Plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées, samedi 29 novembre,
place de la République, à Paris, à l’appel d’une cinquantaine
d’organisations et de syndicats pour clamer leur colère face au
simulacre de plan de paix imposé par Trump. Plus de 300 Palestiniens de
Gaza ont été assassinés depuis son instauration le 10 octobre, tandis
que la colonisation et les exactions de l’armée israélienne se
poursuivent en Cisjordanie occupée.
Et soudain, les slogans cessent, et la clameur se lève. « Voisins,
ouvrez vos fenêtres, dressez un drapeau palestinien ; voisins,
descendez dans la rue avec nous ; voisins, marchez avec nous pour les
Palestiniens ! », scandent en chœur les militants perchés sur l’un
des fourgons de l’Association France Palestine solidarité (AFPS),
boulevard Voltaire à quelques mètres de la place de la République, à
Paris. C’est là qu’ont convergé des milliers de manifestants, à l’appel
de plus de 85 organisations, associations, syndicats et partis de
gauche, ce samedi 29 juillet, journée internationale de solidarité avec
le peuple palestinien, instituée par les Nations unies.
Cette prise à témoins sous les fenêtres des riverains, invités
instamment à venir grossir les cortèges, résonne un peu comme une
supplique, le cri du désespoir pour cette foule dense venue de toute la
France dire « sa colère » et « son écœurement » face à la mascarade de trêve aux allures de renoncement jouée ces derniers jours par les grandes puissances mondiales.
« Les enfants de Gaza continuent de tomber sous les bombes israéliennes »
L’actualité à Gaza et en Cisjordanie, le décompte morbide qui se
poursuit quotidiennement, sont dans toutes les têtes et s’affichent sur
les banderoles : « Il n’y a pas de cessez-le-feu, ce n’est que de la
poudre aux yeux ! » « On nous a dit que le génocide était terminé,
que tout allait bien, sauf que ce n’est pas l’avis de l’ONU ni des ONG
israéliennes », s’insurge ainsi une militante de l’AFPS, organisation à l’origine de cette initiative nationale.
La jeune femme cite également le rapport d’Amnesty International, publié le 27 novembre, où l’ONG documente le fait que « le génocide des Palestiniens commis par Israël à Gaza se poursuit sans relâche ».
Depuis l’entrée en vigueur du « cessez-le-feu », le 10 octobre, pseudo-trêve mise en œuvre sous la pression des États-Unis, « les enfants de Gaza continuent de tomber sous les bombes israéliennes, plus de 300 civils sont morts », relève Marie (1) une manifestante australienne résidant à Paris. Pour la jeune femme, qui confie sa « colère et son dégoût », « c’est
encore plus difficile de se faire entendre depuis ce simulacre de trêve
car l’attention médiatique, déjà très médiocre, s’est détournée du
génocide qui continue ».
Restrictions de l’aide alimentaire et déplacements forcés
Les manifestants s’insurgent également contre la mort à petit feu
distillée à travers les restrictions d’entrée de l’aide humanitaire, les
déplacements forcés ou les refus d’évacuations médicales qui sont
encore légion dans la bande de Gaza. Le sort des Palestiniens de
Cisjordanie est également dans tous les esprits, quelques heures après
la médiatisation de l’assassinat de deux Palestiniens, abattus après s’être rendus lors d’un raid de l’armée israélienne à Jénine, dans le nord de la Cisjordanie occupée.
« Il y a aujourd’hui beaucoup de colère contre l’inertie de la
communauté internationale, mais il y a aussi l’espoir que le peuple
parvienne à faire entendre sa voix et ses exigences », témoigne
Denis Vemclefs, représentant de la CGT, dont les militants ont répondu
massivement présents à cette manifestation parisienne.
Ces exigences, les manifestants en ont une conception très claire, réaffirmée de rassemblements en rassemblements : « Nous
réclamons qu’un véritable cessez-le-feu soit appliqué, nous réclamons
une solution politique où les droits du peuple palestinien soient
respectés, à savoir une solution à deux États sur les frontières de
1967 », détaille Vincent Boulet, responsable international au Parti communiste français.
Pour Anne Féray, coprésidente du Mrap, « Si la France a reconnu
l’État palestinien, elle a désormais le devoir avec les autres pays de
l’Union européenne d’assurer sa protection. » Cette position ne peut, selon la militante, faire l’économie
« de sanctions à l’encontre d’Israël tant que le cessez-le-feu ne sera
pas respecté et que l’aide humanitaire n’arrivera pas massivement à
Gaza. »
Libération de Marwan Barghouti
La solution politique ne pourra non plus faire l’impasse sur la libération des prisonniers palestiniens, à commencer par Marwan Barghouti,
leader de la deuxième Intifada, incarcéré depuis 2002, et soumis depuis
l’attaque du Hamas, le 7 octobre, à un régime de détention extrêmement
brutal, rappelle Iban Dard Merle, représentant départemental des
Jeunesses communistes (JC). Le jeune militant est à cet égard
optimiste : « Nous avons déjà obtenu des victoires : la
reconnaissance par plusieurs pays, dont la France, d’un État
palestinien, nous avons obtenu la libération de George Ibrahim Abdallah,
on peut arracher cette troisième victoire. »
Pour Marie, l’exemple du maire de New York devrait inspirer les dirigeants européens : « Zohran
Mamdani a eu le courage de nommer la situation, de parler de génocide
et de sanctions contre les dirigeants israéliens. Le salut viendra quand
ces dirigeants seront à l’unission de l’opinion publique qui est très
majoritairement révoltée par ce que subit la population palestinienne. »
Un sentiment largement partagé par la foule qui a bravé la pluie
toute l’après-midi. Alain Peiller, ex-cosecrétaire de la FSU résume
ainsi l’état d’esprit général : « La colère n’empêche pas la
révolte, la résistance ni l’espoir, autrement on ne serait pas là.
L’histoire nous a montré que l’envahisseur ne sort au bout du bout
jamais vainqueur. »
Dimanche, lors d’un meeting à Marseille devant 1 500personnes,
le secrétaire national a exposé les points fondamentaux du pacte pour
la France défendu par le parti communiste. Un discours aux accents
pacifistes et offensifs, pour réindustrialiser le pays et développer les
services publics.
L’optimisme doit surmonter l’inquiétude. L’actualité, la triste
actualité, s’est invitée ce dimanche à Marseille au meeting de Fabien
Roussel, au lendemain de la marche blanche pour Mehdi Kessaci, abattu selon toute vraisemblance par des narcotrafiquants.
« Le peuple français est sous le choc. Sous le choc de mots
prononcés par le chef d’État-major des armées, des mots qui glacent le
sang et qui tiennent en une phrase : « Vous devez être prêts à perdre
vos enfants. » Sous le choc aussi d’un meurtre et du sang qui a coulé
ici à Marseille, dans un combat inégal entre des trafiquants de drogue
et une jeunesse qui aspire à vivre libre et heureuse », a commencé, d’un ton grave, le secrétaire national du PCF.
« Nous ne voulons pas d’une troisième guerre mondiale »
Face aux « discours de guerre contre « Moscou » » qui s’invitent dans le débat public, Fabien Roussel prévient : « Nous
ne voulons pas d’une troisième guerre mondiale, alimentée par des chefs
d’État en manque d’autorité, alimentée par des impérialismes puissants.
Et nous affirmons avec force que nous sommes autant opposés au
nationaliste Poutine qu’à ceux qui voudraient nous faire entrer en
guerre contre le peuple russe ! » De plus, ce conflit nourrit l’austérité, estime-t-il.
Les discours de guerre étant censés faire accepter les « prix de l’énergie qui flambe » ou le doublement du « budget des armées, au détriment » des services publics. « Jamais
nous ne voterons des crédits militaires et les pleins pouvoirs à des
dirigeants prêts à envoyer nos enfants se faire tuer pour des guerres
qui ne sont pas les nôtres ! » s’emporte le secrétaire national du PCF venu défendre –le slogan est inscrit derrière lui–
« le parti pris du travail et de la paix ». Il souhaite une France à la
tête d’une coalition en faveur de négociations avec la Russie et
l’Ukraine, sur la base du droit international, d’une paix juste en
Europe.
« C’est la droite qui a supprimé 15 000 postes de policiers »
À Marseille, face à 1 500personnes enthousiastes, Fabien Roussel remercie les dockers du port, « fidèles à leur tradition internationaliste et pacifiste », qui ont bloqué le départ d’armes vers Israël, qui « mène une politique génocidaire ». Invitant à participer aux marches du 29 novembre pour la Palestine, il fait scander : « Libérez Marwan Barghouti ! »
L’autre slogan repris par les participants au meeting était « Justice pour Mehdi ! Plus d’égalité, moins de criminalité ! » Afin de mener le combat contre les trafics, il juge « indispensable d’embaucher 60 000agents de police, enquêteurs, douaniers ». 2,5 milliards d’euros doivent être mobilisés à cet effet, avance le secrétaire national du PCF. Et l’orateur de préciser : « Le problème n’est pas à gauche. C’est la droite qui a supprimé 15 000postes de policiers, 6 000douaniers et qui vient nous donner des leçons ! »
Le développement des services publics est au centre du « pacte national d’avenir pour la France »
du PCF qu’il vient présenter à Marseille comme il le fait dans ses
autres déplacements. Garantir les mêmes droits à chacun, où qu’il vive,
passe par le déploiement des services publics, des associations afin de
promouvoir la culture et le sport et par la lutte contre les
discriminations. « Prenons le serment ici à Marseille de nous battre
pour une République qui sera plus sévère contre tout acte, ou tout
propos raciste, antisémite, homophobe, sexiste ! » lance-t-il.
« Nous nationaliserons les entreprises stratégiques ! »
Le développement de l’emploi est l’autre préoccupation du dirigeant communiste. « Quand
l’Allemagne décide d’investir 600 milliards d’euros en quelques années,
notre gouvernement et l’extrême droite cherchent à réaliser
40 milliards d’euros d’économies par an », accuse-t-il, rappelant
sa proposition d’un fonds pour investir en France 100 milliards d’euros
annuels dans l’industrie, les services publics et la construction de
logements. Face à l’hécatombe des plans sociaux, il promet : « Nous nationaliserons les entreprises stratégiques. »
Volodymyr
Zelensky voudrait « acheter » à Dassault « de l’ordre de 100 Rafale,
avec leurs armements associés ». Emmanuel Macron et lui ont annoncé
lundi 17 novembre, sur la base aérienne de Villacoublay, la signature, à
ce sujet, d’une « lettre d’intention ».
Selon l’Élysée, cet accord se projette « sur un horizon d’une dizaine d’années ». « Cet accord, a déclaré Macron, est
la démonstration de la volonté française de mettre son excellence
industrielle et technologique au service de l’Ukraine, et donc de
l’Europe »,
« Je te remercie, Emmanuel, de cette aide efficace et pratique de la France », a répondu Zelensky.
Tout cela, y compris les pitreries à Villacoublay, relève d’un
méchant gag. L’Ukraine n’a pas d’argent pour financer l’achat de ces
avions, estimé entre 8 et 30 milliards d’euros, quant à la France, qui a
le plus grand mal à boucler son budget 2026, elle ne le peut pas plus.
Et ce n’est pas tout : Dassault a déjà doublé ses capacités de
production initiale pour porter la cadence à 4 appareils produits par
mois pour faire face à 533 unités en commande ferme à l’export de la
part de huit pays dont l’Inde. Difficile de substituer les hypothétiques
commandes ukrainiennes à des clients qui paient.
Le mois dernier, l’Ukraine avait déjà signé une lettre d’intention en
vue d’acquérir 100 à 150 avions de chasse suédois Gripen, là encore
sans financement avéré.
Enfin, l’« horizon d’une dizaine d’années » est un autre gag : que restera-t-il de l’Ukraine dans dix ans ?
Les deux clowns de Villacoublay essaient de faire croire qu’ils
comptent quand l’un et l’autre ne pédalent plus que dans le vide.
Zoulikha Haba est une auteur prolifique et remarquable. Chacun de ses livres est une invitation au voyage, à l'imagination, à la vie, à la beauté de ce monde. Chacun des personnages attire, interroge, et se situe dans des intrigues passionnantes.
Des romans, des livres, tous, à lire par ces longues nuits d'hiver et aussi à offrir
La Maison du Passage Au-dessus
de la porte se trouve l'Ouroboros, le dragon qui se mord la queue. On
retrouve ce symbole en Mésopotamie et dans les tombes de l'Égypte
antique. La plupart le considèrent comme un symbole de protection. Dans
le roman, la pierre placée au centre de l'œil du serpent éloigne les
djinns. Cette pierre précieuse est convoitée par tous les érudits en
sciences occultes. Ce roman, ce n'est pas qu'une histoire de djinns,
mais également une histoire d'amour et de liberté.
Afin
de savoir ce qui adviendra, je vous invite à entrer par cette porte
laissée entrouverte et à découvrir cette histoire, inspirée de faits
réels.
L'auteur, ses autres livres
Zoulikha Haba
a grandi à Alger. Dans les années soixante-dix, elle part
étudier à Paris puis à Londres. Elle entame, ensuite, une carrière dans
le milieu de la finance. Désormais, elle se consacre à l’écriture. C’est
l’occasion de faire le point sur son double héritage culturel, entre
Orient et Occident.
Son premier roman « Les mouettes
noires » a été primé au Prix Fondcombe 2015.
Son deuxième roman « Le fils du Tessala » a été primé au Prix National Lions de Littérature 2017.
Son troisième roman "Les deux
visages de Nissa" est paru en mars 2018.
Son quatrième roman "La Maison de Passage" est paru en novembre 2025.
Bibliographie
Les Mouettes
Noires
Auteur : Zoulikha Haba
Editeur :Esneval Editions
Comme un oiseau dans la tourmente, Nora virevoltait dans ce
nouveau monde. Elle sentait que ce changement était grave,
historique. Toute cette ébullition autour d'elle l'inquiétait un
peu. Elle observait tous ces êtres chers qui avaient accompagné
son enfance et nourri ses rêves les plus secrets. Elle les
regardait rire, heureux, enthousiasmés par l'instant magique
qu'ils vivaient. Pourtant, elle était triste. Dans son for
intérieur, elle avait le pressentiment que quelque chose
n'allait pas. Une petite voix venait troubler cette harmonie.
Rien n'était plus comme avant, tout était confus dans sa tête.
Tout, sauf cette petite voix qui lui disait clairement qu'elle
n'avait plus sa place ici. Elle devait fuir, elle devait partir.
La tâche lui semblait insurmontable, elle se sentait si seule,
si misérable, savait-elle seulement vers quoi elle s'orientait ?
Partir, mais où ? Elle voulait être libre, mais que savait-elle
vraiment de la liberté ? Un rêve, une utopie ! Jusqu'où
irait-elle ? Pour Nora, c'était une question de survie, son
instinct la poussait à partir, elle devait agir.
Le Fils du
Tessala
Auteur : Zoulikha Haba
Editeur :
Esneval Editions
Jeanne était mariée à Francis, le colon. Il travaillait sa terre
de l'aube au coucher du soleil. Elle était médecin. Tous les
jours, elle battait la campagne pour visiter ses patients,
luttant contre la maladie, mais aussi contre l'ignorance et la
fatalité. Cette fatalité, qui l'avait privée d'enfant, était sa
seule douleur, son seul regret, qu'elle surmontait grâce à
l'amour de Francis. Lorsque le destin mit sur son chemin le
petit Ali, elle lui transmit ce que la République a de mieux à
offrir à ses enfants. Elle l'éduqua comme son propre fils.
Malgré sa bonne volonté, elle fit de lui un étranger parmi les
siens. La malédiction qui frappe le petit Ali lui sera-t-elle
fatale ou salutaire ? Après Les mouettes noires, troisième prix
Fondcombe 2015, Zoulikha Magroufel Haba nous livre ici le second
volet de sa saga familiale d'inspiration autobiographique. De
Sidi-Bel-Abbès à Alger, de Saint-Denis-Du-Sig à Tiaret, d'Oran à
Oued Imbert, ce second roman nous entraîne, pendant la période
de la colonisation française, depuis l'arrivée de la France en
Algérie en 1830 jusqu'à la fin de la seconde guerre mondiale. Le
fils du Tessala est une histoire d'amitié, d'amour et de conflit
entre deux peuples qui subissent leur destinée. Un monde en
pleine évolution face à un monde stagnant, replié sur lui-même,
pétri d'ignorance, de croyances occultes et de superstitions.
Les deux
visages de Nissa
Auteur : Zoulikha Haba
Editeur :
Esneval Editions
Il y a
ceux qui viennent au monde, beaux et riches, et ceux qui ne sont
pas bien nés.
Pour Nissa, pas de bonnes fées. Sa naissance fut le premier de
ses malheurs puisque son visage coïncidait avec monstruosité et
que tous la regardaient avec horreur.
Pour arriver à dépasser leur jugement et les épreuves, Nissa va
devoir affronter et non subir la volonté paternelle, les
exigences d’un mari violent et le regard des autres.
Le chemin sera long et semé d’embûches pour découvrir l’amour,
accéder au bonheur et à la liberté.
Dans son ouvrage, l’auteure fait vivre des personnages hors du
commun qui rêvent d’échapper à leur condition en ce début du XXe
siècle.
Ce roman est inspiré de faits réels.
L’élection de Zohran Mamdani à la mairie de New York est une bonne
nouvelle. Que ce soit pour les New-Yorkais, pour les travailleurs, ou
pour toutes celles et ceux qui espèrentvoir battre la droite trumpiste.
Dans la limite de ses pouvoirs, il pourra essayer d’améliorer le
quotidien des habitants et montrer qu’une autre politique est possible.
Deux choses sont insupportable dans la manière dont cette victoire est commentée en France.
D’abord, l’obsession de certains médias et même d’une partie de la
gauche pour sa religion. On salue « le premier maire musulman de New
York » comme s’il s’agissait là de l’essentiel. L’Histoire de la laïcité
occidentale s’est en grande partie construite dans la lutte contre la
domination politique et morale de l’Église catholique, évidemment. Cela
ne rend pas pour autant les autres religions émancipatrices ! Être de
gauche, c’est refuser toute forme d’aliénation, qu’elle vienne du
capital, du patriarcat ou d’une quelconque croyance irrationnelle. La
religion du maire de New York, je m’en fous !
Ensuite, une partie de la gauche semble se satisfaire de tenir
quelques grandes métropoles pendant que l’extrême droite progresse
partout ailleurs. Comme si les habitants des villes moyennes ou des
petites communes étaient condamnés à voter Le Pen. Comme si ces
électeurs étaient perdus pour de bon, ou trop « arriérés » pour
comprendre les discours de gauche. Ce discours pue la résignation et
même le mépris de classe. Il y’en a marre de cette gauche qui se
félicite du lien entre diplôme obtenu et vote de gauche. Il y’en a marre
de cette gauche qui regarde de haut celles et ceux qui subissent le
plus durement les inégalités, le déclassement et l’abandon des services
publics.
Nous devons parler à tout le monde, sans demander le vote d’avant,
sans juger les colères populaires. Sortons de nos zones de confort,
allons convaincre, reconstruisons la conscience de classe. Cela commence
par l’humilité et la conviction que nous pouvons gagner, pas simplement
maintenir péniblement la porte d’entrée fragile d’une citadelle
assiégée.
Le plan de « requalification urbaine » de Gaza, rédigé par
des consultants américains et cité dans la proposition d’« accord de
paix » de Donald Trump, dessine un avenir inquiétant pour la ville. Loin
d’être une exception, il révèle une logique déjà à l’œuvre dans de
nombreuses métropoles contemporaines. Comme toujours, le diable se cache
dans les détails : l’urbanisme devient le langage du pouvoir économique
dont la victime collatérale est l’idée même de la ville.
Dès le premier mandat de Donald Trump, son gendre Jared Kushner avait noué des relations d’affaires avec d’importants entrepreneurs saoudiens et qataris. Ces derniers avaient financé
– et probablement sauvé de la faillite – une de ses entreprises
immobilières à Manhattan, et soutenu ensuite la société qu’il a fondée
après avoir quitté l’administration de son beau-père.
Aujourd’hui, Kushner ne représente plus le gouvernement américain :
il n’est qu’un homme d’affaires, qui se trouve être proche au président.
Son rôle diplomatique, aux côtés de l’envoyé spécial des États-Unis au
Moyen-Orient, l’investisseur immobilier Steve Witkoff,
est purement officieux, et il n’a naturellement aucun compte à rendre
sur les conflits d’intérêts liés à ses activités économiques. Ce
chevauchement complet entre réseaux diplomatiques et réseaux d’affaires
illustre un enchevêtrement politico-économique dont la logique est au
cœur même du projet pour Gaza.
Kushner en avait déjà formulé la ligne directrice il y a longtemps : la côte de Gaza constitue une opportunité immobilière. Pourtant, ses habitants doivent être relogés, par exemple quelque part dans le désert du Néguev.
Pour en discuter, Trump a réuni à la Maison Blanche Witkoff, Kushner et
l’ancien premier ministre britannique Tony Blair à la fin du mois
d’août 2025. Selon certains analystes, la Gaza Humanitarian Foundation – dirigée par Johnnie Moore, un évangélique allié de la Maison Blanche – a alors élaboré le plan, ensuite publié par le Washington Post. Présenté comme un exercice technique sophistiqué, le plan est également cité dans le texte de l’accord de paix proposé.
Composé de quelque quarante diapositives riches en chiffres mais pauvres en images,
ce document cherche à démontrer la « faisabilité » de la reconstruction
tout en ignorant la tragédie humaine des habitants de Gaza et en
effaçant la dimension politique. Son seul horizon est la rentabilité
financière d’un vaste projet calqué sur le modèle de Dubaï.
Gaza, une approche immobilière
Ce document mérite l’attention non pour sa valeur morale
– inexistante – mais parce qu’il illustre la manière dont le capitalisme
financier dicte désormais la grammaire même de la vie sociale. Le
« projet de paix » de Trump remplace le pacifisme marchand de la
mondialisation par une pax imperialis d’inspiration romaine : d’abord l’anéantissement, ensuite le profit. Ce modèle, qui rappelle les affaires immobilières de Kushner dans le Golfe,
conçoit Gaza comme un site de requalification géopolitique et urbaine,
et non comme un espace habité. D’où l’accent mis sur les infrastructures
et le design urbain : un développement fondé sur des tableaux Excel,
des rendements attendus et les clichés du marketing d’entreprise.
Gaza n’est plus envisagée comme une ville ou un territoire, mais
comme un nœud logistique reliant Israël, l’Arabie saoudite et la
Méditerranée – un corridor global hors taxes. Le plan laisse entendre
que le rapprochement saoudo-israélien est plus solide qu’on ne le croit,
du moins vu de Washington. Le pétrole et les terres rares venant
d’Arabie et de l’océan Indien atteindraient la Méditerranée sans passer
par le canal de Suez, garantis par une alliance stratégique bâtie sur le
dos des Palestiniens.
L’absence la plus grave
Dans la brochure du projet de « Riviera », les habitants de Gaza
apparaissent uniquement comme une catégorie résiduelle, perçue comme un
obstacle démographique ou un pion iranien. Deux millions de résidents
sont effacés de l’histoire et remplacés par un récit où les « méchants
de l’histoire » sont trop mauvais pour mériter des droits. Et le Hamas
n’est mentionné que comme une organisation criminelle, sans aucune
considération politique.
Le plan suppose qu’un quart de la population émigrera – davantage
encore si des incitations économiques sont offertes. L’arithmétique est
glaçante : chaque départ est évalué à un « gain » de 23 000 dollars (un
peu plus de 20 000 euros). L’indemnisation des biens repose sur leur
valeur actuelle, quasi nulle, tandis que les logements neufs sont
estimés aux prix de Tel-Aviv, inaccessibles pour la quasi-totalité des
Gazaouis.
Dans les visualisations générées par l’intelligence artificielle, les
habitants ont disparu, remplacés par des investisseurs en robes
blanches et keffiehs, sortant de luxueuses voitures Tesla.
« Ils font un désert et ils appellent cela la paix. »
La même logique prévaut ici – sans même feindre d’écouter les voix des concernés.
Après deux années de destruction systématique, la matérialité de Gaza
– son histoire, sa topographie et même son cadastre – a été effacée ;
sur 365 km2 entre désert et mer, sa densité est 50 % supérieure à celle de Tel-Aviv. Les dégâts
sont terrifiants : 61 millions de tonnes de décombres, 78 % des
bâtiments détruits ou endommagés, la moitié des hôpitaux hors service,
et seulement 1,5 % de terres encore cultivables pour deux millions
d’habitants.
Share article
Le plan de « requalification urbaine » de Gaza, rédigé
par des consultants américains et cité dans la proposition d’« accord de
paix » de Donald Trump, dessine un avenir inquiétant pour la ville.
Loin d’être une exception, il révèle une logique déjà à l’œuvre dans de
nombreuses métropoles contemporaines. Comme toujours, le diable se cache
dans les détails : l’urbanisme devient le langage du pouvoir économique
dont la victime collatérale est l’idée même de la ville.
Dès le premier mandat de Donald Trump, son gendre Jared Kushner avait noué des relations d’affaires avec d’importants entrepreneurs saoudiens et qataris. Ces derniers avaient financé
– et probablement sauvé de la faillite – une de ses entreprises
immobilières à Manhattan, et soutenu ensuite la société qu’il a fondée
après avoir quitté l’administration de son beau-père.
Aujourd’hui, Kushner ne représente plus le gouvernement américain :
il n’est qu’un homme d’affaires, qui se trouve être proche au président.
Son rôle diplomatique, aux côtés de l’envoyé spécial des États-Unis au
Moyen-Orient, l’investisseur immobilier Steve Witkoff,
est purement officieux, et il n’a naturellement aucun compte à rendre
sur les conflits d’intérêts liés à ses activités économiques. Ce
chevauchement complet entre réseaux diplomatiques et réseaux d’affaires
illustre un enchevêtrement politico-économique dont la logique est au
cœur même du projet pour Gaza.
Kushner en avait déjà formulé la ligne directrice il y a longtemps : la côte de Gaza constitue une opportunité immobilière. Pourtant, ses habitants doivent être relogés, par exemple quelque part dans le désert du Néguev.
Pour en discuter, Trump a réuni à la Maison Blanche Witkoff, Kushner et
l’ancien premier ministre britannique Tony Blair à la fin du mois
d’août 2025. Selon certains analystes, la Gaza Humanitarian Foundation – dirigée par Johnnie Moore, un évangélique allié de la Maison Blanche – a alors élaboré le plan, ensuite publié par le Washington Post. Présenté comme un exercice technique sophistiqué, le plan est également cité dans le texte de l’accord de paix proposé.
Composé de quelque quarante diapositives riches en chiffres mais pauvres en images,
ce document cherche à démontrer la « faisabilité » de la reconstruction
tout en ignorant la tragédie humaine des habitants de Gaza et en
effaçant la dimension politique. Son seul horizon est la rentabilité
financière d’un vaste projet calqué sur le modèle de Dubaï.
Gaza, une approche immobilière
Ce document mérite l’attention non pour sa valeur morale
– inexistante – mais parce qu’il illustre la manière dont le capitalisme
financier dicte désormais la grammaire même de la vie sociale. Le
« projet de paix » de Trump remplace le pacifisme marchand de la
mondialisation par une pax imperialis d’inspiration romaine : d’abord l’anéantissement, ensuite le profit. Ce modèle, qui rappelle les affaires immobilières de Kushner dans le Golfe,
conçoit Gaza comme un site de requalification géopolitique et urbaine,
et non comme un espace habité. D’où l’accent mis sur les infrastructures
et le design urbain : un développement fondé sur des tableaux Excel,
des rendements attendus et les clichés du marketing d’entreprise.
Déjà près de 110 000 abonnés aux newsletters The Conversation. Et vous ?
Gaza n’est plus envisagée comme une ville ou un territoire, mais
comme un nœud logistique reliant Israël, l’Arabie saoudite et la
Méditerranée – un corridor global hors taxes. Le plan laisse entendre
que le rapprochement saoudo-israélien est plus solide qu’on ne le croit,
du moins vu de Washington. Le pétrole et les terres rares venant
d’Arabie et de l’océan Indien atteindraient la Méditerranée sans passer
par le canal de Suez, garantis par une alliance stratégique bâtie sur le
dos des Palestiniens.
L’absence la plus grave
Dans la brochure du projet de « Riviera », les habitants de Gaza
apparaissent uniquement comme une catégorie résiduelle, perçue comme un
obstacle démographique ou un pion iranien. Deux millions de résidents
sont effacés de l’histoire et remplacés par un récit où les « méchants
de l’histoire » sont trop mauvais pour mériter des droits. Et le Hamas
n’est mentionné que comme une organisation criminelle, sans aucune
considération politique.
Le plan suppose qu’un quart de la population émigrera – davantage
encore si des incitations économiques sont offertes. L’arithmétique est
glaçante : chaque départ est évalué à un « gain » de 23 000 dollars (un
peu plus de 20 000 euros). L’indemnisation des biens repose sur leur
valeur actuelle, quasi nulle, tandis que les logements neufs sont
estimés aux prix de Tel-Aviv, inaccessibles pour la quasi-totalité des
Gazaouis.
Dans les visualisations générées par l’intelligence artificielle, les
habitants ont disparu, remplacés par des investisseurs en robes
blanches et keffiehs, sortant de luxueuses voitures Tesla.
« Ils font un désert et ils appellent cela la paix. »
La même logique prévaut ici – sans même feindre d’écouter les voix des concernés.
Après deux années de destruction systématique, la matérialité de Gaza
– son histoire, sa topographie et même son cadastre – a été effacée ;
sur 365 km2 entre désert et mer, sa densité est 50 % supérieure à celle de Tel-Aviv. Les dégâts
sont terrifiants : 61 millions de tonnes de décombres, 78 % des
bâtiments détruits ou endommagés, la moitié des hôpitaux hors service,
et seulement 1,5 % de terres encore cultivables pour deux millions
d’habitants.
Donald Trump et le président
égyptien Abdel Fattah al-Sissi montrent les documents signés lors du
sommet sur Gaza de Charm el-Cheikh (Égypte), le 13 octobre 2025.Saul Loeb/AFP
Le déblaiement nécessiterait environ 18 milliards de dollars
(15,6 milliards d’euros), des milliers de machines, des dizaines de
milliers de mois de travail, des unités mobiles de traitement et des
décharges spécialisées.
Mais comment ? Disperser ces débris sur toute la bande reviendrait à
en élever la surface de 30 centimètres. Les rejeter à la mer déplacerait
simplement la catastrophe ailleurs – une solution sans doute envisagée
par ces entrepreneurs rapaces qui rêvent d’un port et d’îles artificielles à la manière de Dubaï.
Plutôt que de répondre à la famine et à l’effondrement humanitaire, on évoque la promesse d’une « Riviera du Moyen-Orient »
chère à Trump. Le plan ambitionne de porter la valeur immobilière de
Gaza à 300 milliards de dollars (261 milliards d’euros) en dix ans, avec
plus de 100 milliards (87 milliards d’euros) d’investissements. Le
contrôle et la sécurité resteraient entre des mains militaires.
La Gaza Humanitarian Foundation deviendrait un trust chargé
d’administrer le territoire « jusqu’à ce qu’une communauté palestinienne
réformée et déradicalisée soit prête ». Ce trust détiendrait un tiers
du territoire et acquerrait la majeure partie du reste, tandis que la
population serait confinée dans des « logements temporaires » – un
euphémisme pour des camps.
La liste des investisseurs potentiels
inclut de grands groupes de construction saoudiens et internationaux,
la famille Ben Laden, Tesla, Ikea, Amazon. Ces entreprises n’ont
peut-être jamais été consultées, ou peut-être que si ; on le saura
bientôt mais, en attendant, leurs logos figurent sur la brochure. Le récit de la « Riviera » masque le véritable objectif : spéculation foncière et monopole sur les infrastructures.
Le design comme instrument de contrôle
Le dessin urbain occupe une place centrale dans le plan. À l’image du
Paris d’Haussmann, le projet vise à éradiquer l’insurrection par la
réorganisation spatiale. Le présupposé est celui d’une tabula rasa
totale – matérielle, topographique et juridique. La côte est envisagée
comme une frontière extractive pour les plateformes gazières et
pétrolières.
L’ordre spatial proposé est uniforme et inquiétant : sept ou huit
villes de 200 000 habitants, chacune définie par une fonction économique
ou un acteur privé – centres de données, logistique, tourisme – isolées
et reliées par des corridors d’infrastructures et de surveillance. Des
outils d’IA produisent des projets d’une précision trompeuse,
dissimulant une absence totale d’empathie, d’expérience et d’échelle
humaine.
À l’École urbaine de Sciences Po,
j’ai demandé aux étudiants d’imaginer la ville la plus « maléfique »
possible. Leurs réponses anticipaient cette vision : quartiers fermés,
espaces publics artificiels, infrastructures-barrières, surveillance
totale, monumentalité anonyme. Ils ont instinctivement compris que le
contraire du bon urbanisme n’est pas le désordre, mais le contrôle
– l’élimination calculée de la diversité, de la proximité et de la vie
commune.
Un catalogue de l’urbanisme pervers
Le schéma proposé pour Gaza n’est pas un exercice académique. C’est
l’application délibérée d’une logique urbaine perverse, conçue pour
créer un environnement « sûr » pour le capital global. Une logique qui
isole, clôture, marchandise toute ressource, détruit la nature, réprime
la vie sociale, limite la mobilité et impose la surveillance et
l’hostilité. Elle anéantit la capacité d’agir, la communauté et la
dignité au nom de la sécurité et du profit.
Ce phénomène ne concerne pas seulement Gaza. Les mêmes principes sont
déjà visibles du Golfe à l’Asie : espaces privatisés, paysages
artificiels, enclaves surveillées, infrastructures de contrôle. La
« ville perverse » n’est plus une fiction dystopique – elle est le
modèle émergent de l’urbanisation contemporaine qui, après l’urbicide, prône tout simplement une nécrocité.
On pourrait conclure par une réflexion plus inquiétante encore : les
États-Unis des suprémacistes réactionnaires, qui jurent d’anéantir
l’ennemi intérieur, regardent Gaza comme un modèle. Les bombes pour
détruire, le promoteur pour reconstruire. Que reconstruire,
demanderez-vous ?
Le guerrier Pete Hegseth et le promoteur Donald Trump l’ont dit explicitement aux 800 généraux
qu’ils ont récemment réunis à Quantico : l’ennemi est parmi nous,
préparez-vous – vos prochaines zones de combat seront les villes des
États-Unis.