jeudi 22 janvier 2026

Derrière le sans-abrisme, la face cachée du mal-logement

 


Ce 22 janvier, une Nuit de la solidarité est organisée à Paris et dans d’autres villes françaises – une forme d’opération citoyenne de décompte des personnes dormant dans la rue. Celle-ci ne doit pas occulter ce que les travaux de recherche montrent depuis une quarantaine d’années : à la figure bien connue du sans-abri s’ajoutent d’autres formes moins visibles de précarité résidentielle et de mal-logement.


Aujourd’hui, de plus en plus de personnes sont exclues du logement ordinaire. Les derniers chiffres dont on dispose datent de 2012 et indiquent que le nombre de personnes sans domicile a augmenté de 50 % entre 2001 et 2012 : à cette date, 81 000 adultes, accompagnés de 31 000 enfants étaient sans domicile dans les agglomérations d’au moins 20 000 habitants de France hexagonale. L’enquête Sans Domicile menée par l’Insee en 2025 est en cours d’exploitation et permettra d’actualiser ces chiffres, mais tout laisse penser que la situation s’est encore dégradée, comme en témoignent nos observations de terrain.

D’après l’Insee, une personne est considérée comme sans domicile si elle a dormi la nuit précédente dans un lieu non prévu pour l’habitation (elle est alors « sans-abri »), ou si elle est prise en charge par un organisme fournissant « un hébergement gratuit ou à faible participation » (hôtel ou logement payé par une association, chambre ou dortoir dans un hébergement collectif, etc.). Ainsi, le sans-abrisme est-il la forme extrême du sans-domicilisme qui s’inscrit lui-même dans la myriade des formes du mal-logement.

Au-delà de ces personnes sans domicile, d’autres vivent dans des caravanes installées dans des campings, dans des squats, chez des tiers, des camions aménagés, des logements insalubres, etc., autant de situations résidentielles précaires qui échappent aux radars de la société et sont peu relayées dans les médias.

Ainsi, la Fondation pour le logement des défavorisés estime dans son rapport de 2025 que près de 4 millions de personnes sont touchées en France par toutes ces formes de mal-logement, la plupart des indicateurs de mal-logement s’étant dégradés.

« Crise du logement : Ces Français contraints de vivre au camping » – Reportage #Cdanslair, 31 janvier 2024.

À la figure bien connue du sans-abri dormant dans la rue s’ajoutent donc d’autres formes moins repérables de précarité résidentielle.

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À l’approche de la Nuit de la solidarité organisée chaque année à Paris et dans d’autres villes françaises, il n’est pas inutile de rappeler ce que soulignent les travaux de recherche sur le sujet depuis une quarantaine d’années : le sans-abrisme n’est que la partie émergée de l’iceberg.

Si les opérations de décompte des personnes vivant dans des lieux non prévus pour l’habitation, et notamment la rue, sont importantes pour sensibiliser les citoyennes et citoyens, elles ne permettent d’obtenir que des estimations très approximatives du sans-abrisme et masquent une problématique plus vaste qui ne se réduit pas à ces situations extrêmes, comme on peut le lire dans ce rapport (pp. 42-52).

Les visages cachés de l’exclusion du logement

À la figure ancienne et un peu caricaturale du clochard – un homme seul, blanc, sans emploi et marginalisé – s’ajoutent d’autres visages : travailleurs et travailleuses précaires, femmes, parfois accompagnées d’enfants, personnes âgées percevant de petites retraites, personnes discriminées en raison de leur orientation sexuelle, étudiantes et étudiants, jeunes sortant de l’Aide sociale à l’enfance ou encore populations issues de l’immigration…

Ces différents types de personnes ont toujours été plus ou moins présentes parmi les populations en difficulté, mais l’augmentation générale de la précarité et la pénurie de logements accessibles les ont encore fragilisées. Plus de 2,7 millions de ménages étaient en attente d’un logement social en 2024. Dans le même temps, seulement 259 000 logements ont été mis en chantier en 2024, dont 82 000 logements sociaux financés.

Si certaines figures du sans-abrisme sont extrêmement visibles, comme les migrantes et migrants dont les campements sont régulièrement montrés dans les médias, d’autres formes d’exclusion sont plus discrètes.

Des policiers lors du démantèlement d’un campement de migrants proche du métro Stalingrad à Paris, le 5 novembre 2025. Photo : Bertrand Guay/AFP.

C’est le cas par exemple des personnes en emploi, victimes de l’élargissement de la crise du logement, qui se replient vers les structures d’hébergement institutionnel faute de pouvoir se loger malgré leurs revenus réguliers.

En 2012, près d’un quart des sans-domicile occupaient un emploi. Ce phénomène fait peu de bruit alors même que ces personnes occupent souvent des métiers essentiels au fonctionnement de la société.

De même, les femmes sans domicile sont moins repérables dans l’espace public que leurs homologues masculins, car elles ne ressemblent pas à la figure classique du sans-domicile fixe (SDF). Quand elles y sont présentes, elles ne s’y installent pas et sont beaucoup plus mobiles par crainte d’y subir des violences : elles sont donc très largement sous-estimées dans les opérations de décompte.


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Les enquêtes « Sans domicile » montrent qu’entre 2001 et 2012, le nombre de femmes francophones sans domicile a augmenté de 45 %, passant de 17 150 en 2001 à 24 930 femmes en 2012.

Solutions court-termistes

Face à cette précarité résidentielle croissante, quelles solutions apportent les pouvoirs publics ?

L’augmentation du financement de l’hébergement d’urgence qui procure un abri temporaire dans des haltes de nuit ou à l’hôtel apporte certes une solution rapide aux sans-abri qui, du point de vue des édiles, nuisent à l’image des villes, mais ne résout en rien les problèmes de ces personnes.


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Reléguant les plus précaires aux marges des villes ou dans des hébergements sans intimité où il est impossible de s’installer dans la durée, ces politiques court-termistes, focalisées sur l’urgence sociale, se doublent de formes de répression (expulsion, arrêtés anti-mendicité, mobiliers urbains inhospitaliers) qui contribuent à la précarisation et à l’invisibilisation des populations étiquetées comme « indésirables ».

L’augmentation massive des expulsions avec le concours de la force publique en 2024, l’hébergement des sans-domicile dans des hôtels de plus en plus éloignés des centres des agglomérations et peu accessibles en transports en commun, ou le déplacement des sans-abri de Paris pendant les Jeux olympiques de 2024 en témoignent.

Prises en charge discontinues

Des changements politiques profonds sont pourtant nécessaires pour résoudre la question de l’exclusion du logement en s’attaquant à ses causes structurelles. Une politique ambitieuse de production et de promotion du logement social à bas niveaux de loyers est indispensable pour permettre aux ménages modestes de se loger sans passer par le long parcours de l’hébergement institutionnel.

La prévention des expulsions doit également être favorisée, de même que la régulation des prix du marché immobilier.

Il est aussi nécessaire d’assurer une meilleure continuité de la prise en charge dans les diverses institutions d’aide. Les populations particulièrement fragiles, qui cumulent les difficultés, connaissent des séjours précoces en institutions, répétés et multiples, de l’aide sociale à l’enfance (en 2012, 23 % des utilisateurs des services d’aide aux sans-domicile nés en France avaient été placés dans leur enfance, alors que cette proportion était seulement de l’ordre de 2 % à 3 % dans la population générale) aux dispositifs d’insertion par le travail, en passant dans certains cas par l’hôpital psychiatrique, les cures de désintoxication ou la prison.

Or, ces prises en charge souvent discontinues n’apportent pas de solutions durables en termes de logement, d’emploi ou de santé. Elles alimentent par ailleurs un sentiment de rejet qui favorise le non-recours au droit : les personnes sont éligibles à des prestations sociales et à des aides mais ne les sollicitent pas ou plus.

Pour ces personnes les plus désocialisées, la politique du logement d’abord (« Housing first ») ou « Chez soi d’abord » en France), qui consiste à donner accès au logement sans condition et à proposer un accompagnement social et sanitaire, donne des résultats probants mais, faute de logements disponibles, elle n’est pas suffisamment mise en œuvre.

Appréhender le problème dans sa globalité

Il faut enfin s’attaquer aux politiques migratoires qui produisent le sans-domicilisme. Les politiques publiques en matière d’accueil des étrangers étant de plus en plus restrictives et les dispositifs spécifiques saturés, migrantes et migrants se retrouvent sans solution de logement. La part d’étrangers parmi la population sans-domicile a ainsi fortement augmenté, passant de 38 % en 2001 à 53 % en 2012.

Résoudre la question de l’exclusion liée au logement en France comme dans de nombreux pays passe autant par des réformes de la politique du logement que par des actions dans le secteur social, de l’emploi et de la politique migratoire. Le sans-domicilisme est un révélateur des inégalités sociales croissantes dans la société et des processus d’exclusion qui la traversent. Trouver une solution à ce problème majeur, nécessite plus que jamais de l’appréhender dans sa globalité, sans se limiter à ses symptômes les plus visibles.

 


Pascale Dietrich-Ragon et Marie Loison-Leruste ont codirigé l’ouvrage la Face cachée du mal-logement. Enquête en marge du logement ordinaire, paru aux éditions de l’Ined en septembre 2025.

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Julien Talbot
Responsable de la stratégie digitale

mercredi 14 janvier 2026

Comment l’école a façonné notre image de Molière


Molière et Goudouli, par Édouard Debat-Ponsan, peinture exposée au Capitole de Toulouse. Public domain, via Wikimedia Commons

En janvier 1622 naissait Molière (baptisé le 15 janvier). Ses pièces continuent de résonner dans les écoles, mais le Molière qu'on enseigne aujourd'hui n'est plus tout à fait celui de nos grands-parents.


Dans les manuels scolaires d’aujourd’hui, deux images de Molière coexistent souvent : d’un côté celle du Molière écrivant de Charles-Antoine Coypel, de l’autre celle du Molière en habit de Sganarelle de Claude Simonin.

La première iconographie permet de vénérer la double image de Molière : celle du grand auteur français, représentant de notre pays, donné à voir en plein travail, la plume à la main ; et celle d’un homme dont les traits réguliers seraient censés refléter les qualités de l’âme. La seconde iconographie représente l’acteur en plein travail, le comédien qui endosse le rôle grimaçant du personnage de Sganarelle.

Si la première image s’est longtemps imposée dans les salles de classe, sa juxtaposition actuelle avec celle de Molière dans un rôle de valet comique nous rappelle combien la représentation de cet auteur majeur a évolué depuis la fin du XIXe siècle dans les programmes scolaires. En quoi le Molière enseigné à nos parents et grands-parents n’est-il plus tout à fait le même que celui que découvrent les élèves d’aujourd’hui ? Quelques éclairages historiques alors qu'on commémore la disparition de Molière, décédé 17 février 1673.

Molière écrivain

Pour les auteurs des manuels d’avant 1880, Molière est déjà considéré comme le plus grand comique français ; il est la référence de la comédie classique, et s’il est incontournable, c’est en tant que représentant du rôle éducatif que celle-ci peut avoir pour la jeunesse, le rire moliéresque n’étant exploité que pour sa valeur axiologique, suivant la célèbre devise de la comédie « castigat ridendo mores » (corriger les mœurs par le rire).

Molière en costume de Sganarelle, Claude Simonin, 1660. Claude Simonin (1635-1721), via Wikimedia Commons

Une première image du dramaturge est déjà mise en place : celle d’un portraitiste de grand talent. On le loue pour le naturel et la vivacité de son écriture, qu’il nous montre les stratagèmes d’un Scapin, les hypocrisies d’un Tartuffe ou la naïveté d’une Agnès, et on voit en lui un grand observateur des mœurs de son temps. Ainsi, il est une valeur sûre du Grand siècle : son génie, c’est son écriture, et c’est en cela qu’il est un grand homme que loue l’école d’avant la grande réforme de 1880.

Ce sont les lycées républicains qui, à travers l’enseignement de la littérature, vont canoniser Molière comme le dramaturge classique par excellence. La naissance de l’enseignement de la littérature rejoint ainsi la constitution d’un patrimoine littéraire national dont Molière devient une des figures incontournables ; son œuvre, avec sa promotion de l’image de l’« honnête homme », apparaît alors comme un réservoir des vertus louées par la jeune République.


À lire aussi : Pourquoi lit-on autant les « Fables » de La Fontaine à l’école ?


C’est à cette époque que Molière devient un « bien national », un personnage clé de l’histoire identitaire de la France, dans le sens où il est le miroir de l’identité nationale et de l’idéal démocratique. Son œuvre est mise au service de la fonction à la fois éducative et patriotique de l’enseignement de la littérature, dont la visée première demeure la formation morale des élèves.

Molière libre penseur

Au cours de la période qui couvre les années 1925-1963, l’image de Molière se consolide et évolue. Désormais, il devient un véritable personnage. On ne se contente plus de vénérer le plus grand comique français, on admire aussi, selon l’expression de Des Granges dans son Précis de littérature de 1946 « l’homme de cœur », tolérant, fidèle, courageux et volontaire. On vante ses mérites à la manière de ceux d’un véritable héros.

À travers lui se cristallisent les caractéristiques de la visée humaniste qui imprègne le système éducatif de cette époque. Molière, en tant qu’homme, devient l’incarnation des valeurs patriotiques. En lui, se trouve illustré le pouvoir civilisateur de la littérature.

Il est donné comme un parfait exemple permettant de développer, comme on le dit encore dans les instructions officielles de 1953, « courage, honneur, loyauté, justice, tolérance, générosité, bonté, sagesse ». Véritable icône, héros à la réalité vivante, il incarne l’idéal de l’homme digne d’admiration, modèle éducatif donné en pâture à la jeunesse. Quant à son théâtre, il est toujours l’incarnation de valeurs éthiques.

Mais ce qui change, c’est que, maintenant, ses personnages, tout comme l’auteur, servent d’exemples pour analyser des situations de la vie réelle, susceptibles de déboucher sur une réflexion à tonalité éducative.

On admire Molière libre penseur. Des Précieuses ridicules à Tartuffe, de L’Avare au Malade imaginaire, on vante sa sagesse tout empreinte de naturel et de sincérité. On vénère son œuvre parce qu’elle est l’expression d’une leçon de morale sociale dont la famille est le centre de gravité. Les manuels de cette période ont fait de lui un être de chair et de sang, pour lequel ils provoquent l’empathie. Par-delà l’auteur patrimonial, figure identitaire de l’idéal démocratique, Molière est quasiment devenu un personnage romanesque.

Molière homme de théâtre

Au cours de la période qui couvre des années 1963 jusqu’à aujourd’hui, dans les manuels, Molière demeure le plus grand comique français, le maître de la comédie, incarnant à lui seul le rire du XVIIe siècle. Sur les fondations de l’ancien mythe, s’est cependant greffée une nouvelle image, plus en accord avec l’évolution d’une histoire littéraire différente, laquelle s’intéresse à la vie quotidienne des hommes et à leurs pratiques culturelles.

Désormais, Molière n’est plus l’homme mélancolique, le contemplateur cher à l’époque romantique. À travers la référence à sa vocation précoce, à ses années d’errance et à sa mort « en scène », ce qu’on admire avant tout, c’est le praticien du théâtre. Figure identitaire de la France, l’auteur du Bourgeois gentilhomme l’est toujours, mais depuis la fin du XXe siècle, ce qu’on célèbre en lui, c’est l’écrivain qui incarne l’homme de théâtre par excellence ; c’est l’acteur populaire, le génial farceur qui a su séduire le Roi-Soleil, ainsi que le rappelle la fresque d’Ariane Mnouchkine sortie en 1978.


À lire aussi : Ces comédies de Molière qu’on étudie encore et toujours à l’école


À travers lui, c’est l’image du comédien qui est réhabilitée. C’est en tant que tel qu’il est sacralisé dans les manuels d’aujourd’hui, sa vie étant placée sous le signe du rire farcesque.

En lien avec cette nouvelle image, l’analyse des textes moliéresques s’est ouverte vers l’approche de la mise en scène et vers le jeu des acteurs. Depuis la fin du XXe siècle, c’est entre classicisme et modernité que se situe l’étude de Molière. On continue à prendre son œuvre comme support à une réflexion axée sur l’édification morale de l’élève mais la vision qu’on a de l’homme, de l’artiste qu’il était, a profondément changé.

Réhabilité en tant que comédien, génie du rire, depuis la fin du XXe siècle, le grand dramaturge devient dans les manuels un être quasiment atemporel, exemple parfait de l’artiste complet.

Source The Conversation 

dimanche 11 janvier 2026

Dans les mots de Roger Martin, la force de la mémoire



Dans Dernier convoi pour Buchenwald, réédité en version augmentée, Roger Martin mêle rigueur historique et puissance romanesque pour faire revivre une mémoire trop souvent éclipsée : celle des résistants anonymes, des combats de l’ombre et des dilemmes humains au cœur de l’horreur concentrationnaire. Dans cet entretien mené par Philippe Pivion, l’écrivain revient sur la genèse de son livre, son approche littéraire engagée et la force de la fiction comme vecteur de mémoire.

Bonjour Roger Martin, merci de me recevoir afin que tu parles aux lecteurs de Liberté Actus de ton roman, Dernier convoi pour Buchenwald. Comment t’est venue l’idée de rédiger ce livre, qui, je le précise, est une nouvelle édition augmentée d’une parution de 2013 ?

Il a beaucoup été écrit sur les camps de concentration et sur les camps d’extermination, mais jamais sur un homme qui se trouve dans un des derniers convois en partance de Paris pour Buchenwald afin d’assassiner une figure de la résistance du camp, Marcel Paul, ce qui semble pouvoir relever de la fiction, bien que des agressions contre celui-ci aient eu lieu. J’ai voulu rendre hommage à ces hommes et ces femmes qui, loin de se laisser avilir par l’univers concentrationnaire, décidèrent dans des conditions effroyables de lutter, de mettre en place une solidarité, de préparer dans ce camp une insurrection armée. Alors j’ai tenté de mettre en relief tous ces trésors de dévouement, de sacrifice, de conscience que ces esclaves déshumanisés ont pu mettre en place, sans tomber dans le voyeurisme ni la sensiblerie.

Oui, mais c’est un roman…

Justement, le canal du roman permet de combler les déficits d’information et d’archives que nous constatons sur l’univers concentrationnaire. Nous avons quelques traces, notamment composées par des mémoires, mais bien peu au regard de cette barbarie et de cet anéantissement de tous ceux qui étaient autres au regard de la démence nazie. Les autres sont en dehors de la conception élitiste jusqu’à la folie d’une société qui refusait les handicapés, les non « aryens », les opposants politiques et religieux, tous ceux qui récusaient l’ordre fasciste. L’univers concentrationnaire, c’est l’addition de tout cela. Néanmoins, savez-vous que des chercheurs trouvent encore des journaux intimes ou des morceaux de papiers enfouis dans des boites ou des bouteilles par les hommes qui composaient les Sonderkommandos à Auschwitz ? Promis à la mort après avoir évacué les cadavres des chambres à gaz pour les incinérer, ils voulaient que le monde sache. Ce sont, à chaque découverte, d’immenses émotions qui nous plongent dans ces abîmes de l’enfer grâce à ces documents d’une terrible importance. Alors, le roman permet de dégager l’essentiel, la « substantifique moelle » rabelaisienne, de combler des lacunes et de faire œuvre mémorielle.

Peux-tu dire quelques mots à nos lecteurs sur le personnage principal de ton roman, un peu un anti-héros ?

Je me suis penché sur des épisodes méconnus de l’Occupation nazie en France et de l’action des militants trotskistes. Partant d’une conception à mon avis erronée de la guerre fasciste, ils ont considéré que les militaires allemands étaient avant tout des ouvriers, et que donc il leur fallait mettre en œuvre une solidarité de classe. C’était effectivement se tromper sur la nature même de la machine nazie. Elle avait en général, dès leur enfance, broyé les hommes pour leur inculquer des idéaux contraires à leurs intérêts. Ceux qui avaient réussi à préserver leur conscience de classe deviendront trop souvent à leur tour des victimes car dès que leur hiérarchie apprenait leur hésitation, leurs interrogations, voire lorsque certains diffuseront des écrits dans les bataillons militaires, ils seront condamnés, souvent à la peine capitale. L’action des militants trotskistes n’a pas porté les fruits escomptés. Ces militants, au courage indéniable, contrairement aux communistes, n’offraient aucun débouché concret et utile pour la libération du peuple de France et certains le paieront cher. Notons enfin que le mouvement trotskiste , déjà numériquement faible avant-guerre, n’exercera pas une réelle influence dans les camps de concentration.

C’est un clin d’œil à la réalité présente avec Mélenchon ?

Certainement pas, le contexte est très différent, l’époque, les objectifs. Mais il n’en demeure pas moins que je trouve parfois que des responsables politiques conduisent par leurs analyses superficielles ou pire, populistes, les forces de gauche dans une impasse. Je crois au mouvement ouvrier, à la lucidité des peuples qui arriveront à se libérer des chaînes de l’exploitation éhontée d’aujourd’hui et par-là même redonner espoir à la planète.

Revenons-en à ton livre Dernier convoi pour Buchenwald. N’est-ce pas un paradoxe que de demander à un jeune homme d’aller assassiner quelqu’un dans un camp, qui était une machine institutionnalisée du crime de masse ? 

Le contexte historique de 1944 est complexe. On sait que les Alliés vont être victorieux. L’armée soviétique est aux portes de l’Allemagne. Anglais, Américains et Français viennent de débarquer. La peur de certains est que le Parti communiste français clandestin, dont le poids ne cesse de grandir, prenne le pouvoir en France et en Italie. La question pour les tenants de l’ordre pétainiste encore en place, mais aussi pour un courant très réactionnaire de la Résistance, est de l’empêcher en anéantissant leur ennemi de classe, les communistes, les priver de tout poids significatif dans le nouveau paysage politique français. La liquidation de leurs chefs connus devenait une urgence. Alors j’ai fait le choix d’un personnage tourmenté que j’ai plongé dans un dilemme, celui de la survie de sa famille contre son engagement dans un camp pour tuer un homme dont il ne sait rien. Un des paradoxes que j’ai voulu mettre en avant est aussi cette volonté de liquider des dirigeants communistes, de futurs hommes d’État potentiels incarcérés quand la survie du nazisme était devenue une question de mois, dans un camp où l’espérance de vie n’était pas très longue du fait de la sous-nutrition, des mauvais traitements et des épidémies qui ravageaient les prisonniers. Marcel Paul, car c’est de lui qu’il s’agit, était la figure emblématique de Buchenwald, il était protégé par ses camarades, il n’était pas simple de l’atteindre. En faire un règlement de comptes entre prisonniers pouvait devenir une alternative crédible.

Et c’est là que tu développes toute ta maîtrise du roman noir.

Je ne sais si je développe une maîtrise du roman noir, mais je choisis cette forme littéraire car elle correspond à ce que je veux exprimer. Ce que j’ai ressenti, c’est le besoin de faire ressortir les contradictions d’une époque, les situations cornéliennes que peuvent vivre des personnages, sans tomber dans la mièvrerie ou le grandiloquent, voire le voyeurisme que certains utilisent comme outil de promotion. Le roman noir, c’est porter au bout des situations inextricables pour que leur résolution ouvre une fenêtre d’espoir au lecteur.

J’imagine que tu t’es nourri d’une solide documentation pour écrire ce roman palpitant et enrichissant.

Oui bien sûr, je me suis abreuvé de témoignages, d’œuvres mémorielles, de lettres, de narration et de travail de chercheurs pendant des années pour arriver au terme de cette rédaction. Tu sais, c’est une lente maturation que la digestion de cette documentation, l’assimilation demande du temps, il faut prendre le recul avec tout ce que l’on a absorbé pour restituer une atmosphère, un contexte, une histoire qui de banale peut devenir extraordinaire. Décrire la peur, l’angoisse, d’un personnage qui se sait traqué, qui se pense suivi… Ce n’est pas que de l’imagination, c’est un peu une recherche sur la pensée et sur les craintes de l’individu résistant de cette époque. Moi, je reste estomaqué par le courage et l’abnégation de ces femmes et ces hommes qui risquaient leur peau, celle de leur famille en devenant résistant ! Et que l’on ne me dise pas que « moi, j’en aurais fait autant », non, moi je me pose la question de ce qu’aurait été mon attitude dans ces moments aussi écrasants. Alors, vous me direz que la conscience de classe doit aider… Je pense que c’est beaucoup plus complexe que cela et je tire mon chapeau à ces héros.

Roger Martin, ce Dernier convoi pour Buchenwald a été préfacé par Didier Daeninckx, pourquoi ?

Parce que je lui ai demandé (Roger Martin éclate de rire). Non plus sérieusement, je connais Didier Daeninckx depuis des années, et lorsque je lui avais adressé ce livre lors de sa première parution, il m’avait dit tout le bien qu’il en pensait. Mais, Didier c’est aussi l’homme qui a réintroduit l’histoire dans la littérature, dans les romans noirs avec son fameux Meurtre pour mémoire. C’est pourquoi je l’ai sollicité. Et il a accepté immédiatement. Pourquoi ? Je vous laisse prendre connaissance de sa préface et vous comprendrez que ce n’est pas par amitié ni par complaisance, mais parce qu’il estime que faire œuvre historique par ce biais du roman est important pour les lecteurs et pour l’avenir.

Un mot sur l’écriture, car ton ouvrage est d’une fluidité remarquable.

C’est une question très importante. Si j’écris, c’est d’abord parce que j’ai des choses à dire. Ensuite, si je veux être lu, je dois être compris et accessible. Je ne veux surtout pas rabaisser le niveau de l’écrit comme on serait tenté de le faire à la lecture du style des SMS, ces messages où l’orthographe importe peu, et où les mots sont tordus pour atteindre un niveau pathétique de la langue. On peut croire être compris grâce à 300 mots, et certains scribouillards vont châtrer la langue française pour en faire un reader digest de la littérature. C’est pathétique et fait glisser le niveau de la communication écrite vers les abîmes de l’ignorance. Donc je choisis mes mots, je cisèle ma phraséologie, j’évite les répétitions, je vérifie la signification des termes, je relis cent fois, je corrige autant pour atteindre une meilleure lisibilité et compréhension du lecteur sans jamais abaisser le niveau du style et du contenu.

Merci Roger Martin, Dernier convoi pour Buchenwald paru aux éditions du Temps des cerises, est une œuvre qu’il faut avoir lue ! Je conseille à nos amis lectrices et lecteurs de se précipiter vers leur librairie et commander ce livre important sans tarder. Bravo et merci cher Roger Martin !

Propos recueillis par Philippe Pivion pour Liberté Actus

mardi 6 janvier 2026

Vivre dans un logement trop froid : la réalité sociale de la précarité énergétique

 


La précarité énergétique est un fléau qui concerne de plus en plus de personnes du fait de la volatilité des prix de l’énergie. Elle a des répercussions sur la santé physique et mentale, sur la vie sociale et même sur la scolarité des enfants.


Alors que l’hiver s’installe, environ 3 millions de ménages français sont de nouveau confrontés à une difficulté majeure : celle de la précarité énergétique.

Elle se matérialise par des privations, mais également par un sentiment de honte et une exclusion sociale qui en résultent. Ses effets peuvent être multiples, allant même jusqu’à augmenter l’absentéisme scolaire. Les conséquences sociales et sanitaires, longtemps sous-estimées, sont aujourd’hui mieux documentées par la recherche.

Ce que signifie « être en précarité énergétique » au quotidien

La définition française du phénomène est large : une personne est en précarité énergétique lorsqu’elle rencontre des difficultés à disposer, dans son logement, de l’énergie nécessaire pour répondre à ses besoins de base, du fait de faibles ressources ou de conditions de logement inadéquates. Cela signifie vivre dans un logement trop froid l’hiver, trop chaud l’été, souvent mal isolé, où l’on chauffe une seule pièce pour réduire la facture, où l’on évite d’allumer la lumière, où la présence de moisissures ou d’humidité peut devenir chronique. Ces conditions entraînent fréquemment des comportements de restriction d’énergie, c’est-à-dire consommer volontairement moins que ce qui serait nécessaire au confort ou à la santé. Parfois, cela signifie également passer sous le radar des politiques publiques, car les dépenses en énergie sont volontairement modérées.

Cette situation est d’autant plus fréquente que les prix de l’énergie sont volatiles ces dernières années. En 2018 déjà, 34 millions d’Européens déclaraient ne pas pouvoir chauffer correctement leur logement. Les tensions énergétiques depuis 2021 ont encore accentué ce phénomène : les ménages les plus modestes ont consacré une part croissante de leur budget à leurs factures, réduisant leurs marges de manœuvre.

Les conditions de logement jouent également un rôle central : mauvaise isolation, appareils de chauffage vétustes, infiltrations d’eau, ventilation insuffisante, autant de facteurs qui rendent impossible le maintien d’un confort minimal à un coût acceptable.

La précarité énergétique est un fléau qui concerne de plus en plus de personnes du fait de la volatilité des prix de l’énergie. Elle a des répercussions sur la santé physique et mentale, sur la vie sociale et même sur la scolarité des enfants.


Alors que l’hiver s’installe, environ 3 millions de ménages français sont de nouveau confrontés à une difficulté majeure : celle de la précarité énergétique.

Elle se matérialise par des privations, mais également par un sentiment de honte et une exclusion sociale qui en résultent. Ses effets peuvent être multiples, allant même jusqu’à augmenter l’absentéisme scolaire. Les conséquences sociales et sanitaires, longtemps sous-estimées, sont aujourd’hui mieux documentées par la recherche.

Ce que signifie « être en précarité énergétique » au quotidien

La définition française du phénomène est large : une personne est en précarité énergétique lorsqu’elle rencontre des difficultés à disposer, dans son logement, de l’énergie nécessaire pour répondre à ses besoins de base, du fait de faibles ressources ou de conditions de logement inadéquates. Cela signifie vivre dans un logement trop froid l’hiver, trop chaud l’été, souvent mal isolé, où l’on chauffe une seule pièce pour réduire la facture, où l’on évite d’allumer la lumière, où la présence de moisissures ou d’humidité peut devenir chronique. Ces conditions entraînent fréquemment des comportements de restriction d’énergie, c’est-à-dire consommer volontairement moins que ce qui serait nécessaire au confort ou à la santé. Parfois, cela signifie également passer sous le radar des politiques publiques, car les dépenses en énergie sont volontairement modérées.

Cette situation est d’autant plus fréquente que les prix de l’énergie sont volatiles ces dernières années. En 2018 déjà, 34 millions d’Européens déclaraient ne pas pouvoir chauffer correctement leur logement. Les tensions énergétiques depuis 2021 ont encore accentué ce phénomène : les ménages les plus modestes ont consacré une part croissante de leur budget à leurs factures, réduisant leurs marges de manœuvre.

Les conditions de logement jouent également un rôle central : mauvaise isolation, appareils de chauffage vétustes, infiltrations d’eau, ventilation insuffisante, autant de facteurs qui rendent impossible le maintien d’un confort minimal à un coût acceptable.

Commencez votre journée avec des articles basés sur des faits.

Qui sont les ménages les plus touchés ?

La recherche en économie identifie de manière cohérente trois déterminants de la précarité énergétique : bas revenus, mauvaise performance énergétique du logement et prix élevés de l’énergie. Mais au-delà de ce triptyque, les recherches récentes en la matière apportent des précisions essentielles.

En France sont particulièrement exposés :

  • les personnes âgées, davantage présentes dans des logements anciens, peu isolés, et disposant de faibles revenus ;

  • les ménages isolés, notamment les femmes seules ou les familles monoparentales, dont les dépenses fixes pèsent plus lourd dans le budget ;

  • les locataires du parc privé, souvent logés dans des habitats moins performants que le parc social qui est susceptible de bénéficier d’une meilleure qualité énergétique ;

  • les ménages vivant dans des logements anciens qui n’ont pas fait l’objet de rénovation et qui utilisent plus fréquemment du gaz ou du fioul et qui font donc face à un coût de l’énergie plus important.

Par ailleurs, les ménages « énergétiquement vulnérables », qui ne sont pas définis comme étant en précarité énergétique mais peuvent basculer en cas de choc (hausse de prix, panne d’équipement, baisse de revenu), sont souvent ignorés des politiques publiques, car mal identifiés. Ces ménages représentent un enjeu majeur pour les politiques publiques, car ils n’entrent pas dans les seuils traditionnels utilisés pour mesurer le phénomène.

Les effets de la précarité énergétique dépassent largement l’inconfort thermique. Ils touchent la santé, la vie sociale et les perspectives économiques.

Les impacts sur la santé physique

Un logement trop froid augmente les risques de maladies respiratoires et cardiovasculaires, aggrave les symptômes des personnes souffrant de maladies chroniques, comme l’arthrose ou la polyarthrite rhumatoïde, et favorise l’apparition de moisissures responsables d’allergies ou d’asthme. Être en précarité énergétique multiplierait par sept le risque de mauvaise santé pour les personnes déjà fragiles.

Les coûts associés pour la collectivité sont considérables : près d’un milliard d’euros de dépenses médicales directes en France, et plus de 20 milliards si l’on inclut les coûts indirects liés à la perte de productivité ou aux arrêts maladie.

Une dégradation marquée de la santé mentale

Un résultat central a été établi pendant la crise sanitaire du Covid-19 : la précarité énergétique a un effet causal fort et significatif sur la santé mentale, dégradant les scores d’anxiété, de dépression et de santé sociale. Être en situation de précarité énergétique aurait réduit en moyenne le score de santé mentale de 6,3 points sur 100 et augmenté le score de dépression de 5,35 points et celui d’anxiété de 6,48 points pendant cette période durant laquelle la majeure partie de la population française et européenne a été confinée à domicile à intervalles réguliers.

La situation était encore plus grave pour les personnes déjà fragilisées : pour le tiers le plus vulnérable de la population, l’effet négatif sur la santé mentale atteignait 20 points. L’utilisation des scores permet de quantifier les effets de la précarité énergétique : un score de santé de 100 indique la meilleure santé qui soit, tandis qu’un score de dépression de 100 indique le niveau le plus élevé de dépression.

Une spirale d’isolement et de honte

Plusieurs travaux sociologiques montrent également que les personnes vivant dans des logements froids ou dégradés évitent d’inviter des proches, se replient sur elles-mêmes, et peuvent éprouver un sentiment de honte ou d’échec. Les difficultés à payer les factures conduisent parfois à des coupures d’énergie ou au risque d’endettement, renforçant encore la vulnérabilité sociale.

La précarité énergétique devient ainsi un facteur d’exclusion, au même titre que la pauvreté monétaire, mais en partie invisible car liée à l’espace privé du logement.

Noel Longhurst et Tom Hargreaves, deux chercheurs en sciences de l’environnement, rapportent ainsi dans une de leur publication de 2019 les propos de Barbara, une trentenaire britannique qui souffre de précarité énergétique :

« Je ne reçois personne. Je ne reçois pas d’amis… Personne. Je ne pense pas avoir reçu d’amis depuis environ trois ans… Je n’aime pas la condensation, et c’est très important pour moi. C’est embarrassant. Je suis gênée quand je sors le matin et que je vois qu’on ne peut pas voir à travers les fenêtres. »

Des répercussions sur les trajectoires scolaires

La précarité énergétique affecte également la scolarité des enfants. Vivre dans un logement froid ou mal chauffé complique le travail scolaire à domicile, perturbe le sommeil et accroît la fatigue, avec des effets potentiels sur l’attention et l’apprentissage.

En France, le défenseur des droits souligne que ces conditions de vie dégradées portent atteinte au droit des enfants à un environnement propice aux études et peuvent peser sur leurs résultats scolaires. Ces constats rappellent que la précarité énergétique est aussi un enjeu éducatif et d’égalité des chances.

Un enjeu européen majeur, des réponses encore insuffisantes

Si la France a développé plusieurs outils (chèques énergie, aides à la rénovation, développement du parc social), la littérature montre que les politiques purement financières ont des effets limités, alors que les actions structurelles – rénovation thermique, construction de logements sociaux performants – ont un impact durable sur la réduction de la précarité énergétique.

À l’échelle européenne, la Commission a inscrit la lutte contre la précarité énergétique au cœur de la directive sur l’efficacité énergétique révisée adoptée en 2024. Mais les disparités restent fortes, et la crise énergétique a rappelé la nécessité d’une stratégie plus ambitieuse, combinant protection des ménages, transition énergétique et amélioration massive du parc résidentiel.

 Source The Conversation

 

vendredi 2 janvier 2026

Un tournant dans l’histoire de la peinture. La révolution Jan van Eyck dans la Bourgogne du XVe siècle


 Jan van Eyck, aussi appelé par la forme francisée Jean van Eyck, ou encore Johannes de Eyck, né vers 1390 peut-être à Maaseik et mort à Bruges le 9 juillet 1441, est un peintre né dans les territoires soumis à l'autorité du prince-évêque de Liège Jean de Bavière, qui devient son protecteur.


Il est célèbre pour ses portraits d’un naturalisme minutieux et d'une extrême précision au point qu'on l'a parfois comparé à Apelle. Ses tableaux les plus connus sont Les Époux Arnolfini et La Vierge du chancelier Rolin. Il termina par ailleurs le fameux retable de L'Agneau mystique, commencé par son frère Hubert van Eyck. Il est l'un des premiers artistes à signer ses œuvres

Il est si facile aujourd’hui d’accéder à des milliers d’œuvres et de les faire défiler.Plus difficile d’imaginer qu’au XVe siècle, un peintre travaillait sans lumière stable, au rythme des jours et des saisons.Il s'appelle Jan van Eyck. Et il a révolutionné la peinture.

 Au XVe siècle, peindre reste un métier d’artisan. Van Eyck est peintre de cour, salarié du duc de Bourgogne, soumis à des commandes, des délais, des usages précis.Il ne travaille pas pour la postérité, mais pour des besoins immédiats

 Il ne peint pas seulement des tableaux destinés à durer.Jan van Eyck réalise aussi des décors de fêtes, des éléments éphémères pour des noces ducales, des portraits envoyés à l’étranger, des œuvres aujourd’hui disparues. 

 C’est dans ce cadre contraint, répétitif, parfois ingrat, que se forge sa maîtrise.La révolution eyckienne ne naît pas d’un génie isolé, mais d’un artisan qui connaît les matériaux, les surfaces et les attentes de son temps.

Source Wikipédia et Histoire Odysée