vendredi 29 mai 2026

« Une Noire, et communiste qui porte l’écharpe tricolore, ça dérange encore », dénonce Haby Ka adjointe au maire de Montreuil

 


Victime d’injures racistes sur Internet, la communiste de 28 ans gère le premier budget de la ville de Montreuil : l’éducation.

  Cyprien Cadde, l'Humanité

Haby Ka traverse au pas de course les couloirs de la mairie de Montreuil. La jeune élue, née en 1997 dans la deuxième ville de Seine-Saint-Denis, est en retard à son rendez-vous avec l’Humanité. Un événement avec des écoliers sur le thème du bien-manger l’a retardée – on ne rivalise pas avec un bataillon de bambins. Son agenda donne le vertige. Depuis mars et la réélection du maire PCF de la ville, Patrice Bessac, elle gère le budget le plus important de cette commune de 110 000 habitants, en tant qu’adjointe à l’éducation. Tout en conservant, en parallèle, son poste de responsable des partenariats dans une banque coopérative.

« C’est un choix personnel, assume la communiste, adhérente depuis 2014. Je veux garder un pied dans le monde du travail, la politique n’est pas un métier. » Qu’importe que cela se traduise par des semaines extrêmement denses. Petite, elle a vu ses parents, émigrés du Sénégal, suer à la plonge dans des restaurants afin de subvenir aux besoins de leurs six enfants. À la fin de son lycée, c’est d’ailleurs à travers la lutte pour la régularisation des sans-papiers qu’elle découvre le monde politique : Jeunes communistes (JC) et PCF.

Sensibiliser aux VSS

« La JC a été pour moi un lieu d’éducation populaire. Moi qui venais d’un milieu populaire, avec des parents peu politisés, on m’a formée, rapidement confié des responsabilités », se félicite-t-elle. Haby Ka gravit les échelons au sein de la structure communiste, tout en menant à terme un master de politiques publiques à l’Institut d’études politiques de Fontainebleau. En 2024, elle est élue, dans le cadre du Nouveau Front populaire, suppléante du député Alexis Corbière.

La voilà depuis mars à la tête du portefeuille sensible et stratégique de l’éducation, à un moment où la question des violences sexuelles (VSS) dans le milieu périscolaire se pose de manière brûlante. Le plus gros défi de sa jeune carrière politique, qu’elle prend avec calme et gravité : « La protection des enfants est une des priorités de notre mandat. La ville, en partenariat avec les associations, forme depuis quelques années les professionnels de l’enfance, notamment les animateurs et les Atsem, et sensibilise les parents. Il faut aller plus loin, nous avons besoin que l’éducation nationale prenne le sujet à bras-le-corps à nos côtés. »

Cible d’attaques racistes

Il a fallu à peine un mois de mandat pour que Haby Ka ait à porter plainte après avoir été la cible d’une vague de commentaires racistes sur Internet. Son tort ? Avoir soutenu le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, lui-même victime de commentaires haineux. Parmi les abjections envoyées à Haby Ka, quelques messages anonymes, mais beaucoup d’injures à nom et prénom découverts qui disent le sentiment d’impunité. Certains affichent un engagement ou une sympathie pour le RN ou Reconquête – « ces électeurs attendent d’être satisfaits avec des mesures racistes, c’est au fondement de leur vote », relève l’élue montreuilloise. Mais d’autres posts proviennent de citoyens lambda, sans appartenance politique affichée. Leurs comptes renvoient à des photos de week-end en famille, le cliché d’un chien… La haine ordinaire.

Blindée, Haby Ka assure que les insultes ne l’ont pas « impactée personnellement » : « Je sais rester indifférente à la haine. » Politiquement, en revanche, elle entend bien mener la bataille pour l’antiracisme : « Une Noire qui porte l’écharpe tricolore, ça dérange encore. » Elle ne se définit pas comme « racisée » : « Ce n’est pas nous qui sommes racisés, ce sont les racistes qui nous racisent. Le terme est en revanche utile, quand il permet de qualifier ceux qui subissent le racisme. » La communiste soutient la proposition formulée par Fabien Roussel, en 2022, de rendre inéligibles les personnes condamnées pour incitation à la haine raciale.

Marxiste, antiraciste et féministe

Lectrice assidue d’Angela Davis, de bell hooks, ou encore de Leila Slimani, son autrice préférée, elle considère aussi que le PCF peut aller plus loin sur ce sujet : « Ma formation politique s’est trop longtemps cachée derrière la lutte des classes pour ne pas voir la question spécifique du racisme, dit-elle. On a fini par tomber dans la color blindness (cécité aux discriminations fondées sur la couleur de peau, indépendamment du contexte socio-économique – NDLR). »


Suivez aussi l'actualité politique et sociale sur Mosaik Radios, les radios de toutes les musiques, des plus belles musiques 

lundi 11 mai 2026

Le PCF adopte sa feuille de route pour la présidentielle

 


Lors du conseil national qui s’est tenu samedi et dimanche, place du Colonel-Fabien, le PCF a précisé le déroulement de son congrès et ouvert un appel à candidature en vue de la présidentielle. Fabien Roussel a fait part de sa disponibilité. Les adhérents auront le dernier mot avec un vote du 3 au 6 septembre.

Ordre du jour chargé pour la direction communiste ce week-end : débat sur la situation politique, célébration des 90 ans du Front populaire, définition de déroulement du congrès qui aura lieu à Lille du 3 au 5 juillet, processus de choix pour la présidentielle, vote d’un cahier thématique sur la paix et adoption du budget du parti.

Après l’adoption d’une résolution « Pour la paix et une vie digne, refusons de payer la crise capitaliste et préparons l’avenir ! » (90 pour, 2 contre et 6 abstentions), c’est la préparation du congrès et de l’échéance présidentielle qui a le plus animé les débats.

Pour mettre en œuvre les décisions qui seront prises lors du congrès national, qui se tiendra à Lille du 3 au 5 juillet, le conseil national a décidé que les délégués se réuniraient en conférence nationale, à son issue, afin de définir le bulletin de vote qui sera soumis aux adhérents pour qu’ils tranchent le positionnement du PCF pour la présidentielle, lors d’un vote organisé du 3 au 6 septembre.

« Le projet doit nous guider plus que le casting »

Un calendrier approuvé par 63 voix pour, 9 contre, 8 abstentions, critiqué par plusieurs membres du conseil national. « C’est speedy-gonzales, c’est un passage en force », considère ainsi Jean-Noël Aqua (Paris). « Le calendrier est trop court pour que la majorité des communistes prenne la décision », pour Émilie Lecroq (Seine-Saint-Denis). « Le congrès ne doit pas ressembler à celui de Marseille qui était un grand meeting », ajoute Denis Öztorun (Val-de-Marne). Frédéric Boccara défend l’idée d’une conférence nationale « à l’automne ».

Sur le fond, Saliha Boussedra (Gard) juge qu’une candidature communiste serait « incompréhensible au lieu de travailler à la constitution d’un bloc de gauche », en soulignant le risque d’une victoire de l’extrême droite.

D’autres, au contraire, relèvent le niveau très bas de la gauche qui se situe autour des 30% dans le pays et la nécessité de candidatures qui mobilisent et contestent à l’extrême droite son hégémonie dans les catégories populaires. Bora Yilmaz (Meurthe-et-Moselle) appelle à « faire reculer l’extrême droite avec une candidature communiste » et alerte sur l’importance du calendrier pour éviter un choix par défaut « comme en 2017 ». Esteban Evrard (Pas-de-Calais) estime que « les communistes veulent partir à la bataille ». Pour Clara Gimenez (Hérault), la présidentielle est un moment-clé pour « faire découvrir notre projet de société », quant à Nicolas Cossange (Hérault), il insiste : « Il n’y a que Fabien Roussel qui puisse être notre candidat et donc notre porte-parole. »

Avant eux, le secrétaire national du PCF s’est exprimé : « J’ai lu les trois textes alternatifs qui viendront certainement enrichir la base commune et nos débats. N’en ayons pas peur, le débat est salutaire, utile », a-t-il affirmé, appelant à projeter le PCF dans les « 15 à 20 prochaines années, pour qu’il soit une force politique forte, révolutionnaire, solide, unie ».

Il s’est déclaré « disponible » pour porter le projet communiste devant les Français lors de l’élection présidentielle. « Je suis prêt, si les communistes en décident, à y mettre toute mon énergie », a-t-il indiqué. Pour lui, « le pire serait de ne pas choisir » et « le projet doit nous guider plus que le casting ».

CALENDRIER

6 et 7 juin : vote des adhérents pour choisir la base commune de discussion du congrès.

13 et 14 juin : congrès de section.

20 et 21 juin : congrès départementaux.

3, 4 et 5 juillet : congrès national à Lille avec réunion en conférence nationale le 5 afin de définir les différentes options soumises aux communistes pour la présidentielle.

3 au 6 septembre : vote des adhérents sur le choix pour la présidentielle.

Source La Marseillaise 


SUIVEZ AUSSI L'ACTUALITE POLITIQUE, SOCIALE, ECONOMIQUE, SUR MOSAIK RADIOS LES RADIOS DE TOUTES LES MUSIQUES