Plus d'un Français sur dix est seul et on est seul de plus en plus jeune : c'est le résultat du rapport 2012 de la Fondation de France. 4,8 millions de Français se disent isolés. C'est près d'un million de plus qu'il y a deux ans : un bond de 20%. Pourquoi les gens se sentent-ils de plus en plus seuls ?
• Les trentenaires, nouvelles victimes
La solitude commence désormais dès 30 ans, révèle le rapport. Chez les 30-39 ans, le sentiment de solitude a été multiplié par trois : de 3% en 2012 à 9% en 2012.
C'est une période "charnière", explique le sociologue et directeur du cabinet d'études WEI, Alain Mergier, interrogé par Le Parisien. "Le lien social se fait à travers cinq grands registres relationnels : la famille, le travail, les amis, le voisinage et les commerçants de son quartier. Ce que l'on constate, c'est que la rupture dans un registre a tendance à provoquer celle des autres." Par exemple, la perte d'emploi conduit à moins sortir avec ses amis, à réduire ses chances de trouver un conjoint, etc.
• Manquer le train de la famille
Le couple, le mariage, la construction d'un foyer : les Français sont de moins en moins pressés. Notamment les jeunes femmes, qui constituent le gros des troupes des célibataires. Et parfois, des solitaires. Car manquer le train de la famille peut ouvrir la voie à l'isolement. L'étude le confirme : les gens seuls, généralement, sont des gens sans enfant.
Mais... La présence d'un enfant sous son toit limite l'isolement car elle incite à des relations familiales fortes. Mais ce lien social reste sensible, précise l'étude. Exemple : avec l'arrivée d'un enfant, les relations amicales, elles, s'affaiblissent. Et ne sont pas forcément réinvesties une fois ce dernier parti.
• Manquer le train de l'emploi
"La solitude touche aussi particulièrement les personnes peu diplômées ou sans travail", constate la Fondation, "car elles ont du mal à trouver leur place dans le monde". Pour le sociologue Alain Mergier, l'augmentation du taux de chômage liée à la crise économique actuelle "a produit une grande vulnérabilité."
Mais... Pourtant, le travail est loin d'être un brise-glace : plus d'un tiers des personnes isolées ont un emploi, décrit l'étude. Mais aucune relation en dehors. Pression, collègue devenu rival, insécurité de l'emploi, individualisation du rapport entre le salarié et l'entreprise : le travail n'est plus un gage d'insertion sociale.
"Il y a des réponses à tout cela", souligne la responsable des solitudes à la Fondation de France. Cafés associatifs, jardins partagés, coopératives d'emplois... La Fondation dispose d'un budget de 136 millions d'euros pour mettre en place "des projets pour ceux qui se sentent seuls, qu'ils aient l'opportunité d'être utiles et de sentir que les autres comptent sur eux."
lundi 25 juin 2012
dimanche 3 juin 2012
Ankara veut faire taire la pasionaria kurde Leyla Zana
La députée, emblème du mouvement kurde, condamnée à dix ans
de
prison par
Un tribunal aux ordres.
Membre de l’Otan, pilier incontournable du dispositif atlantiste – le
président turc, Abdullah Gül, avait fait le déplacement à Chicago pour le sommet
de l’Organisation et se trouvait aux côtés de Barack Obama et de François
Hollande –, la Turquie réprime en toute impunité la communauté kurde. Dernier
acte en date, la condamnation de la députée Leyla Zana à dix ans de prison.
Le tribunal de Diyarbakir, principale ville du sud-est anatolien, en majorité
peuplé de Kurdes, a estimé que Leyla Zana, qui n’a pas assisté à l’audience,
avait violé neuf fois le Code pénal et la loi antiterrorisme en exprimant dans
des discours son soutien au Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK, interdit)
et à son chef emprisonné, Abdullah Ocalan.
Faute impardonnable, Leyla Zana avait
osé demander, en décembre, l’organisation d’un référendum en Turquie sur
l’avenir du peuple kurde dans un entretien à un site Internet kurde. Elle avait
une première fois été condamnée à une même peine en 2008, mais la Cour de
cassation avait par la suite cassé le verdict pour vice de procédure. C’était
sans compter sur l’acharnement d’une justice turque aussi peu indépendante que
possible, qui voudrait bien faire taire les représentants de la revendication
kurde.
Les procès se multiplient, le plus important, en cours, étant celui dit
« procès du KCK », du nom de l’Union des communautés kurdes, organisation
clandestine soupçonnée d’être la branche politique du PKK (Parti des
travailleurs du Kurdistan, l’organisation fondée par Abdullah Ocalan), et ouvert
en 2009. Depuis cette date, plus de 6 200 Kurdes ont été arrêtés, dont des
centaines de femmes et d’enfants et près de 140 élus (maires, députés…). « On
sait pourtant que toute tentative de règlement de la question kurde qui
n’intégrera pas Abdullah Ocalan et le PKK est vouée à l’échec », expliquait à
l’Humanité (14 mars 2012) l’avocate turque Eren Keskin.
Leyla Zana a été la porte-parole de la lutte des prisonniers kurdes dans les
années 1990. Elle a été élue au Parlement turc en 1991, devenant ainsi la
première femme kurde députée en Turquie. Elle avait créé la polémique en
s’exprimant en kurde lors de son premier discours au Parlement. Peu après, elle
était condamnée et passait une décennie en prison, de 1994 à 2004, pour ses
supposées relations avec le PKK.
Elle a été nominée deux fois pour le prix Nobel
de la paix et a reçu, en 1995, le prix Andreï-Sakharov pour les droits de
l’homme. Au nom du groupe GUE-GVN, la députée européenne Gabi Zimmer s’est dite
« profondément choquée de cette sentence. Leyla Zana est une ambassadrice
franche, courageuse et loyale du peuple kurde, et tout particulièrement des
femmes kurdes ». Bref, mieux vaut être un Kurde syrien qu’un Kurde turc aux yeux
de la bonne conscience internationale.
Pierre Barbancey, l'Humanité
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