morts », relève Marie (1) une manifestante australienne résidant à Paris. Pour la jeune femme, qui confie sa « colère et son dégoût », « c’est encore plus difficile de se faire entendre depuis ce simulacre de trêve car l’attention médiatique, déjà très médiocre, s’est détournée du génocide qui continue ».

Restrictions de l’aide alimentaire et déplacements forcés

Les manifestants s’insurgent également contre la mort à petit feu distillée à travers les restrictions d’entrée de l’aide humanitaire, les déplacements forcés ou les refus d’évacuations médicales qui sont encore légion dans la bande de Gaza. Le sort des Palestiniens de Cisjordanie est également dans tous les esprits, quelques heures après la médiatisation de l’assassinat de deux Palestiniens, abattus après s’être rendus lors d’un raid de l’armée israélienne à Jénine, dans le nord de la Cisjordanie occupée.

« Il y a aujourd’hui beaucoup de colère contre l’inertie de la communauté internationale, mais il y a aussi l’espoir que le peuple parvienne à faire entendre sa voix et ses exigences », témoigne Denis Vemclefs, représentant de la CGT, dont les militants ont répondu massivement présents à cette manifestation parisienne.

Ces exigences, les manifestants en ont une conception très claire, réaffirmée de rassemblements en rassemblements : « Nous réclamons qu’un véritable cessez-le-feu soit appliqué, nous réclamons une solution politique où les droits du peuple palestinien soient respectés, à savoir une solution à deux États sur les frontières de 1967 », détaille Vincent Boulet, responsable international au Parti communiste français.

Pour Anne Féray, coprésidente du Mrap, « Si la France a reconnu l’État palestinien, elle a désormais le devoir avec les autres pays de l’Union européenne d’assurer sa protection. » Cette position ne peut, selon la militante, faire l’économie « de sanctions à l’encontre d’Israël tant que le cessez-le-feu ne sera pas respecté et que l’aide humanitaire n’arrivera pas massivement à Gaza. »

Libération de Marwan Barghouti

La solution politique ne pourra non plus faire l’impasse sur la libération des prisonniers palestiniens, à commencer par Marwan Barghouti, leader de la deuxième Intifada, incarcéré depuis 2002, et soumis depuis l’attaque du Hamas, le 7 octobre, à un régime de détention extrêmement brutal, rappelle Iban Dard Merle, représentant départemental des Jeunesses communistes (JC). Le jeune militant est à cet égard optimiste : « Nous avons déjà obtenu des victoires : la reconnaissance par plusieurs pays, dont la France, d’un État palestinien, nous avons obtenu la libération de George Ibrahim Abdallah, on peut arracher cette troisième victoire. »

Pour Marie, l’exemple du maire de New York devrait inspirer les dirigeants européens : « Zohran Mamdani a eu le courage de nommer la situation, de parler de génocide et de sanctions contre les dirigeants israéliens. Le salut viendra quand ces dirigeants seront à l’unission de l’opinion publique qui est très majoritairement révoltée par ce que subit la population palestinienne. »

Un sentiment largement partagé par la foule qui a bravé la pluie toute l’après-midi. Alain Peiller, ex-cosecrétaire de la FSU résume ainsi l’état d’esprit général : « La colère n’empêche pas la révolte, la résistance ni l’espoir, autrement on ne serait pas là. L’histoire nous a montré que l’envahisseur ne sort au bout du bout jamais vainqueur. »

 

dimanche 23 novembre 2025

En meeting à Marseille, Fabien Roussel défend « le parti pris du travail et de la paix »


Dimanche, lors d’un meeting à Marseille devant 1 500 personnes, le secrétaire national a exposé les points fondamentaux du pacte pour la France défendu par le parti communiste. Un discours aux accents pacifistes et offensifs, pour réindustrialiser le pays et développer les services publics.

 Gaël De Santis pour l'Humanité

Marseille (Bouches-du-Rhône), envoyé spécial.

L’optimisme doit surmonter l’inquiétude. L’actualité, la triste actualité, s’est invitée ce dimanche à Marseille au meeting de Fabien Roussel, au lendemain de la marche blanche pour Mehdi Kessaci, abattu selon toute vraisemblance par des narcotrafiquants.

« Le peuple français est sous le choc. Sous le choc de mots prononcés par le chef d’État-major des armées, des mots qui glacent le sang et qui tiennent en une phrase : « Vous devez être prêts à perdre vos enfants. » Sous le choc aussi d’un meurtre et du sang qui a coulé ici à Marseille, dans un combat inégal entre des trafiquants de drogue et une jeunesse qui aspire à vivre libre et heureuse », a commencé, d’un ton grave, le secrétaire national du PCF.

« Nous ne voulons pas d’une troisième guerre mondiale »

Face aux « discours de guerre contre « Moscou » » qui s’invitent dans le débat public, Fabien Roussel prévient : « Nous ne voulons pas d’une troisième guerre mondiale, alimentée par des chefs d’État en manque d’autorité, alimentée par des impérialismes puissants. Et nous affirmons avec force que nous sommes autant opposés au nationaliste Poutine qu’à ceux qui voudraient nous faire entrer en guerre contre le peuple russe ! » De plus, ce conflit nourrit l’austérité, estime-t-il.

Les discours de guerre étant censés faire accepter les « prix de l’énergie qui flambe » ou le doublement du « budget des armées, au détriment » des services publics. « Jamais nous ne voterons des crédits militaires et les pleins pouvoirs à des dirigeants prêts à envoyer nos enfants se faire tuer pour des guerres qui ne sont pas les nôtres ! » s’emporte le secrétaire national du PCF venu défendre – le slogan est inscrit derrière lui – « le parti pris du travail et de la paix ». Il souhaite une France à la tête d’une coalition en faveur de négociations avec la Russie et l’Ukraine, sur la base du droit international, d’une paix juste en Europe.

« C’est la droite qui a supprimé 15 000 postes de policiers »

À Marseille, face à 1 500 personnes enthousiastes, Fabien Roussel remercie les dockers du port, « fidèles à leur tradition internationaliste et pacifiste », qui ont bloqué le départ d’armes vers Israël, qui « mène une politique génocidaire ». Invitant à participer aux marches du 29 novembre pour la Palestine, il fait scander : « Libérez Marwan Barghouti ! »

L’autre slogan repris par les participants au meeting était « Justice pour Mehdi ! Plus d’égalité, moins de criminalité ! » Afin de mener le combat contre les trafics, il juge « indispensable d’embaucher 60 000 agents de police, enquêteurs, douaniers ». 2,5 milliards d’euros doivent être mobilisés à cet effet, avance le secrétaire national du PCF. Et l’orateur de préciser : « Le problème n’est pas à gauche. C’est la droite qui a supprimé 15 000 postes de policiers, 6 000 douaniers et qui vient nous donner des leçons ! »

Le développement des services publics est au centre du « pacte national d’avenir pour la France » du PCF qu’il vient présenter à Marseille comme il le fait dans ses autres déplacements. Garantir les mêmes droits à chacun, où qu’il vive, passe par le déploiement des services publics, des associations afin de promouvoir la culture et le sport et par la lutte contre les discriminations. « Prenons le serment ici à Marseille de nous battre pour une République qui sera plus sévère contre tout acte, ou tout propos raciste, antisémite, homophobe, sexiste ! » lance-t-il.

« Nous nationaliserons les entreprises stratégiques ! »

Le développement de l’emploi est l’autre préoccupation du dirigeant communiste. « Quand l’Allemagne décide d’investir 600 milliards d’euros en quelques années, notre gouvernement et l’extrême droite cherchent à réaliser 40 milliards d’euros d’économies par an », accuse-t-il, rappelant sa proposition d’un fonds pour investir en France 100 milliards d’euros annuels dans l’industrie, les services publics et la construction de logements. Face à l’hécatombe des plans sociaux, il promet : « Nous nationaliserons les entreprises stratégiques. »