dimanche 30 novembre 2025

« Il n’y a pas de cessez-le-feu à Gaza, ce n’est que de la poudre aux yeux » : dans la manifestation parisienne pour la Palestine entre colère et détermination


Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées, samedi 29 novembre, place de la République, à Paris, à l’appel d’une cinquantaine d’organisations et de syndicats pour clamer leur colère face au simulacre de plan de paix imposé par Trump. Plus de 300 Palestiniens de Gaza ont été assassinés depuis son instauration le 10 octobre, tandis que la colonisation et les exactions de l’armée israélienne se poursuivent en Cisjordanie occupée. 

Hayet Kechi, l'Humanité


Et soudain, les slogans cessent, et la clameur se lève. « Voisins, ouvrez vos fenêtres, dressez un drapeau palestinien ; voisins, descendez dans la rue avec nous ; voisins, marchez avec nous pour les Palestiniens ! », scandent en chœur les militants perchés sur l’un des fourgons de l’Association France Palestine solidarité (AFPS), boulevard Voltaire à quelques mètres de la place de la République, à Paris. C’est là qu’ont convergé des milliers de manifestants, à l’appel de plus de 85 organisations, associations, syndicats et partis de gauche, ce samedi 29 juillet, journée internationale de solidarité avec le peuple palestinien, instituée par les Nations unies.

Cette prise à témoins sous les fenêtres des riverains, invités instamment à venir grossir les cortèges, résonne un peu comme une supplique, le cri du désespoir pour cette foule dense venue de toute la France dire « sa colère » et « son écœurement » face à la mascarade de trêve aux allures de renoncement jouée ces derniers jours par les grandes puissances mondiales.

« Les enfants de Gaza continuent de tomber sous les bombes israéliennes »

L’actualité à Gaza et en Cisjordanie, le décompte morbide qui se poursuit quotidiennement, sont dans toutes les têtes et s’affichent sur les banderoles : « Il n’y a pas de cessez-le-feu, ce n’est que de la poudre aux yeux ! » « On nous a dit que le génocide était terminé, que tout allait bien, sauf que ce n’est pas l’avis de l’ONU ni des ONG israéliennes », s’insurge ainsi une militante de l’AFPS, organisation à l’origine de cette initiative nationale.

La jeune femme cite également le rapport d’Amnesty International, publié le 27 novembre, où l’ONG documente le fait que « le génocide des Palestiniens commis par Israël à Gaza se poursuit sans relâche ».

Depuis l’entrée en vigueur du « cessez-le-feu », le 10 octobre, pseudo-trêve mise en œuvre sous la pression des États-Unis, « les enfants de Gaza continuent de tomber sous les bombes israéliennes, plus de 300 civils sont morts », relève Marie (1) une manifestante australienne résidant à Paris. Pour la jeune femme, qui confie sa « colère et son dégoût », « c’est encore plus difficile de se faire entendre depuis ce simulacre de trêve car l’attention médiatique, déjà très médiocre, s’est détournée du génocide qui continue ».

Restrictions de l’aide alimentaire et déplacements forcés

Les manifestants s’insurgent également contre la mort à petit feu distillée à travers les restrictions d’entrée de l’aide humanitaire, les déplacements forcés ou les refus d’évacuations médicales qui sont encore légion dans la bande de Gaza. Le sort des Palestiniens de Cisjordanie est également dans tous les esprits, quelques heures après la médiatisation de l’assassinat de deux Palestiniens, abattus après s’être rendus lors d’un raid de l’armée israélienne à Jénine, dans le nord de la Cisjordanie occupée.

« Il y a aujourd’hui beaucoup de colère contre l’inertie de la communauté internationale, mais il y a aussi l’espoir que le peuple parvienne à faire entendre sa voix et ses exigences », témoigne Denis Vemclefs, représentant de la CGT, dont les militants ont répondu massivement présents à cette manifestation parisienne.

Ces exigences, les manifestants en ont une conception très claire, réaffirmée de rassemblements en rassemblements : « Nous réclamons qu’un véritable cessez-le-feu soit appliqué, nous réclamons une solution politique où les droits du peuple palestinien soient respectés, à savoir une solution à deux États sur les frontières de 1967 », détaille Vincent Boulet, responsable international au Parti communiste français.

Pour Anne Féray, coprésidente du Mrap, « Si la France a reconnu l’État palestinien, elle a désormais le devoir avec les autres pays de l’Union européenne d’assurer sa protection. » Cette position ne peut, selon la militante, faire l’économie « de sanctions à l’encontre d’Israël tant que le cessez-le-feu ne sera pas respecté et que l’aide humanitaire n’arrivera pas massivement à Gaza. »

Libération de Marwan Barghouti

La solution politique ne pourra non plus faire l’impasse sur la libération des prisonniers palestiniens, à commencer par Marwan Barghouti, leader de la deuxième Intifada, incarcéré depuis 2002, et soumis depuis l’attaque du Hamas, le 7 octobre, à un régime de détention extrêmement brutal, rappelle Iban Dard Merle, représentant départemental des Jeunesses communistes (JC). Le jeune militant est à cet égard optimiste : « Nous avons déjà obtenu des victoires : la reconnaissance par plusieurs pays, dont la France, d’un État palestinien, nous avons obtenu la libération de George Ibrahim Abdallah, on peut arracher cette troisième victoire. »

Pour Marie, l’exemple du maire de New York devrait inspirer les dirigeants européens : « Zohran Mamdani a eu le courage de nommer la situation, de parler de génocide et de sanctions contre les dirigeants israéliens. Le salut viendra quand ces dirigeants seront à l’unission de l’opinion publique qui est très majoritairement révoltée par ce que subit la population palestinienne. »

Un sentiment largement partagé par la foule qui a bravé la pluie toute l’après-midi. Alain Peiller, ex-cosecrétaire de la FSU résume ainsi l’état d’esprit général : « La colère n’empêche pas la révolte, la résistance ni l’espoir, autrement on ne serait pas là. L’histoire nous a montré que l’envahisseur ne sort au bout du bout jamais vainqueur. »

 

dimanche 23 novembre 2025

En meeting à Marseille, Fabien Roussel défend « le parti pris du travail et de la paix »


Dimanche, lors d’un meeting à Marseille devant 1 500 personnes, le secrétaire national a exposé les points fondamentaux du pacte pour la France défendu par le parti communiste. Un discours aux accents pacifistes et offensifs, pour réindustrialiser le pays et développer les services publics.

 Gaël De Santis pour l'Humanité

Marseille (Bouches-du-Rhône), envoyé spécial.

L’optimisme doit surmonter l’inquiétude. L’actualité, la triste actualité, s’est invitée ce dimanche à Marseille au meeting de Fabien Roussel, au lendemain de la marche blanche pour Mehdi Kessaci, abattu selon toute vraisemblance par des narcotrafiquants.

« Le peuple français est sous le choc. Sous le choc de mots prononcés par le chef d’État-major des armées, des mots qui glacent le sang et qui tiennent en une phrase : « Vous devez être prêts à perdre vos enfants. » Sous le choc aussi d’un meurtre et du sang qui a coulé ici à Marseille, dans un combat inégal entre des trafiquants de drogue et une jeunesse qui aspire à vivre libre et heureuse », a commencé, d’un ton grave, le secrétaire national du PCF.

« Nous ne voulons pas d’une troisième guerre mondiale »

Face aux « discours de guerre contre « Moscou » » qui s’invitent dans le débat public, Fabien Roussel prévient : « Nous ne voulons pas d’une troisième guerre mondiale, alimentée par des chefs d’État en manque d’autorité, alimentée par des impérialismes puissants. Et nous affirmons avec force que nous sommes autant opposés au nationaliste Poutine qu’à ceux qui voudraient nous faire entrer en guerre contre le peuple russe ! » De plus, ce conflit nourrit l’austérité, estime-t-il.

Les discours de guerre étant censés faire accepter les « prix de l’énergie qui flambe » ou le doublement du « budget des armées, au détriment » des services publics. « Jamais nous ne voterons des crédits militaires et les pleins pouvoirs à des dirigeants prêts à envoyer nos enfants se faire tuer pour des guerres qui ne sont pas les nôtres ! » s’emporte le secrétaire national du PCF venu défendre – le slogan est inscrit derrière lui – « le parti pris du travail et de la paix ». Il souhaite une France à la tête d’une coalition en faveur de négociations avec la Russie et l’Ukraine, sur la base du droit international, d’une paix juste en Europe.

« C’est la droite qui a supprimé 15 000 postes de policiers »

À Marseille, face à 1 500 personnes enthousiastes, Fabien Roussel remercie les dockers du port, « fidèles à leur tradition internationaliste et pacifiste », qui ont bloqué le départ d’armes vers Israël, qui « mène une politique génocidaire ». Invitant à participer aux marches du 29 novembre pour la Palestine, il fait scander : « Libérez Marwan Barghouti ! »

L’autre slogan repris par les participants au meeting était « Justice pour Mehdi ! Plus d’égalité, moins de criminalité ! » Afin de mener le combat contre les trafics, il juge « indispensable d’embaucher 60 000 agents de police, enquêteurs, douaniers ». 2,5 milliards d’euros doivent être mobilisés à cet effet, avance le secrétaire national du PCF. Et l’orateur de préciser : « Le problème n’est pas à gauche. C’est la droite qui a supprimé 15 000 postes de policiers, 6 000 douaniers et qui vient nous donner des leçons ! »

Le développement des services publics est au centre du « pacte national d’avenir pour la France » du PCF qu’il vient présenter à Marseille comme il le fait dans ses autres déplacements. Garantir les mêmes droits à chacun, où qu’il vive, passe par le déploiement des services publics, des associations afin de promouvoir la culture et le sport et par la lutte contre les discriminations. « Prenons le serment ici à Marseille de nous battre pour une République qui sera plus sévère contre tout acte, ou tout propos raciste, antisémite, homophobe, sexiste ! » lance-t-il.

« Nous nationaliserons les entreprises stratégiques ! »

Le développement de l’emploi est l’autre préoccupation du dirigeant communiste. « Quand l’Allemagne décide d’investir 600 milliards d’euros en quelques années, notre gouvernement et l’extrême droite cherchent à réaliser 40 milliards d’euros d’économies par an », accuse-t-il, rappelant sa proposition d’un fonds pour investir en France 100 milliards d’euros annuels dans l’industrie, les services publics et la construction de logements. Face à l’hécatombe des plans sociaux, il promet : « Nous nationaliserons les entreprises stratégiques. »

mardi 18 novembre 2025

Zelensky Gags en rafale

 


Volodymyr Zelensky voudrait « acheter » à Dassault « de l’ordre de 100 Rafale, avec leurs armements associés ». Emmanuel Macron et lui ont annoncé lundi 17 novembre, sur la base aérienne de Villacoublay, la signature, à ce sujet, d’une « lettre d’intention ».

Selon l’Élysée, cet accord se projette « sur un horizon d’une dizaine d’années ». « Cet accord, a déclaré Macron, est la démonstration de la volonté française de mettre son excellence industrielle et technologique au service de l’Ukraine, et donc de l’Europe », « Je te remercie, Emmanuel, de cette aide efficace et pratique de la France », a répondu Zelensky.

Tout cela, y compris les pitreries à Villacoublay, relève d’un méchant gag. L’Ukraine n’a pas d’argent pour financer l’achat de ces avions, estimé entre 8 et 30 milliards d’euros, quant à la France, qui a le plus grand mal à boucler son budget 2026, elle ne le peut pas plus.

Et ce n’est pas tout : Dassault a déjà doublé ses capacités de production initiale pour porter la cadence à 4 appareils produits par mois pour faire face à 533 unités en commande ferme à l’export de la part de huit pays dont l’Inde. Difficile de substituer les hypothétiques commandes ukrainiennes à des clients qui paient.

Le mois dernier, l’Ukraine avait déjà signé une lettre d’intention en vue d’acquérir 100 à 150 avions de chasse suédois Gripen, là encore sans financement avéré.

Enfin, l’« horizon d’une dizaine d’années » est un autre gag : que restera-t-il de l’Ukraine dans dix ans ?

Les deux clowns de Villacoublay essaient de faire croire qu’ils comptent quand l’un et l’autre ne pédalent plus que dans le vide.

Source Liberté Actus 

mardi 11 novembre 2025

Coup de coeur, le livre du mois : La Maison du Passage de Zoulikha Haba

Zoulikha Haba est une auteur prolifique et remarquable. Chacun de ses livres est une invitation au voyage, à l'imagination, à la vie, à la beauté de ce monde. Chacun des personnages attire, interroge, et se situe dans des intrigues passionnantes. 

Des romans, des livres, tous, à lire par ces longues nuits d'hiver et aussi à offrir

La Maison du Passage 
Au-dessus de la porte se trouve l'Ouroboros, le dragon qui se mord la queue. On retrouve ce symbole en Mésopotamie et dans les tombes de l'Égypte antique. La plupart le considèrent comme un symbole de protection. Dans le roman, la pierre placée au centre de l'œil du serpent éloigne les djinns. Cette pierre précieuse est convoitée par tous les érudits en sciences occultes. Ce roman, ce n'est pas qu'une histoire de djinns, mais également une histoire d'amour et de liberté.

Afin de savoir ce qui adviendra, je vous invite à entrer par cette porte laissée entrouverte et à découvrir cette histoire, inspirée de faits réels.
 
L'auteur, ses autres livres
 

Zoulikha Haba a grandi à Alger. Dans les années soixante-dix, elle part étudier à Paris puis à Londres. Elle entame, ensuite, une carrière dans le milieu de la finance. Désormais, elle se consacre à l’écriture. C’est l’occasion de faire le point sur son double héritage culturel, entre Orient et Occident.

Son premier roman « Les mouettes noires » a été primé au Prix Fondcombe 2015.

Son deuxième roman « Le fils du Tessala » a été primé au Prix National Lions de Littérature 2017.

Son troisième roman "Les deux visages de Nissa" est paru en mars 2018.

Son quatrième roman "La Maison de Passage" est paru en novembre 2025. 

 

Bibliographie

 



Les Mouettes Noires

Auteur : Zoulikha Haba

Editeur : Esneval Editions

 

Comme un oiseau dans la tourmente, Nora virevoltait dans ce nouveau monde. Elle sentait que ce changement était grave, historique. Toute cette ébullition autour d'elle l'inquiétait un peu. Elle observait tous ces êtres chers qui avaient accompagné son enfance et nourri ses rêves les plus secrets. Elle les regardait rire, heureux, enthousiasmés par l'instant magique qu'ils vivaient. Pourtant, elle était triste. Dans son for intérieur, elle avait le pressentiment que quelque chose n'allait pas. Une petite voix venait troubler cette harmonie. Rien n'était plus comme avant, tout était confus dans sa tête. Tout, sauf cette petite voix qui lui disait clairement qu'elle n'avait plus sa place ici. Elle devait fuir, elle devait partir. La tâche lui semblait insurmontable, elle se sentait si seule, si misérable, savait-elle seulement vers quoi elle s'orientait ? Partir, mais où ? Elle voulait être libre, mais que savait-elle vraiment de la liberté ? Un rêve, une utopie ! Jusqu'où irait-elle ? Pour Nora, c'était une question de survie, son instinct la poussait à partir, elle devait agir.




Le Fils du Tessala

Auteur : Zoulikha Haba

Editeur : Esneval Editions

Jeanne était mariée à Francis, le colon. Il travaillait sa terre de l'aube au coucher du soleil. Elle était médecin. Tous les jours, elle battait la campagne pour visiter ses patients, luttant contre la maladie, mais aussi contre l'ignorance et la fatalité. Cette fatalité, qui l'avait privée d'enfant, était sa seule douleur, son seul regret, qu'elle surmontait grâce à l'amour de Francis. Lorsque le destin mit sur son chemin le petit Ali, elle lui transmit ce que la République a de mieux à offrir à ses enfants. Elle l'éduqua comme son propre fils. Malgré sa bonne volonté, elle fit de lui un étranger parmi les siens. La malédiction qui frappe le petit Ali lui sera-t-elle fatale ou salutaire ? Après Les mouettes noires, troisième prix Fondcombe 2015, Zoulikha Magroufel Haba nous livre ici le second volet de sa saga familiale d'inspiration autobiographique. De Sidi-Bel-Abbès à Alger, de Saint-Denis-Du-Sig à Tiaret, d'Oran à Oued Imbert, ce second roman nous entraîne, pendant la période de la colonisation française, depuis l'arrivée de la France en Algérie en 1830 jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale. Le fils du Tessala est une histoire d'amitié, d'amour et de conflit entre deux peuples qui subissent leur destinée. Un monde en pleine évolution face à un monde stagnant, replié sur lui-même, pétri d'ignorance, de croyances occultes et de superstitions.


 


Les deux visages de Nissa

Auteur : Zoulikha Haba

Editeur : Esneval Editions

Il y a ceux qui viennent au monde, beaux et riches, et ceux qui ne sont pas bien nés.
Pour Nissa, pas de bonnes fées. Sa naissance fut le premier de ses malheurs puisque son visage coïncidait avec monstruosité et que tous la regardaient avec horreur.
Pour arriver à dépasser leur jugement et les épreuves, Nissa va devoir affronter et non subir la volonté paternelle, les exigences d’un mari violent et le regard des autres.
Le chemin sera long et semé d’embûches pour découvrir l’amour, accéder au bonheur et à la liberté.
Dans son ouvrage, l’auteure fait vivre des personnages hors du commun qui rêvent d’échapper à leur condition en ce début du XXe siècle.
Ce roman est inspiré de faits réels.

 
 

samedi 8 novembre 2025

Zohran Mamdani : que fêtons-nous ? Son élection à la mairie de New York est une bonne nouvelle par contre la religion du maire de New York, je m’en fous ! Par Assan Lakehoul secrétaire général des Jeunesses Communistes

 

L’élection de Zohran Mamdani à la mairie de New York est une bonne nouvelle. Que ce soit pour les New-Yorkais, pour les travailleurs, ou pour toutes celles et ceux qui espèrentvoir battre la droite trumpiste. Dans la limite de ses pouvoirs, il pourra essayer d’améliorer le quotidien des habitants et montrer qu’une autre politique est possible. 

Deux choses sont insupportable dans la manière dont cette victoire est commentée en France.


D’abord, l’obsession de certains médias et même d’une partie de la gauche pour sa religion. On salue « le premier maire musulman de New York » comme s’il s’agissait là de l’essentiel. L’Histoire de la laïcité occidentale s’est en grande partie construite dans la lutte contre la domination politique et morale de l’Église catholique, évidemment. Cela ne rend pas pour autant les autres religions émancipatrices ! Être de gauche, c’est refuser toute forme d’aliénation, qu’elle vienne du capital, du patriarcat ou d’une quelconque croyance irrationnelle. La religion du maire de New York, je m’en fous !

Ensuite, une partie de la gauche semble se satisfaire de tenir quelques grandes métropoles pendant que l’extrême droite progresse partout ailleurs. Comme si les habitants des villes moyennes ou des petites communes étaient condamnés à voter Le Pen. Comme si ces électeurs étaient perdus pour de bon, ou trop « arriérés » pour comprendre les discours de gauche. Ce discours pue la résignation et même le mépris de classe. Il y’en a marre de cette gauche qui se félicite du lien entre diplôme obtenu et vote de gauche. Il y’en a marre de cette gauche qui regarde de haut celles et ceux qui subissent le plus durement les inégalités, le déclassement et l’abandon des services publics.

Nous devons parler à tout le monde, sans demander le vote d’avant, sans juger les colères populaires. Sortons de nos zones de confort, allons convaincre, reconstruisons la conscience de classe. Cela commence par l’humilité et la conviction que nous pouvons gagner, pas simplement maintenir péniblement la porte d’entrée fragile d’une citadelle assiégée.

jeudi 6 novembre 2025

L’urbanisme pervers de la « reconstruction » de Gaza

 


Le plan de « requalification urbaine » de Gaza, rédigé par des consultants américains et cité dans la proposition d’« accord de paix » de Donald Trump, dessine un avenir inquiétant pour la ville. Loin d’être une exception, il révèle une logique déjà à l’œuvre dans de nombreuses métropoles contemporaines. Comme toujours, le diable se cache dans les détails : l’urbanisme devient le langage du pouvoir économique dont la victime collatérale est l’idée même de la ville.


Dès le premier mandat de Donald Trump, son gendre Jared Kushner avait noué des relations d’affaires avec d’importants entrepreneurs saoudiens et qataris. Ces derniers avaient financé – et probablement sauvé de la faillite – une de ses entreprises immobilières à Manhattan, et soutenu ensuite la société qu’il a fondée après avoir quitté l’administration de son beau-père.

Aujourd’hui, Kushner ne représente plus le gouvernement américain : il n’est qu’un homme d’affaires, qui se trouve être proche au président. Son rôle diplomatique, aux côtés de l’envoyé spécial des États-Unis au Moyen-Orient, l’investisseur immobilier Steve Witkoff, est purement officieux, et il n’a naturellement aucun compte à rendre sur les conflits d’intérêts liés à ses activités économiques. Ce chevauchement complet entre réseaux diplomatiques et réseaux d’affaires illustre un enchevêtrement politico-économique dont la logique est au cœur même du projet pour Gaza.

Kushner en avait déjà formulé la ligne directrice il y a longtemps : la côte de Gaza constitue une opportunité immobilière. Pourtant, ses habitants doivent être relogés, par exemple quelque part dans le désert du Néguev. Pour en discuter, Trump a réuni à la Maison Blanche Witkoff, Kushner et l’ancien premier ministre britannique Tony Blair à la fin du mois d’août 2025. Selon certains analystes, la Gaza Humanitarian Foundation – dirigée par Johnnie Moore, un évangélique allié de la Maison Blanche – a alors élaboré le plan, ensuite publié par le Washington Post. Présenté comme un exercice technique sophistiqué, le plan est également cité dans le texte de l’accord de paix proposé.

Composé de quelque quarante diapositives riches en chiffres mais pauvres en images, ce document cherche à démontrer la « faisabilité » de la reconstruction tout en ignorant la tragédie humaine des habitants de Gaza et en effaçant la dimension politique. Son seul horizon est la rentabilité financière d’un vaste projet calqué sur le modèle de Dubaï.

Gaza, une approche immobilière

Ce document mérite l’attention non pour sa valeur morale – inexistante – mais parce qu’il illustre la manière dont le capitalisme financier dicte désormais la grammaire même de la vie sociale. Le « projet de paix » de Trump remplace le pacifisme marchand de la mondialisation par une pax imperialis d’inspiration romaine : d’abord l’anéantissement, ensuite le profit. Ce modèle, qui rappelle les affaires immobilières de Kushner dans le Golfe, conçoit Gaza comme un site de requalification géopolitique et urbaine, et non comme un espace habité. D’où l’accent mis sur les infrastructures et le design urbain : un développement fondé sur des tableaux Excel, des rendements attendus et les clichés du marketing d’entreprise.

 

Gaza n’est plus envisagée comme une ville ou un territoire, mais comme un nœud logistique reliant Israël, l’Arabie saoudite et la Méditerranée – un corridor global hors taxes. Le plan laisse entendre que le rapprochement saoudo-israélien est plus solide qu’on ne le croit, du moins vu de Washington. Le pétrole et les terres rares venant d’Arabie et de l’océan Indien atteindraient la Méditerranée sans passer par le canal de Suez, garantis par une alliance stratégique bâtie sur le dos des Palestiniens.

L’absence la plus grave

Dans la brochure du projet de « Riviera », les habitants de Gaza apparaissent uniquement comme une catégorie résiduelle, perçue comme un obstacle démographique ou un pion iranien. Deux millions de résidents sont effacés de l’histoire et remplacés par un récit où les « méchants de l’histoire » sont trop mauvais pour mériter des droits. Et le Hamas n’est mentionné que comme une organisation criminelle, sans aucune considération politique.

Le plan suppose qu’un quart de la population émigrera – davantage encore si des incitations économiques sont offertes. L’arithmétique est glaçante : chaque départ est évalué à un « gain » de 23 000 dollars (un peu plus de 20 000 euros). L’indemnisation des biens repose sur leur valeur actuelle, quasi nulle, tandis que les logements neufs sont estimés aux prix de Tel-Aviv, inaccessibles pour la quasi-totalité des Gazaouis.

Dans les visualisations générées par l’intelligence artificielle, les habitants ont disparu, remplacés par des investisseurs en robes blanches et keffiehs, sortant de luxueuses voitures Tesla.

Une terre dévastée

Les Romains étaient plus sincères. Comme l’écrivait Tacite à propos de la conquête de la Bretagne :

« Ils font un désert et ils appellent cela la paix. »

La même logique prévaut ici – sans même feindre d’écouter les voix des concernés.

Après deux années de destruction systématique, la matérialité de Gaza – son histoire, sa topographie et même son cadastre – a été effacée ; sur 365 km2 entre désert et mer, sa densité est 50 % supérieure à celle de Tel-Aviv. Les dégâts sont terrifiants : 61 millions de tonnes de décombres, 78 % des bâtiments détruits ou endommagés, la moitié des hôpitaux hors service, et seulement 1,5 % de terres encore cultivables pour deux millions d’habitants.

 

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Le plan de « requalification urbaine » de Gaza, rédigé par des consultants américains et cité dans la proposition d’« accord de paix » de Donald Trump, dessine un avenir inquiétant pour la ville. Loin d’être une exception, il révèle une logique déjà à l’œuvre dans de nombreuses métropoles contemporaines. Comme toujours, le diable se cache dans les détails : l’urbanisme devient le langage du pouvoir économique dont la victime collatérale est l’idée même de la ville.


Dès le premier mandat de Donald Trump, son gendre Jared Kushner avait noué des relations d’affaires avec d’importants entrepreneurs saoudiens et qataris. Ces derniers avaient financé – et probablement sauvé de la faillite – une de ses entreprises immobilières à Manhattan, et soutenu ensuite la société qu’il a fondée après avoir quitté l’administration de son beau-père.

Aujourd’hui, Kushner ne représente plus le gouvernement américain : il n’est qu’un homme d’affaires, qui se trouve être proche au président. Son rôle diplomatique, aux côtés de l’envoyé spécial des États-Unis au Moyen-Orient, l’investisseur immobilier Steve Witkoff, est purement officieux, et il n’a naturellement aucun compte à rendre sur les conflits d’intérêts liés à ses activités économiques. Ce chevauchement complet entre réseaux diplomatiques et réseaux d’affaires illustre un enchevêtrement politico-économique dont la logique est au cœur même du projet pour Gaza.

Kushner en avait déjà formulé la ligne directrice il y a longtemps : la côte de Gaza constitue une opportunité immobilière. Pourtant, ses habitants doivent être relogés, par exemple quelque part dans le désert du Néguev. Pour en discuter, Trump a réuni à la Maison Blanche Witkoff, Kushner et l’ancien premier ministre britannique Tony Blair à la fin du mois d’août 2025. Selon certains analystes, la Gaza Humanitarian Foundation – dirigée par Johnnie Moore, un évangélique allié de la Maison Blanche – a alors élaboré le plan, ensuite publié par le Washington Post. Présenté comme un exercice technique sophistiqué, le plan est également cité dans le texte de l’accord de paix proposé.

Composé de quelque quarante diapositives riches en chiffres mais pauvres en images, ce document cherche à démontrer la « faisabilité » de la reconstruction tout en ignorant la tragédie humaine des habitants de Gaza et en effaçant la dimension politique. Son seul horizon est la rentabilité financière d’un vaste projet calqué sur le modèle de Dubaï.

Gaza, une approche immobilière

Ce document mérite l’attention non pour sa valeur morale – inexistante – mais parce qu’il illustre la manière dont le capitalisme financier dicte désormais la grammaire même de la vie sociale. Le « projet de paix » de Trump remplace le pacifisme marchand de la mondialisation par une pax imperialis d’inspiration romaine : d’abord l’anéantissement, ensuite le profit. Ce modèle, qui rappelle les affaires immobilières de Kushner dans le Golfe, conçoit Gaza comme un site de requalification géopolitique et urbaine, et non comme un espace habité. D’où l’accent mis sur les infrastructures et le design urbain : un développement fondé sur des tableaux Excel, des rendements attendus et les clichés du marketing d’entreprise.

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Gaza n’est plus envisagée comme une ville ou un territoire, mais comme un nœud logistique reliant Israël, l’Arabie saoudite et la Méditerranée – un corridor global hors taxes. Le plan laisse entendre que le rapprochement saoudo-israélien est plus solide qu’on ne le croit, du moins vu de Washington. Le pétrole et les terres rares venant d’Arabie et de l’océan Indien atteindraient la Méditerranée sans passer par le canal de Suez, garantis par une alliance stratégique bâtie sur le dos des Palestiniens.

L’absence la plus grave

Dans la brochure du projet de « Riviera », les habitants de Gaza apparaissent uniquement comme une catégorie résiduelle, perçue comme un obstacle démographique ou un pion iranien. Deux millions de résidents sont effacés de l’histoire et remplacés par un récit où les « méchants de l’histoire » sont trop mauvais pour mériter des droits. Et le Hamas n’est mentionné que comme une organisation criminelle, sans aucune considération politique.

Le plan suppose qu’un quart de la population émigrera – davantage encore si des incitations économiques sont offertes. L’arithmétique est glaçante : chaque départ est évalué à un « gain » de 23 000 dollars (un peu plus de 20 000 euros). L’indemnisation des biens repose sur leur valeur actuelle, quasi nulle, tandis que les logements neufs sont estimés aux prix de Tel-Aviv, inaccessibles pour la quasi-totalité des Gazaouis.

Dans les visualisations générées par l’intelligence artificielle, les habitants ont disparu, remplacés par des investisseurs en robes blanches et keffiehs, sortant de luxueuses voitures Tesla.

Une terre dévastée

Les Romains étaient plus sincères. Comme l’écrivait Tacite à propos de la conquête de la Bretagne :

« Ils font un désert et ils appellent cela la paix. »

La même logique prévaut ici – sans même feindre d’écouter les voix des concernés.

Après deux années de destruction systématique, la matérialité de Gaza – son histoire, sa topographie et même son cadastre – a été effacée ; sur 365 km2 entre désert et mer, sa densité est 50 % supérieure à celle de Tel-Aviv. Les dégâts sont terrifiants : 61 millions de tonnes de décombres, 78 % des bâtiments détruits ou endommagés, la moitié des hôpitaux hors service, et seulement 1,5 % de terres encore cultivables pour deux millions d’habitants.

Donald Trump et le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi montrent les documents signés lors du sommet sur Gaza de Charm el-Cheikh (Égypte), le 13 octobre 2025. Saul Loeb/AFP

Le déblaiement nécessiterait environ 18 milliards de dollars (15,6 milliards d’euros), des milliers de machines, des dizaines de milliers de mois de travail, des unités mobiles de traitement et des décharges spécialisées.

Mais comment ? Disperser ces débris sur toute la bande reviendrait à en élever la surface de 30 centimètres. Les rejeter à la mer déplacerait simplement la catastrophe ailleurs – une solution sans doute envisagée par ces entrepreneurs rapaces qui rêvent d’un port et d’îles artificielles à la manière de Dubaï.

Ce processus effacerait également la topographie et le cadastre existants. Une opportunité pour ce plan qui propose de remplacer les registres fonciers par des droits de propriété « tokenisés », échangeables sur des marchés spéculatifs basés sur la blockchain – transformant les ruines de Gaza en loterie immobilière.

Le mirage économique

Plutôt que de répondre à la famine et à l’effondrement humanitaire, on évoque la promesse d’une « Riviera du Moyen-Orient » chère à Trump. Le plan ambitionne de porter la valeur immobilière de Gaza à 300 milliards de dollars (261 milliards d’euros) en dix ans, avec plus de 100 milliards (87 milliards d’euros) d’investissements. Le contrôle et la sécurité resteraient entre des mains militaires.

La Gaza Humanitarian Foundation deviendrait un trust chargé d’administrer le territoire « jusqu’à ce qu’une communauté palestinienne réformée et déradicalisée soit prête ». Ce trust détiendrait un tiers du territoire et acquerrait la majeure partie du reste, tandis que la population serait confinée dans des « logements temporaires » – un euphémisme pour des camps.

La Gaza du futur telle que présentée par le plan que promeut Donald Trump. The Great Trust « From a Demolished Iranian Proxy to a Prosperous Abrahamic Ally », Gaza Reconstitution, Economic Acceleration and Transformation

La liste des investisseurs potentiels inclut de grands groupes de construction saoudiens et internationaux, la famille Ben Laden, Tesla, Ikea, Amazon. Ces entreprises n’ont peut-être jamais été consultées, ou peut-être que si ; on le saura bientôt mais, en attendant, leurs logos figurent sur la brochure. Le récit de la « Riviera » masque le véritable objectif : spéculation foncière et monopole sur les infrastructures.

Le design comme instrument de contrôle

Le dessin urbain occupe une place centrale dans le plan. À l’image du Paris d’Haussmann, le projet vise à éradiquer l’insurrection par la réorganisation spatiale. Le présupposé est celui d’une tabula rasa totale – matérielle, topographique et juridique. La côte est envisagée comme une frontière extractive pour les plateformes gazières et pétrolières.

L’ordre spatial proposé est uniforme et inquiétant : sept ou huit villes de 200 000 habitants, chacune définie par une fonction économique ou un acteur privé – centres de données, logistique, tourisme – isolées et reliées par des corridors d’infrastructures et de surveillance. Des outils d’IA produisent des projets d’une précision trompeuse, dissimulant une absence totale d’empathie, d’expérience et d’échelle humaine.

À l’École urbaine de Sciences Po, j’ai demandé aux étudiants d’imaginer la ville la plus « maléfique » possible. Leurs réponses anticipaient cette vision : quartiers fermés, espaces publics artificiels, infrastructures-barrières, surveillance totale, monumentalité anonyme. Ils ont instinctivement compris que le contraire du bon urbanisme n’est pas le désordre, mais le contrôle – l’élimination calculée de la diversité, de la proximité et de la vie commune.

Un catalogue de l’urbanisme pervers

Le schéma proposé pour Gaza n’est pas un exercice académique. C’est l’application délibérée d’une logique urbaine perverse, conçue pour créer un environnement « sûr » pour le capital global. Une logique qui isole, clôture, marchandise toute ressource, détruit la nature, réprime la vie sociale, limite la mobilité et impose la surveillance et l’hostilité. Elle anéantit la capacité d’agir, la communauté et la dignité au nom de la sécurité et du profit.

Ce phénomène ne concerne pas seulement Gaza. Les mêmes principes sont déjà visibles du Golfe à l’Asie : espaces privatisés, paysages artificiels, enclaves surveillées, infrastructures de contrôle. La « ville perverse » n’est plus une fiction dystopique – elle est le modèle émergent de l’urbanisation contemporaine qui, après l’urbicide, prône tout simplement une nécrocité.

On pourrait conclure par une réflexion plus inquiétante encore : les États-Unis des suprémacistes réactionnaires, qui jurent d’anéantir l’ennemi intérieur, regardent Gaza comme un modèle. Les bombes pour détruire, le promoteur pour reconstruire. Que reconstruire, demanderez-vous ?

Le guerrier Pete Hegseth et le promoteur Donald Trump l’ont dit explicitement aux 800 généraux qu’ils ont récemment réunis à Quantico : l’ennemi est parmi nous, préparez-vous – vos prochaines zones de combat seront les villes des États-Unis.

 

Professeur d'urbanisme, Centre d’études européennes et École urbaine, Sciences Pour the Conversation