Victime d’injures racistes sur Internet, la communiste de 28 ans gère le premier budget de la ville de Montreuil : l’éducation.
Haby Ka traverse au pas de course les couloirs de la mairie de Montreuil. La jeune élue, née en 1997 dans la deuxième ville de Seine-Saint-Denis, est en retard à son rendez-vous avec l’Humanité. Un événement avec des écoliers sur le thème du bien-manger l’a retardée – on ne rivalise pas avec un bataillon de bambins. Son agenda donne le vertige. Depuis mars et la réélection du maire PCF de la ville, Patrice Bessac, elle gère le budget le plus important de cette commune de 110 000 habitants, en tant qu’adjointe à l’éducation. Tout en conservant, en parallèle, son poste de responsable des partenariats dans une banque coopérative.
« C’est un choix personnel, assume la communiste, adhérente depuis 2014. Je veux garder un pied dans le monde du travail, la politique n’est pas un métier. » Qu’importe que cela se traduise par des semaines extrêmement denses. Petite, elle a vu ses parents, émigrés du Sénégal, suer à la plonge dans des restaurants afin de subvenir aux besoins de leurs six enfants. À la fin de son lycée, c’est d’ailleurs à travers la lutte pour la régularisation des sans-papiers qu’elle découvre le monde politique : Jeunes communistes (JC) et PCF.
Sensibiliser aux VSS
« La JC a été pour moi un lieu d’éducation populaire. Moi qui venais d’un milieu populaire, avec des parents peu politisés, on m’a formée, rapidement confié des responsabilités », se félicite-t-elle. Haby Ka gravit les échelons au sein de la structure communiste, tout en menant à terme un master de politiques publiques à l’Institut d’études politiques de Fontainebleau. En 2024, elle est élue, dans le cadre du Nouveau Front populaire, suppléante du député Alexis Corbière.
La voilà depuis mars à la tête du portefeuille sensible et stratégique de l’éducation, à un moment où la question des violences sexuelles (VSS) dans le milieu périscolaire se pose de manière brûlante. Le plus gros défi de sa jeune carrière politique, qu’elle prend avec calme et gravité : « La protection des enfants est une des priorités de notre mandat. La ville, en partenariat avec les associations, forme depuis quelques années les professionnels de l’enfance, notamment les animateurs et les Atsem, et sensibilise les parents. Il faut aller plus loin, nous avons besoin que l’éducation nationale prenne le sujet à bras-le-corps à nos côtés. »
Cible d’attaques racistes
Il a fallu à peine un mois de mandat pour que Haby Ka ait à porter plainte après avoir été la cible d’une vague de commentaires racistes sur Internet. Son tort ? Avoir soutenu le maire LFI de Saint-Denis, Bally Bagayoko, lui-même victime de commentaires haineux. Parmi les abjections envoyées à Haby Ka, quelques messages anonymes, mais beaucoup d’injures à nom et prénom découverts qui disent le sentiment d’impunité. Certains affichent un engagement ou une sympathie pour le RN ou Reconquête – « ces électeurs attendent d’être satisfaits avec des mesures racistes, c’est au fondement de leur vote », relève l’élue montreuilloise. Mais d’autres posts proviennent de citoyens lambda, sans appartenance politique affichée. Leurs comptes renvoient à des photos de week-end en famille, le cliché d’un chien… La haine ordinaire.
Blindée, Haby Ka assure que les insultes ne l’ont pas « impactée personnellement » : « Je sais rester indifférente à la haine. » Politiquement, en revanche, elle entend bien mener la bataille pour l’antiracisme : « Une Noire qui porte l’écharpe tricolore, ça dérange encore. » Elle ne se définit pas comme « racisée » : « Ce n’est pas nous qui sommes racisés, ce sont les racistes qui nous racisent. Le terme est en revanche utile, quand il permet de qualifier ceux qui subissent le racisme. » La communiste soutient la proposition formulée par Fabien Roussel, en 2022, de rendre inéligibles les personnes condamnées pour incitation à la haine raciale.
Marxiste, antiraciste et féministe
Lectrice assidue d’Angela Davis, de bell hooks, ou encore de Leila Slimani, son autrice préférée, elle considère aussi que le PCF peut aller plus loin sur ce sujet : « Ma formation politique s’est trop longtemps cachée derrière la lutte des classes pour ne pas voir la question spécifique du racisme, dit-elle. On a fini par tomber dans la color blindness (cécité aux discriminations fondées sur la couleur de peau, indépendamment du contexte socio-économique – NDLR). »
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