mardi 31 janvier 2012
CHER SARKO !
Le député de l’Aisne René Dosière s’est spécialisé dans la traque des dépenses de l’Elysée et du gouvernement. Il sort cette semaine un livre présentant le fruit de ses investigations. Et si on s’attendait à une facture salée de la présidence bling bling, le détail surprend tout de même.
A coup d'interventions à l'Assemblée et surtout de questions écrites très précises, il raconte ses enquêtes. L’une des plus emblématiques fut sa recherche du coût des Garden Party de l’Elysée du 14 juilllet. Il mettra ainsi près de quatre ans à obtenir le montant exact de celle de 2008, qui a coûté 475.523 euros pour 7050 invités. Au chapitre des augmentations nettes de dépense : le transport aérien. Pendant son quinquennat, le président était en avion en moyenne 24 heures par semaine. François Fillon utilise l'avion 674 heures en moyenne par an, soit le double de Dominique de Villepin lorsqu’il était à Matignon. Le record revient à l'ex-ministre de l'Education Xavier Darcos qui "a fait 158 voyages en six mois" en 2009.
Le budget consacré aux commandes de sondages a été multiplié par quatre depuis la présidence de Chirac (de 500 000 euros à 2,2 millions par an). Dans un autre registre, les forces de sécurité consacrées à la protection du président lors de ses déplacements ont presque triplé, pour arriver selon le député à 450 000 euros de frais de sécurité par tournée. Soit 600 000 euros pour 2 heures de serrage de mains en province a calculé le député.
M. Dosière s'est aussi amusé à calculer le coût de revient d'un ministre (coût total, avec la communication, déplacement, loyers, « train de vie » et conseillers compris) et parvient au chiffre de 17 millions d'euros par an. Un tiers de cette somme étant consacrée à la communication personnelle du ministre.
Des frais de bouche du président (12000 euros par jour, dimanche inclus), à la facture de l’avion présidentielle, Dosière détaille tout dans son ouvrage « L'Argent de l'État », qui sortira jeudi aux éditions du Seuil. Il y fait aussi quelques propositions pour plus de transparence, moins d’abus et une plus claire séparation entre dépenses publiques et frais privés.
Article publié par l'Humanité
dimanche 22 janvier 2012
L'EXPLOSION DU CHOMAGE
Le président du pouvoir d'achat et de l'emploi, version Sarkozy 2007, a vécu. Son ministre du Travail vient de l'enterrer en grande pompe en affirmant ce dimanche matin: "Il n'y aura pas d'amélioration immédiate sur le front de l'emploi dans les mois qui viennent." Xavier Bertrand se fixe une seule feuille de route pour donner le change avant les présidentielles: "Il faut éviter que le chômage explose".
Pour cela, le gouvernement n'a pas grand chose à proposer. lors du Grand rendez-vous Europe 1-Le Parisien-i>Télé Xavier Bertrand parle d'assouplir le recours au chômage partiel. "On avait déjà comme idée de le passer de 20 jours à 8 jours. Si les partenaires sociaux en sont d'accord, nous pourrions proposer de supprimer le principe d'une autorisation administrative du chômage partiel et de faire une simple déclaration, c'est à dire de supprimer tout délai". Le ministre souligne qu'un salarié qui est en activité partielle "reste dans l'entreprise" et "garde son contrat de travail."
Xavier Bertrand s'est aussi retranché derrière les faibles annonces du sommet contre la crise de mercredi dernier. Soit le déblocage de 500 millions d'euros pour financer:
le développement de l'activité partielle
la formation des chômeurs
l'embauche d'un millier de salariés supplémentaires pour le service public de l'emploi. Xavier Bertrand a précisé que le recrutement de 1.000 salariés à contrat à durée déterminée à Pôle emploi débuterait dès le mois de février.
Une broutille par rapport à la multiplication des plans sociaux et des suppressions d'emplois: 438 chez Cofinoga, 265 chez Lejaby rien que pour la fin de semaine.
jeudi 12 janvier 2012
LES FRANCAIS SONT DES FAINEANTS
Selon une étude patronale, les Français sont des fainéants
Oh la belle étude qui arrive à point nommé. L'institut Coe-Rexecode affirme mercredi que la durée de travail des salariés français à temps plein est la plus faible d'Europe après la Finlande et hop, le gouvernement s'en saisit pour remettre en cause l'actuelle législation sur le temps de travail, en vue du sommet pour l'emploi du 18 janvier prochain. Une belle opération bien orchestrée.
Ce jeudi, Xavier Bertrand s'est fait une joie de manipuler cette étude statistique forcément scientifique. "Avec l'étude qui est publiée, il faut qu'on travaille davantage, il faut qu'on fasse travailler davantage de monde", notamment les seniors et les jeunes, affirme à la presse le ministre qui recevait des leaders syndicaux et patronaux dans le cadre de la préparation du sommet social du 18 janvier. Pour Xavier Bertrand, "le travailler plus a toujours son sens". On se demande où est passé le "pour gagner plus".
Derrière l'étude, le lobby patronal
Le ministre du Travail joue sur du velours tant l'institut Coe-Rexecode lui a préparé le terrain. Il faudrait plutôt parler d'échange de bons procédés. Coe-Rexecode, ou Centre d’observation économique et de Recherche pour l’Expansion de l’économie et le Développement des Entreprises, est, dixit son site, "un institut privé d'études économiques né de la fusion, à l'automne 2006, de deux instituts cinquantenaires : Rexecode et le COE de la chambre de commerce et d'industrie de Paris". Parmi ses 80 adhérents, des grosses banques françaises, des fonds d'investissements français, les grands groupes du CAC 40 ainsi que tout ce que le patronat compte de fédérations ou groupements, dont l'IUMM.
Derrière la vitrine de cet institut d'études économiques et sociales se cache donc un bon gros lobby patronal chargé de trouver tous les arguments "scientifiques" pour casser le temps de travail. De fait, dans ses conclusions, l'étude envoie du lourd en préconisant de libérer la durée du travail par des accords d'entreprises, ce qui "conduirait à une augmentation du taux d'emploi et du pouvoir d'achat en France". Pour Coe-Rexecode, "le dynamisme démographique de la France est un atout majeur dont la France peut tirer parti par des réglementations de l'emploi moins restrictives et un meilleur fonctionnement du marché du travail".
Des accords compétitivité-emploi à la place des 35 heures
Ce lobby ayant fait le travail, le gouvernement n'aura plus qu'à enfoncer le clou lors du sommet pour l'emploi de mercredi prochain. Tout est déjà ficelé à attendre Xavier Bertrand. Pour ce dernier, "les accords compétitivité-emploi" que le gouvernement veut mettre à l'ordre du jour du sommet social sont "aussi l'occasion de revenir sur les 35 heures". Des 35 heures "on en est sorti mais pas dans toutes les têtes". Il faut "en sortir sans faire payer une deuxième fois la facture aux ouvriers et salariés", selon lui. Avec des mesures comme celles-là, les actionnaires des entreprises adhérentes de Coe-Rexecode sont assurés de s'y retrouver.
"Campagne de culpabilisation des salariés"
Les syndicats mettent déjà en garde contre ce processus. Le secrétaire général de la CGT Bernard Thibault a dénoncé ce jeudi "une campagne du culpabilisation des salariés", à propos de l'étude Coe-Rexecode. "Cette campagne de culpabilisation des salariés dans notre pays atteint ses limites. Ce n'est pas très original : nous coûtons trop cher, nous ne travaillons pas assez, nous fraudons sur les prestations sociales", a-t-il ajouté déplorant que "malheureusement beaucoup de médias se laissent avoir par des études qui sont loin d'être scientifiques".
"Du point de vue des rémunérations, nous sommes en dessous de la main d'œuvre en Allemagne et du point de vue du temps de travail, nous sommes très comparables", a assuré le secrétaire général de la CGT mais "nous avons des organismes patronaux qui s'efforcent d'entretenir la culpabilisation des salariés français".
"Augmenter le temps de travail sans contrepartie"
Même réaction de la part de François Chérèque. "Une réflexion" est menée "sur ce qu'ils appellent les accords compétitivité-emploi" qui consistent "simplement à donner des outils supplémentaires aux entreprises pour modifier le temps de travail d'une façon plus facile, pour faire pression sur leurs salariés et pour augmenter le temps de travail sans contrepartie sociale", a relevé le leader de la CFDT. "Ces deux points-là, qui se cachent derrière des mesures qui peuvent être positives pour l'emploi, sont dangereuses et ne règlent pas le problème" et peuvent même "aggraver" la situation de l'économie française", explique le leader de la CFDT ce jeudi.
Publié par l'Humanité
lundi 9 janvier 2012
Vidéosurveillance: pris en flagrant délit de vente de L’Huma
Sept dangereux activistes du Parti communiste français ont été neutralisés par la police alors qu’ils vendaient L’Humanité dimanche en pleine rue. Grâce à la vidéosurveillance.
Le 21 décembre, le Premier ministre François Fillon inaugurait la première tranche du nouveau plan de vidéosurveillance de la capitale. A cette occasion, le préfet de police Michel Gaudin se réjouissait d’un dispositif qui permettrait de "diriger les patrouilles de police avec intelligence".
Illustration de cette intelligence, la mésaventure arrivée à sept militants du Parti communiste français, dimanche midi. Comme toutes les semaines, ils vendent L’Humanité dimanche à la criée, au coin de la rue Rambuteau et de la rue Beaubourg, à Paris. Ce jour-là, ils distribuent aussi des tracts contre la TVA sociale.
Mais leur point de ralliement fait face à une caméra de surveillance. Ils le comprennent en voyant trois policiers sortir d’une voiture et se diriger vers eux. Evelyne Zarka, élue communiste du 4e arrondissement, raconte :
“Ils nous ont dit 'contrôle d’identité' et ont parlé de 'trouble à l’ordre public'. Je me suis mise très en colère, nous sommes là chaque dimanche, on discute en vendant l’Huma. C’est un poste historique, tenu depuis cinquante ans par un vieux militant mort l’an dernier.”
Les policiers n’entendent pas lâcher l’affaire et disent avoir été alertés d'un attroupement par le centre de vidéosurveillance. Seule Evelyne Zarka accepte de fournir sa pièce d’identité pour mettre un terme à l’altercation, alors que les passants s’agglutinent.
“Les policiers troublaient l’ordre public bien plus que nous ne l’avons jamais fait”, rigole Nicolas Dutent, un autre des militants présents. Ils repartent finalement bredouille, après avoir arraché l’affiche scotchée sur une banque le temps de la vente, pour la forme.
Ce lundi matin, Ian Brossat, président du groupe Front de gauche au Conseil de Paris, a envoyé un communiqué appelant à un rassemblement au même endroit dimanche prochain.
"D'après les premiers éléments" dont elle dispose, la préfecture de police explique que l'intervention des policiers a été motivée par un appel au commissariat, "corroboré par les images de vidéosurveillance montrant un attroupement devant un établissement bancaire".
Constatant qu'aucune manifestation n'avait été déclarée dans cette zone, les policiers sont intervenus et ont retiré l'affiche "sauvage", qui constitue "en elle-même une contravention". Notre interlocuteur rappelle toutefois que les policiers sont appelés à faire preuve "de discernement" et qu'une telle situation s'est déjà produite.
L’histoire rappelle en effet, à une échelle moindre, les déconvenues d’un militant communiste, Lounis Ibadioune, verbalisé en 2007 pour “vente à la sauvette” de l'Humanité. Après avoir refusé de payer son amende, il a été relaxé au tribunal.
“A l’époque, j’avais interpellé le préfet de police en séance du conseil de Paris”, se souvient Ian Brossat. Le 13 février 2009, Michel Gaudin - préfet à l’époque, toujours en exercice - lui répondait :
“Sur le fond, la Préfecture de police n'a rien à redire sur la vente de l'Humanité à la criée qui se pratique depuis des décennies et se dit même prête à la protéger. Le régime des colporteurs de presse qui existait jusqu'il y a quatre ans supposait une autorisation. Il y a eu probablement un excès de zèle. L'orateur prend l'engagement que l'Humanité pourra être vendu de manière très libre.”
Ironie de l’histoire, les élus communistes s'étaient opposés au plan de vidéosurveillance de la préfecture, adopté avec l’assentiment du maire de Paris.
Camille Polloni pour Inrocks
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