samedi 28 février 2026

Pourquoi le pape Grégoire IX a-t-il déclaré la guerre aux chats ?

 

Dessin, tableau de Toulouse Lautrec 
Au XIIIᵉ siècle, une étrange croisade s’est ouverte… non pas contre des ennemis politiques, mais contre les félins, accusés d’être les serviteurs du Diable. Une croisade aux répercussions bien plus graves que prévu.

Aujourd’hui, le chat est pour beaucoup un animal de compagnie, à la fois tendre et joueur. Toutefois, le chat noir, lui, reste encore souvent associé à la malchance ou au mystère. On le voit fréquemment apparaître dans les films d’horreur ou dans les séries mettant en scène des sorcières, comme Sabrina ou Ma sorcière bien-aimée, où il incarne l’ambiguïté entre le familier et le maléfique. D’où viennent ces croyances qui persistent depuis des siècles ? Pour comprendre cette image sombre du chat noir, il faut remonter au Moyen Âge, une époque où ces animaux étaient au cœur d’une véritable chasse aux sorcières… et où leur réputation fut profondément entachée.

Grégoire IX : pourquoi a-t-il déclaré la guerre aux chats au Moyen Âge ?

Au Moyen Âge, les chats n’avaient pas bonne réputation en Europe. Contrairement à d’autres cultures, comme en Égypte, qui les voyaient comme des symboles de protection ou de chance, les Européens médiévaux les associaient aux forces du mal. Leur comportement mystérieux (ils sont actifs la nuit, dormeurs le jour, attirés par les rats et enclins à se reproduire facilement) les faisait passer pour des créatures déviantes et inquiétantes. En 1233, le pape Grégoire IX va jusqu’à officialiser cette peur dans une bulle papale, dans laquelle il décrit le chat comme un serviteur du Diable, renforçant ainsi une méfiance déjà bien ancrée. Cette décision marque le début d’une longue période de persécutions pour les félins.

La persécution du chat serait à l’origine de la peste ?

La persécution des chats au Moyen Âge s’est révélée être une erreur lourde de conséquences. Leur disparition progressive aurait favorisé la prolifération des rats, principaux vecteurs de maladies graves. Ce déséquilibre écologique aurait donc contribué à la propagation rapide de la peste noire, la terrible pandémie qui a ravagé l’Europe entre 1347 et 1351, causant la mort d’au moins un tiers de la population. Face à ce drame, les Européens ont fini par reconnaître l’importance du chat dans la régulation des nuisibles. Peu à peu, l’animal diabolisé est redevenu un allié précieux du quotidien, utile pour protéger les réserves de nourriture et pour limiter la circulation des maladies.

Quelle était la signification du chat noir au Moyen Âge ?

Chez les chrétiens, en particulier, le chat noir était mal vu : sa couleur sombre était perçue comme un symbole du monde des ténèbres et renforçait l’idée qu’il était une créature maléfique. On l’accusait même de participer aux sabbats, ces rassemblements nocturnes où les sorcières étaient censées invoquer le Diable. À la Saint-Jean, des chats noirs, enfermés dans un sac, étaient jetés au bûcher, et certains ont même été emmurés pour protéger une habitation du démon, comme au château de Combourg, où vécut Chateaubriand. Aujourd’hui, le chat noir a encore mauvaise réputation pour certains d’entre nous, notamment celle de porter la poisse, mais il reste avant tout un animal de compagnie que l’on adore.

Sources :

mardi 24 février 2026

Économie, l’effondrement fantôme de la Russie, autopsie d’un aveuglement occidental



Depuis février 2022, un mot domine le récit occidental : effondrement. L’économie russe devait plier vite. Trois jours, trois semaines, « l’hiver prochain ». Quatre ans plus tard, la Russie n’a pas implosé. Elle tient. Ce qui s’est fissuré, en revanche, c’est la certitude occidentale.

Le 1er mars 2022, Bruno Le Maire déclare : «  Nous allons provoquer l’effondrement de l’économie russe ». La formule est un verdict. La sanction économique est présentée comme une arme décisive. Les titres suivent : forteresse qui s’écroule, défaut imminent, pire crise depuis 1991. Le rouble chute, la Bourse ferme, les taux montent à 20 %. L’instant semble confirmer la prédiction.

Mais l’économie n’obéit pas aux déclarations. Les contrôles de capitaux stabilisent la monnaie. Les prix élevés de l’énergie gonflent les recettes. Les flux commerciaux se redéploient vers l’Asie. Le choc est réel ; l’effondrement ne vient pas. La prophétie change alors de date, pas de nature.

Sous tension, pas en ruine

Après la contraction de 2022, la croissance revient en 2023-2024, tirée par la dépense militaire. L’inflation persiste, nourrie par la pénurie de main-d’œuvre et la hausse rapide des salaires. Les taux culminent à 21 %. Le budget consacre près d’un tiers de ses dépenses à la défense. Le marché du travail est tendu à l’extrême. Les salaires montent, soutiennent la demande et entretiennent la pression inflationniste.

L’économie fonctionne sous contrainte, mais elle fonctionne. Les finances publiques restent opérationnelles. Les exportations énergétiques continuent d’assurer des flux massifs de devises. Le pivot asiatique amortit la rupture occidentale. Rien, à court terme, n’indique une désintégration systémique.

Le récit comme arme

L’économie est devenue un outil politique. Annoncer l’effondrement russe a consolidé l’unité occidentale, justifié l’intensification des sanctions et entretenu l’idée que le temps travaillait pour l’Occident. Lorsque la chute ne survient pas, le discours se déplace. L’implosion immédiate devient stagnation différée. La prophétie se reformule sans s’abandonner. L’effondrement devient fantôme : omniprésent dans le récit, absent dans les faits.

L’angle mort énergétique

La séquence d’Istanbul au printemps 2022 fut un moment charnière. Un compromis était discuté. La visite de Boris Johnson à Kiev a marqué un tournant en faveur de la poursuite du conflit. Une fenêtre diplomatique s’est refermée. Quatre ans plus tard, le contraste est net.

La Russie reste sous tension – inflation liée à la rareté du travail, salaires en hausse, taux élevés – mais elle ne montre pas de rupture macroéconomique imminente. Ses exportations énergétiques alimentent toujours son budget. Le pivot vers l’Asie sécurise ses débouchés.

En revanche, la vulnérabilité énergétique ukrainienne est devenue centrale. Les infrastructures électriques ont été durement touchées. Le pays dépend d’importations d’électricité, d’aides budgétaires massives et d’un soutien occidental continu pour fonctionner. Sa soutenabilité repose sur un équilibre fragile : transferts financiers réguliers, réseau énergétique opérationnel, résilience démographique. Si l’un de ces éléments cède, la fragilité peut devenir systémique.

L’Union européenne elle-même supporte un coût énergétique durablement plus élevé. Les budgets sont sous tension. Les opinions s’usent. L’effondrement fantôme n’a pas eu lieu. Il était le produit d’un pari teinté de supériorité stratégique et nourri par la croyance dans sa propre propagande.

L’histoire montre que les grandes puissances ne tombent pas toujours de leurs faiblesses, mais souvent de leurs illusions.

Source Liberté Actus, Hervé Poly 

samedi 21 février 2026

Comment protester contre les néonazis ? Les leçons de l’histoire allemande

 


La mort de Quentin Deranque, le 14 février 2026 à Lyon, pose la question de la stratégie de certains groupes « antifa » qui choisissent de se confronter aux militants d’extrême droite. À cette occasion, nous republions un article de l’historienne Laurie Marhoefer, à la suite de la mort de Heather Heyer, militante pacifiste tuée par des néonazis à Charlottesville (États-Unis) en 2017.


Après le meurtre de Heather Heyer à Charlottesville, nombre de personnes se sont demandé ce qu’elles devraient faire si des nazis manifestent dans leur ville. Faut-il se mettre en danger dans des contre-manifestations ? Certains disent oui.

L’histoire nous montre que non. Croyez-moi : je suis une spécialiste des nazis. Nous avons une obligation éthique de nous opposer au fascisme et au racisme. Mais nous avons aussi une obligation éthique de le faire d’une manière qui n’aide pas les fascistes et les racistes plus qu’elle ne leur nuit.

L’histoire se répète

La manifestation de Charlottesville en 2017 semblait tout droit sortie d’un manuel nazi. Dans les années 1920, le parti nazi n’était qu’un parti politique parmi d’autres dans un système démocratique, se présentant pour obtenir des sièges au Parlement allemand. Pendant l’essentiel de cette période, il s’agissait d’un petit groupe marginal. En 1933, porté par une vague de soutien populaire, le parti nazi s’empara du pouvoir et instaura une dictature. La suite est bien connue.

C’est en 1927, alors qu’il se trouvait encore aux marges de la vie politique, que le parti nazi programma un rassemblement dans un lieu résolument hostile – le quartier berlinois de Wedding. Wedding était si ancré à gauche que le quartier portait le surnom de « Wedding rouge », le rouge étant la couleur du Parti communiste. Les nazis tenaient souvent leurs rassemblements précisément là où vivaient leurs ennemis, afin de les provoquer.

Les habitants de Wedding étaient déterminés à lutter contre le fascisme dans leur quartier. Le jour du rassemblement, des centaines de nazis descendirent sur Wedding. Des centaines de leurs opposants se présentèrent également, organisés par le Parti communiste local. Les antifascistes tentèrent de perturber le rassemblement en huant les orateurs. Des nervis nazis ripostèrent. Une bagarre massive éclata. Près de 100 personnes furent blessées.

J’imagine que les habitants de Wedding eurent le sentiment d’avoir gagné ce jour-là. Ils avaient courageusement envoyé un message : le fascisme n’était pas le bienvenu.

Mais les historiens estiment que des événements comme le rassemblement de Wedding ont aidé les nazis à construire une dictature. Certes, la bagarre leur a apporté une attention médiatique. Mais ce qui fut de loin le plus important, c’est la manière dont elle a alimenté une spirale croissante de violence de rue. Cette violence a considérablement servi les fascistes.

Les affrontements violents avec les antifascistes ont donné aux nazis l’occasion de se présenter comme les victimes d’une gauche agressive et hors-la-loi.

Cela a fonctionné. Nous savons aujourd’hui que de nombreux Allemands ont soutenu les fascistes parce qu’ils étaient terrorisés par la violence de gauche dans les rues. Les Allemands ouvraient leurs journaux du matin et y lisaient des récits d’affrontements comme celui de Wedding. Ils avaient l’impression qu’une guerre civile allait éclater dans leurs villes. Électeurs et responsables politiques de l’opposition finirent par croire que le gouvernement avait besoin de pouvoirs policiers spéciaux pour arrêter les gauchistes violents. La dictature devint désirable. Le fait que les nazis eux-mêmes attisaient la violence semblait ne pas compter.

L’une des étapes les plus importantes de l’accession d’Hitler au pouvoir dictatorial fut l’obtention de pouvoirs policiers d’urgence, qu’il affirmait nécessaires pour réprimer la violence de gauche.

La gauche encaisse le choc

Dans l’opinion publique, les accusations de désordre et de chaos dans les rues ont, en règle générale, tendance à se retourner contre la gauche, et non contre la droite.

C’était le cas en Allemagne dans les années 1920. Cela l’était même lorsque les opposants au fascisme agissaient en état de légitime défense ou tentaient d’utiliser des tactiques relativement modérées, comme les huées. C’est le cas aujourd’hui aux États-Unis, où même des rassemblements pacifiques contre la violence raciste sont qualifiés d’émeutes en devenir.

Aujourd’hui, des extrémistes de droite parcourent le pays en organisant des rassemblements semblables à celui de 1927 à Wedding. Selon l’organisation de défense des droits civiques Southern Poverty Law Center, ils choisissent des lieux où des antifascistes sont présents, comme les campus universitaires. Ils viennent en quête d’affrontements physiques. Puis eux et leurs alliés retournent la situation à leur avantage.

J’ai vu cela se produire sous mes yeux, à quelques pas de mon bureau sur le campus de l’Université de Washington. L’an dernier, un orateur d’extrême droite est venu. Il a été accueilli par une contre-manifestation. L’un de ses partisans a tiré sur un contre-manifestant. Sur scène, dans les instants qui ont suivi la fusillade, l’orateur d’extrême droite a affirmé que ses opposants avaient cherché à l’empêcher de parler « en tuant des gens ». Le fait que ce soit l’un des partisans de l’orateur – un extrémiste de droite et soutien de Trump – qui ait commis ce que les procureurs qualifient aujourd’hui d’acte de violence non provoqué et prémédité n’a jamais fait la une de l’actualité nationale.

Nous avons vu le même scénario se dérouler après Charlottesville. Le président Donald Trump a déclaré qu’il y avait eu de la violence « des deux côtés ». C’était une affirmation incroyable. Heather Heyer, une manifestante pacifique, ainsi que 19 autres personnes, ont été intentionnellement percutées par une voiture conduite par un néonazi. Trump a semblé présenter Charlottesville comme un nouvel exemple de ce qu’il a qualifié ailleurs de « violence dans nos rues et chaos dans nos communautés », incluant apparemment Black Lives Matter, qui est pourtant un mouvement non violent contre la violence. Il a attisé la peur. Trump a récemment déclaré que la police était trop entravée par le droit en vigueur.

Le président Trump a recommencé lors des manifestations largement pacifiques à Boston : il a qualifié les dizaines de milliers de personnes rassemblées pour protester contre le racisme et le nazisme d’« agitateurs anti-police », avant, dans un revirement caractéristique, de les féliciter.

Les déclarations du président Trump portent leurs fruits. Un sondage de CBS News a révélé qu’une majorité de républicains estimaient que sa description des responsables de la violence à Charlottesville était « exacte ».

Cette violence, et la rhétorique de l’administration à son sujet, sont des échos – faibles mais néanmoins inquiétants – d’un schéma bien documenté, d’une voie par laquelle les démocraties se transforment en dictatures.

Le rôle des « antifa »

Il existe une complication supplémentaire : l’antifa. Lorsque des nazis et des suprémacistes blancs manifestent, les antifa sont susceptibles d’être présents eux aussi.

« Antifa » est l’abréviation d’antifascistes, même si ce terme n’englobe nullement toutes les personnes opposées au fascisme. L’antifa est un mouvement relativement restreint de l’extrême gauche, lié à l’anarchisme. Il est apparu dans la scène punk européenne des années 1980 pour combattre le néonazisme.

L’antifa affirme que, puisque le nazisme et la suprématie blanche sont violents, il faut utiliser tous les moyens nécessaires pour les arrêter. Cela inclut des moyens physiques, comme ce qu’ils ont fait sur mon campus : former une foule pour bloquer l’accès à une salle où doit intervenir un orateur d’extrême droite.

Les tactiques de l’antifa se retournent souvent contre eux, tout comme celles de l’opposition communiste allemande au nazisme dans les années 1920. Les confrontations s’enveniment. L’opinion publique blâme fréquemment la gauche, quelles que soient les circonstances.

Que faire ?

Une solution : organiser un événement alternatif qui n’implique pas de proximité physique avec les extrémistes de droite. Le Southern Poverty Law Center a publié un guide utile. Parmi ses recommandations : si l’alt-right manifeste, « organisez une protestation joyeuse » bien à l’écart. Donnez la parole aux personnes qu’ils ont ciblées. Mais « aussi difficile que cela puisse être de résister à l’envie de crier sur les orateurs de l’alt-right, ne les affrontez pas ».

Cela ne signifie pas ignorer les nazis. Cela signifie leur tenir tête d’une manière qui évite tout bain de sang.

L’idéal pour laquelle Heather Heyer est morte sera mieux défendu en évitant la confrontation physique voulue par ceux qui l’ont assassinée.

Source The Conversation 

Professor of History, University of Washington

 

 

 

vendredi 20 février 2026

Maisons brûlées, Palestiniens blessés, oliviers abattus… le mouvement israélien « Jeunes des collines » se félicite de dizaines d’attaques en Cisjordanie

 


Le mouvement de colons israéliens « Jeunes des collines » a revendiqué, mercredi 18 février, plus de 60 attaques visant des civils palestiniens, dans 33 localités de Cisjordanie occupée. Dans son message publié sur Telegram, consulté par « l’Humanité », le collectif suprémaciste se félicite des blessures portées à « plusieurs Arabes », photos à l’appui.

Tom Demars-Granj, l'Humanité

Tandis que les forces d’occupation israéliennes poursuivent leur annexion de la Cisjordanie occupée, des groupes de colons – protégés par le système d’apartheid en vigueur – peuvent multiplier les exactions violentes contre le peuple palestinien. Exécutions sommaires, massacres, destruction de villages, viols et pillages sont ainsi affichés avec fierté.

Dans un message publié mercredi 18 février, sur sa chaîne Telegram, le mouvement de colons israéliens « Jeunes des collines » a ainsi dévoilé son « bilan de la lutte contre l’ennemi arabe », soit le listage de dizaines d’actes violents contre des Palestiniens en Cisjordanie. Consultée par l’Humanité, confirmant une information de l’Agence France-Presse (AFP), cette liste intitulée « Résumé du mois de lutte contre l’ennemi arabe, en Terre Sainte, au mois de Shevat » dénombre plus de soixante attaques réalisées en un mois, dans trente-trois localités palestiniennes.

Quarante Palestiniens blessés

Ainsi, sept attaques sont revendiquées dans la région de Masafer Yatta, cinq dans le village de Mikhmas, trois dans le village de Jaba, ainsi que dans les villes d’Aqraba, de Sa’ir et de Qutra. Vingt-sept autres localités sont citées, de Hébron à Al-Mughayyir, en passant par Tammun. Outre le nombre de raids réalisés par des colons, le mouvement « Jeunes des collines » se félicite d’avoir blessé quarante Palestiniens sur la même période.

Le ministère palestinien de la Santé, basé à Ramallah, a annoncé qu’un jeune homme de 19 ans était décédé de ses blessures après avoir été blessé par balle par des colons à Mikhmas, mercredi 18 février. Dans un message posté après la fameuse liste, aussi consulté par l’Humanité, le collectif se félicite justement des blessures portées à « plusieurs Arabes » dans ce même village.

Le message – applaudi et validé par des membres de la discussion – est accompagné de quatre photos, où l’on peut apercevoir les bras et jambes ensanglantées d’un homme, ainsi qu’un second couché sur un brancard, au corps recouvert de plusieurs bandages. « Jeunes des collines » annonce aussi, sur son fil Telegram, avoir incendié vingt-neuf véhicules, douze maisons et une mosquée. « En outre, des centaines de vitres ont été brisées, des centaines d’oliviers ont été abattues et des dizaines de pneus ont été crevées », conclut le mouvement suprémaciste.

Ces violences commises par des colons israéliens sont loin d’être isolées. La Cisjordanie occupée – dont Jérusalem-est -, comprend aujourd’hui près de 300 « implantations » israéliennes et 750 000 colons, contre 3,3 millions de Palestiniens. Le tout sur une superficie de 5 660 kilomètres carrés. Au moins 694 Palestiniens ont été contraints de quitter leur domicile sur le seul mois de janvier, selon les chiffres diffusés jeudi 5 février par l’agence humanitaire des Nations unies (Ocha).

« L’usage systématique et illégal de la force »

Le gouvernement Netanyahou profite de l’apathie de la communauté internationale – qui se contente de condamner inlassablement la politique coloniale de Tel-Aviv – pour accélérer son projet d’annexion des territoires palestiniens. La coalition d’extrême droite au pouvoir multiplie ainsi les projets de loi en ce sens. Ainsi, 54 colonies ont été approuvées par Israël sur l’année 2025. Un total rare alors que Tel-Aviv occupe illégalement la Cisjordanie depuis 1967.

Le Haut-Commissariat des Nations unies (ONU) aux droits de l’homme pointe, dans un rapport publié jeudi 19 février, le nettoyage ethnique en cours en Cisjordanie – comme dans la bande de Gaza, théâtre d’un génocide en cours depuis plus de deux ans. L’ONU condamne notamment « l’usage systématique et illégal de la force par les forces de sécurité israéliennes, la détention arbitraire généralisée, la torture et autres mauvais traitements infligés aux Palestiniens détenus, ainsi que la démolition illégale et massive de maisons palestiniennes ».

Les « condamnations » du premier ministre Benyamin Netanyahou, qui avait dénoncé en novembre les violences d’une « poignée d’extrémistes » non représentative selon lui des colons israéliens vivant en Cisjordanie occupée, apparaissent ainsi comme un moyen de détourner l’attention. Comme si ce dernier espérait toujours cacher les crimes de guerre, de génocide et d’apartheid commis sous son mandat.

 

lundi 16 février 2026

Aux États-Unis, le pays le plus pollueur du monde et de loin en proportion de sa population, les vents du « backlash » climatique redoublent d’intensité


Le président Trump a annoncé l’abrogation de l’Endangerment Finding, un texte de l’Agence environnementale américaine (EPA) à la base de toutes les régulations fédérales concernant les émissions de gaz à effet de serre (GES) du pays. Après le retrait de l’accord de Paris et des institutions internationales traitant du climat, c’est un renforcement du backlash climatique qui souffle sur les États-Unis.


L’abrogation de l’Endangerment Finding (qu’on peut traduire par « constat de mise en danger »), annoncée depuis la Maison-Blanche, le 12 février 2026, marque un retour en arrière de près de vingt ans.

Ce texte de l’EPA réunit en effet les éléments scientifiques permettant l’application d’une décision de la Cour suprême des États-Unis datant de 2007, qui appelait l’Agence environnementale américaine (EPA) à inclure les six principaux gaz à effet de serre parmi les rejets atmosphériques qu’elle a mission de réguler.

Nouvelle illustration du backlash climatique de l’Amérique trumpienne, cette abrogation promet de multiples contentieux juridiques qui remonteront sans doute jusqu’à la Cour suprême, dont la décision de 2007 n’a pas été abrogée. 

Aux origines du « backlash »

Titre d’un livre de Susan Faludi paru en 1991, l’expression « backlash » a connu son heure de gloire aux États-Unis dans les années 1990. Elle désignait alors toute régression en matière de droits civiques, en particulier ceux des femmes et des minorités.

Le backlash est revenu en force en 2025, avec le démarrage du second mandat de Donald Trump. La guerre contre les droits civiques a repris avec une grande violence pour les migrants. Elle a été étendue à tout ce qui touche le changement climatique, autrement dit aux droits environnementaux, ainsi qu’à la science.

La guerre anti-climat a été déclarée le premier jour de la présidence. Le 20 janvier 2025, parmi les innombrables décrets signés par Donald Trump, figurait celui annonçant le retrait des États-Unis de l’accord de Paris sur le climat et un autre visant la relance des énergies fossiles.

En termes de politique extérieure, la dénonciation de l’accord de Paris a été complétée en janvier 2026 par le retrait des États-Unis de la convention-cadre des Nations unies sur le réchauffement climatique et du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (Giec). En se retirant de la convention-cadre, l’Amérique trumpienne s’est affranchie de toute obligation en matière climatique.

Les sciences du climat en ligne de mire

Le retrait du Giec illustre un autre volet du backlash : la guerre déclarée contre les sciences du climat et toutes les institutions qui les hébergent.

Si les universités et les centres indépendants comme le World Resources Institute (WRI) ou le Berkeley Earth ont pu résister, trois grandes administrations fédérales ont été directement affectées : l’administration en charge de l’atmosphère et de l’océan (NOAA), les centres de recherche sur le climat de la NASA et l’agence environnementale (EPA), en charge de l’établissement de l’inventaire des émissions de gaz à effet de serre. Ces trois institutions produisent nombre de données et de modélisations utilisées par les scientifiques du monde entier.

Sur le plan de la politique intérieure, l’abrogation de l’Endangerment Finding ouvre la voie à la suppression de l’ensemble des régulations environnementales touchant le climat, notamment dans les transports et l’énergie. Elle a été préparée par la publication du rapport de juillet 2025 du Département de l’énergie, qui relativisait les impacts du réchauffement climatique, instillant le doute sur ses origines anthropiques et affirmant, dans son résumé pour décideurs, que « des politiques d’atténuation excessivement agressives pourraient s’avérer plus néfastes que bénéfiques ».

La question des preuves scientifiques était déjà au cœur de la décision d’avril 2007 de la Cour suprême des États-Unis, dite Massachusetts v. EPA, qui enjoignait à l’EPA d’intégrer les gaz à effet de serre (GES) parmi les polluants atmosphériques qu’elle avait en charge de réglementer. Ce faisant, la Cour a retourné, par une faible majorité (5 contre 4), la jurisprudence antérieure qui reposait sur les supposées incertitudes scientifiques quant au lien entre les émissions de GES et le changement climatique.

C’est à nouveau en contestant les diagnostics des sciences du climat que l’Amérique trumpienne tente de s’affranchir de toute responsabilité face au changement climatique. Cela ne va pas manquer de multiplier les contentieux judiciaires, qui risquent fort de remonter jusqu’à la Cour suprême, dont la décision de 2007 enjoignant à l’EPA de réguler les émissions de gaz à effet de serre n’a pas été abrogée.

Des conséquences déjà tangibles pour le climat

L’abrogation de l’Endangerment Finding vise à inscrire dans la durée la stratégie trumpienne. Celle-ci est guidée par le rétroviseur, avec la promesse de retrouver un paradis énergétique reposant sur une abondance d’énergie fossile livrée à bas coût à la population.

C’est au nom de cette chimère que les dispositifs de soutien aux énergies renouvelables et à l’électrification des usages ont été démantelés en moins d’un an. Cela a conduit les constructeurs américains à mettre un grand coup de frein sur la voiture électrique. Dans les énergies renouvelables, la filière éolienne a été particulièrement visée, avec le gel ou l’arrêt de la plupart des grands projets offshore déjà engagés, généralement portés par des entreprises européennes.

Simultanément, le secteur des énergies fossiles a été cajolé par la « grande et belle loi budgétaire » qui prévoit, entre autres, la cession de nouvelles concessions pétrolières dans le golfe du Mexique et sur les terres fédérales, des allègements fiscaux sur les forages, le report de la redevance sur le méthane, la réduction des redevances minières pour le charbon, l’extension de son extraction sur les terres fédérales et enfin des crédits d’impôt pour le « charbon métallique » utilisé dans les hauts-fourneaux.

Ce cocktail de mesures a contribué à la remontée, estimée à 2,4 %, des émissions de gaz à effet de serre du pays en 2025. La tendance à la baisse des émissions observée depuis 2005 risque ainsi d’être interrompue.

Le tête-à-queue américain peut-il faire dérailler les scénarios globaux de sortie des énergies fossiles ? En 2025, les États-Unis ont été à l’origine de 13 % des émissions mondiales de carbone fossile. Tout dépendra de la façon dont va réagir le reste du monde.

Face au « backlash » : accélération au Sud, hésitations en Europe

Dans le reste du monde, ce n’est pas le backlash, mais l’accélération de la transition énergétique qui prévaut.

La Chine en est devenue l’acteur pivot. Grâce à un investissement sans pareil dans les énergies bas carbone, elle est en train de franchir son pic d’émission à 8 tonnes de CO2 par habitant, quand les États-Unis ont franchi le leur à 21 tonnes, et l’Europe à 11 tonnes. La question clé est désormais celle du rythme de la décrue après le pic.

Devenue le fournisseur dominant des biens d’équipement de la transition énergétique, la Chine a contré la fermeture du marché américain en redirigeant ses ventes vers le Sud global, qui accélère ses investissements dans l’économie bas carbone. L’agressivité trumpiste a même réussi à rapprocher la Chine de l’Inde.

L’accélération de la transition bas carbone est particulièrement forte en Asie. En 2025, l’Inde a stabilisé les émissions de son secteur électrique, grâce à la montée en régime du solaire. La même année, on a vendu, en proportion, plus de véhicules électriques au Viêt-nam ou en Thaïlande que dans l’Union européenne, et le Pakistan s’est couvert de panneaux photovoltaïques.

Dans ce contexte, l’Europe s’enferme dans une position défensive face aux États-Unis, subissant les coups les uns après les autres. Les vents du backlash climatique trouvent même des relais au sein de l’Union européenne, où une partie de la classe politique cherche désormais à freiner, voire stopper, la transition bas carbone.

Cette attitude est contreproductive. Le vieux continent importe la grande majorité de son énergie fossile, et pourrait au contraire reconquérir une partie de sa souveraineté économique en accélérant sa transition énergétique. Cela contribuerait également à relever son taux d’investissement, car l’économie bas carbone est plus capitalistique que celle reposant sur l’énergie fossile.

L’Europe devrait, enfin, mobiliser toutes ses ressources scientifiques pour faire face aux attaques lancées contre les sciences du climat. Aux « faits alternatifs » que cherchent à imposer les « ingénieurs du chaos » – du nom de l’essai éponyme paru en 2019 – sur les réseaux sociaux, il est temps d’opposer avec détermination les faits scientifiques.

Source The Conversation 

jeudi 12 février 2026

Droit aux vacances, à la santé, au logement… le communisme municipal, pourquoi ça marche ?

Photo : La Provence

Depuis un siècle le communisme municipal œuvre, au niveau local, à l’émancipation des travailleurs et des citoyens. Et s’empare des grands combats à mener, notamment sur le besoin de renouveler la démocratie et d’affronter la question climatique. Deux millions de Français ont aujourd’hui un maire communiste.

Gaël De Santi l'Humanité
  
Changer la vie ne dépend pas que de l’élection présidentielle. Les communistes le démontrent chaque jour depuis un siècle. Ils administrent encore aujourd’hui 630 communes. Plus de 2 millions de personnes ont la chance d’avoir un maire communiste ; 20 millions de Français vivent dans une ville comptant au moins un adjoint PCF. Entre les années 1920 et aujourd’hui, les équipes municipales communistes ont répondu aux manques de l’État en menant des politiques innovantes et faisant du commun : incarner la solidarité, développer les services publics, émanciper le temps hors travail.

« Le grand marqueur du communisme municipal, ce sont les politiques sociales, résume Emmanuel Bellanger, directeur du Centre d’histoire sociale du CNRS. Il existe deux grandes matrices. Ces municipalités ont développé le logement social municipal avec les HBM, en s’appuyant sur des offices municipaux. La deuxième est la politique de santé à destination des travailleurs et enfants. On pense immédiatement aux colonies de vacances et centres de santé ».

L’une des premières actions, dans l’entre-deux-guerres, fut de faire reculer l’habitat insalubre qui régnait en lisière des métropoles. Cette politique est née dès les années 1920. Elle s’est poursuivie à la Libération. Et aussi dans les années 1960 et 1970, période durant laquelle la municipalité de Champigny-sur-Marne, avec à sa tête Louis Talamoni, sort des milliers de Portugais d’un bidonville pour les reloger dans des HLM. Et cette politique existe encore aujourd’hui. Maire de Saint-Denis avant 2016, Didier Paillard a fait face à l’installation de camps de Roms sur des friches industrielles. « Au départ, nous avons mis en dignité les habitants, fournissant un accès à l’eau, puis nous avons amélioré l’habitat avec des préfabriqués. En lien avec l’État, nous avons inscrit les habitants dans une démarche d’insertion par le travail pour les adultes, d’inscription à l’école pour les enfants », témoigne-t-il. Petit à petit, les campements ont été résorbés, y compris en accueillant une partie des familles dans le parc de logement public.

Contre les déserts médicaux et pour les logements sociaux

En 2026, les communes communistes insistent plus que jamais pour conserver une part importante de logement social, pour ne pas reléguer les classes populaires aux marges des métropoles. Dans nombre de villes PCF, on compte plus de 40 % de logement public. C’est cette pratique qui a inspiré la loi solidarité renouvellement urbain (SRU) promue par le ministre communiste Jean-Claude Gayssot, qui exige 20 % de logement social dans les communes en tension. Car la ville est pour toutes et tous.

S’appuyant sur la fiscalité locale dans des territoires abritant de l’industrie, nombre de ces communes ont mis en place des politiques de redistribution, par l’intermédiaire de dépenses sociales élevées. Bien que n’étant pas une compétence communale, la santé s’est imposée comme l’une des politiques publiques les plus importantes dans les villes communistes. « Les dispensaires sont nés dans l’entre-deux-guerres, notamment dans la banlieue populaire. La situation sanitaire y était déplorable », relate Benoît Carini-Belloni, maître de conférences en sociologie de la santé. Dans les années 1930, la tuberculose fait rage. « C’était l’époque où s’organisait la médecine libérale, avec ses principes structurants : la relation directe entre médecin et patient, la fixation libre des honoraires et la libre installation », poursuit-il. L’expression « déserts médicaux » n’existait pas encore, mais c’était déjà un défi.

Dès l’origine, les dispensaires prodiguent une médecine à destination des classes les plus populaires, mais très vite l’objectif devient de permettre un « accès aux soins à toute la population », relate le chercheur. Après la guerre, appuyés par la Sécurité sociale, les centres municipaux de santé (CMS) se multiplient, essentiellement dans les villes rouges, permettant l’accès à la médecine spécialisée (dentistes…) à toutes les populations. C’est un effort important. « Dans les années 1970 à Bagnolet, la santé représentait 17 % du budget municipal », souligne Benoît Carini-Belloni.

Aujourd’hui, le modèle renaît. Les CMS permettent de faire face aux manques de personnel soignant, tant en banlieue qu’en dehors des métropoles. Cela s’accompagne d’une transformation des métiers. « Une nouvelle génération de soignants ne veut plus faire de la médecine comme avant », souligne le sociologue. La nouvelle génération veut travailler en équipe et n’est pas gênée par le salariat, qui permet de concilier vie professionnelle et familiale.

L’attention au temps hors travail marque d’ailleurs profondément le territoire urbain. « L’un des facteurs du communisme municipal est de réconcilier travail et vie sociale. On travaillait et habitait dans la ville rouge. Cela crée du lien social, de l’acculturation politique et de la conscience de classe. En sortant de l’usine, on retrouvera des formes de socialisation qui permettent de se reconnaître dans sa ville. Cela crée une fierté d’être ici quand on vient d’ailleurs », souligne Emmanuel Bellanger. Dans les villes gérées ou anciennement gérées par le PCF, les installations sportives ou culturelles sont ainsi très nombreuses, pour permettre une démocratisation des pratiques.

L’écologie pour se renouveler

Ainsi, on ne compte plus les stades du nom d’Auguste Delaune, dirigeant syndical et fondateur de la Fédération sportive et gymnique du travail (FSGT). Ou les théâtres au nom de Jean Vilar ou Gérard Philipe. « Les politiques culturelles sont structurantes. Le théâtre vivant est un marqueur important du communisme municipal. Il participe de l’éducation populaire », expose Emmanuel Bellanger. C’est dans ce cadre que Jack Ralite, maire d’Aubervilliers, a installé le célèbre Théâtre de la Commune dans sa ville. Cette pratique n’est pas qu’un souvenir historique : Fontenay-sous-Bois est l’une des seules villes à avoir inauguré un théâtre municipal lors du mandat sur le point de s’achever.

Pour beaucoup, l’imaginaire du communisme municipal convoque bien sûr le droit aux vacances. Un droit immortalisé dans la chanson entonnée par les enfants de Bagnolet envoyés en colonie sur l’île d’Oléron dans les années 1930 : « C’est nous, les gosses de la Vignerie/qui bien loin du mauvais air/ont un séjour à la mer. /Les gosses de riches en meurent d’envie. /Le séjour est tellement bon à Oléron. /Et c’est bien grâce aux communistes si les enfants sont si joyeux. » De nombreuses villes disposent donc de colonies de vacances, de résidences ou de campings dans des zones de villégiature, à destination de leurs habitants.

À la ville comme à la campagne (la plupart des 630 maires PCF sont élus dans des territoires ruraux), le communisme local est donc marqué par une façon différente de faire de la politique. Le personnel politique y est « à l’image du corps social de la ville. Dans une commune ouvrière, le maire était ouvrier. Dans une commune rurale, il était paysan », souligne Emmanuel Bellanger. Si ce n’est plus vrai systématiquement, l’origine sociale des élus est encore plus modeste que pour d’autres familles politiques. « Nos élus sont souvent issus de quartiers populaires, de professions intermédiaires, sont des ouvriers ou employés », relève Pierre Lacaze, responsable aux élections du PCF.

La participation populaire et l’extension de la citoyenneté à ceux qui en sont privés sont ainsi une constante du communisme municipal. Dans plusieurs villes, les consultations référendaires sont nombreuses, notamment sur des projets municipaux concernant les personnes de nationalité étrangère. À Ivry-sur-Seine, il est envisagé pour le prochain mandat de faire participer certains étrangers aux décisions de la municipalité. Il y a deux décennies, à Bobigny, ont été inaugurés les premiers budgets participatifs. Une initiative qui a ensuite essaimé partout en France.

C’est que le communisme municipal cherche à se renouveler. Et la question écologique y contribue. Ces dernières années, avec d’autres, les communistes ont poussé pour un retour en régie municipale de l’eau. Même s’il n’est pas maire, Christophe Lime est président de France eau publique (FEP), qui fédère 160 collectivités qui ont fait le choix de la gestion de l’eau en régie.

« C’est un marqueur communiste, l’eau est un bien commun », relève-t-il, soulevant le « besoin de réinventer un communisme moderne, en lien avec les attentes d’aujourd’hui, avec le développement durable ». Car l’eau publique est un combat en France, où la gestion de l’eau est dominée par deux acteurs privés, la Générale et la Lyonnaise des eaux, devenus Veolia et Suez. La part du public progresse depuis vingt ans, à la faveur du combat d’élus communistes, de gauche et sous l’impulsion de collectifs citoyens. « Alors que le service public recule partout, le seul qui progresse est celui de l’eau et de l’assainissement », se félicite Christophe Lime.

Les municipalités comme « laboratoires politiques »

Si le terme « communisme municipal » fait florès, ce n’est pourtant pas celui qu’emploient les communistes. Dans l’après-guerre, la gestion municipale est même perçue avec un certain scepticisme ; certains y voient une forme de réformisme. Aujourd’hui, le PCF lui préfère le terme de « municipalisme communiste ». « Nous essayons de faire des municipalités des laboratoires politiques. Mais nous n’avons pas affaire à des îlots de communisme dans une société capitaliste », relativise Igor Zamichiei, coordinateur national du PCF. L’échelon municipal montre surtout, selon lui, qu’une « gestion collective, avec les habitants, pour répondre à leurs besoins et qui ne soit pas centrée sur le profit, est possible ». Et qu’elle ne demande qu’à s’étendre, avec en son cœur la question des services publics.

Avec le temps, les originalités du communisme municipal ont été reprises par des équipes municipales d’autres couleurs, et c’est tant mieux. Mais la baisse des dotations aux collectivités locales rend aujourd’hui les expérimentations plus difficiles. Hors de question, pour autant, de baisser les bras pour des élus de combat qui se réinventent.

mardi 10 février 2026

« La faim extrême et la malnutrition frappent d’abord les enfants » : l’ONU alerte sur la famine au Soudan dans l’indifférence générale


 Les Nations unies ont averti ce mardi 10 février que le temps était compté pour les enfants malnutris au Soudan. La famine se propage dans la région occidentale du Darfour, la guerre entre l’armée et les forces paramilitaires laissant des millions de personnes affamées, déplacées et coupées de toute aide.

Fièvre, diarrhée, infections respiratoires et effondrement des systèmes de santé

Des experts mondiaux de la sécurité alimentaire indiquent que les seuils de famine liés à la malnutrition aiguë ont été dépassés dans les zones contestées d’Um Baru et de Kernoi, dans le Darfour Nord. Ricardo Pires, porte-parole du Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF), a déclaré que la situation s’aggravait de jour en jour pour les enfants.

Dans certaines parties du nord du Darfour, plus de la moitié des enfants souffrent de malnutrition aiguë, a-t-il dit lors d’une conférence de presse à Genève. La fièvre, la diarrhée, les infections respiratoires, une faible couverture vaccinale, l’eau non potable et l’effondrement des systèmes de santé transforment des maladies traitables « en condamnations à mort pour des enfants déjà malnutris », a poursuivi Ricardo Pires.

Depuis avril 2023, le conflit entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide paramilitaires a fait des dizaines de milliers de morts, déplacé 11 millions de personnes et déclenché ce que l’ONU qualifie de l’une des pires crises humanitaires au monde. Pour Shible Sahbani, représentant de l’Organisation mondiale de la santé au Soudan, le pays « fait face à de multiples flambées de maladies : notamment le choléra, le paludisme, la dengue, la rougeole, en plus de la malnutrition ».

Depuis le début de la guerre, l’OMS a confirmé 205 attaques contre des structures de santé, ayant entraîné 1 924 décès. En 2025, 65 attaques ont causé 1 620 décès. En 2026, quatre attaques ont déjà fait 66 morts.

Source L'Humanité 

mercredi 4 février 2026

Châteaux de France méconnus

 

Le Château de Menthon-Saint-Bernard, en Haute-Savoie

Le château de Menthon domine, depuis un rocher de 200 mètres de haut, le lac d'Annecy. Il tient son charme d'un assemblage hétéroclite d’éléments architecturaux d’époques diverses, du XIIIe au XIXe siècle. Classé monument historique, sa bibliothèque de 12 000 volumes, compte des incunables et une des rares éditions complètes de l’encyclopédie de Diderot.

Le Château de Val, dans le Cantal

Le château de Val appartient à la ville de Bort-les-Orgues tout en étant situé dans le Cantal, sur la commune de Lanobre. Il a bien failli disparaître lors de la construction du barrage de Bort-les-Orgues. Le parc a été immergé et seule une montée des eaux moins haute que prévu a épargné la bâtisse de l'engloutissement.

Le Château de Fénelon, en Dordogne

Le château de Fénelon se situe en Périgord noir. Construit sur les ruines d’une forteresse cathare, le château de Fénelon devient anglais au cours de la guerre de Cent Ans, avant que les troupes du duc d’Anjou ne le reprennent en 1375. Théâtre de terribles batailles pendant les guerres de Religion, ce bastion du catholicisme verra naître l’écrivain Fénelon en 1651.

Le Château d’Écouen, dans le Val-d'Oise

Derrière son élégante façade bordée de jardins à la française, Écouen abrite le musée national de la Renaissance et ses riches collections : peintures, sculptures, émaux, tapisseries, mobilier, céramiques…

Le Château de Saint-Point, en Saône-et-Loire

Classé au titre des monuments historiques, le Château de Saint-Point était la propriété d’Alphonse de Lamartine, figure de proue du mouvement romantique et homme politique de premier plan. La visite permet de découvrir la chambre et le cabinet de travail du poète-politicien, conservés tels qu'ils l'étaient à l'époque.


Le Château d'Ainay-le-Vieil, dans le Cher

Ce château médiéval construit au XIVe siècle appartient à la même famille, les Bigny, depuis 1467. Surnommé "le petit Carcassonne", le château d’Ainay-le-Vieil, mélange d’architecture de la Renaissance et du Moyen Âge, semble tout droit sorti d’un conte de fées.

Source CaMinteresse 

dimanche 1 février 2026

CUBA : EN DEFENSE DE L’HONNEUR DU GENRE HUMAIN

 


Dans l'euphorie de l’agression du Venezuela, Trump et son âme damnée, Marco Rubio, ont sonné l’Hallali. Après 67 ans de résistance, c’en serait fini de la révolution cubaine. Cuba devrait tomber cette année.  
Les haineux de toujours, à Miami et ailleurs, quantité de plumes et de voix qui parlent et écrivent au garde à vous renchérissent.
Alors que le rideau est tombé sur les ruines et le massacre de gaza, alors que le génocide s’y poursuit avec ou sans missiles, les yeux se tournent vers Cuba. Faut bien varier les sujets pour faire saliver le chaland. Les tragédies annoncées sont comme des friandises qui font couler l’encre. Deux papiers du journal Le Monde titrent « Dans les rues de La Havane, ville fantôme, meurtrie par les pénuries et les menaces américaines » et « la vie impossible : Il ne reste plus qu’à s’en aller ».
 

AQUI, NO SE RINDE NADIE!
Où étaient ces spécialistes de terrain quand, le président Diaz-Canel en tête, la traditionnelle marche des torches déboulaient des escaliers de l’université ? Quand la Havane et d’autres villes manifestaient avec chagrin et rage contre l’agression au Venezuela ? Quand, de part et d’autre de l’avenue Boyeros, dans un silence de pierre, le peuple de la capitale rendait hommage aux 32 Cubains, morts les armes à la main au service de la souveraineté du pays de Bolivar ? Quand, le lendemain, une file kilométrique attendait de se recueillir devant leurs urnes ? Quand, dans leurs villes natales, leur enterrement donnait lieu à d’imposantes manifestations, autant de promesses de résister, résister encore: "Aqui, no se rinde nadie!"
 
LA CRUAUTÉ DU BLOCUS.
Mais voilà, il ne faut pas que l’on sache cette incroyable résistance cubaine, ce dur désir de durer envers et contre toute adversité, en premier lieu ce blocus étasunien, le plus long, le plus cruel, le plus injuste de l’histoire, amplifié par la récurrence des ouragans, sans cesse implacablement durci. Et sans cesse condamné par l’Onu, juste un entrefilet n'est-ce pas ?
Il faut taire, nier et gommer, cette volonté de défendre des valeurs de solidarité quand elles s’effondrent partout ailleurs, de préserver des acquis en matière d’éducation, de santé, de culture quand ils sont remis en cause partout ailleurs. 
 
EFFACER LA RÉSISTANCE
Cette sorte de miracle si rare, qui devrait au moins susciter la curiosité, devrait être le sujet, est sans cesse éludée.
On est saisi d’indignation devant ces médiocres produits journalistiques qui censurent la résistance cubaine, qui sont une insulte à Cuba et à l’intelligence, en nous décrivant un peuple déjà résigné, déjà vaincu, attendant l’estocade.
Les manifestations, les musiques et chansons, les discours, officiels ou pas, proclament que non et mille fois non, « se rendre n’a jamais été une option ».
Les perroquets de l’empire, ses valets de plumes et les cohortes ignares passent à côté du vrai sujet : à Cuba, depuis 1959 et dans le paroxysme de l’offensive actuelle de la Maison Blanche, se joue une tragédie, un défi de l’honneur humain. 
 
UNE SITUATION CRITIQUE.
L’indignation à la lecture ne tient pas à la situation décrite. Si les plumitifs avaient la décence de s’intéresser aux textes officiels, ils y auraient trouvé plus de matière.
La dernière réunion du comité central a analysé la situation, critique, en tous domaines. Le transport public couvre 42% des besoins, la construction a chuté à 41%, la production est tombée de moitié. Faute de carburant, les camions bennes sont en panne, les ordures s’accumulent. Le déficit électrique atteint les 2000 mégawats, le service d’eau est compromis. On manque de gaz, d’électricité, toute la vie quotidienne est tourment. Et oui, on le sait, des familles ne mangent qu’un repas par jour, l’exode pour raison économique saigne le pays. 
 
APPEL AU MONDE.
Mais Cuba tient et le dit sur tous les tons et élève la clameur à l’Onu, devant tous les gouvernements, tous les peuples, «dans tous les espaces possibles », a déclaré son gouvernement.
Oui, l’économie est effondrée et menacer de taxer les pays qui livrent du pétrole à Cuba vise à affamer le peuple et à plonger l’ile dans l’âge de pierre. Créer la pénurie, la colère et le désespoir, pour provoquer agitation et révolte telle est la recette criminelle et cynique, proclamée par Trump devant le monde entier. Cuba, ruinée et humiliée doit tomber, doit être à nouveau asservie et cela doit servir de leçon au monde entier, surtout à tous ceux qui souffrent et luttent quand même. 
 
L'ÂME DE LA RÉVOLUTION.
Si l’empire parvenait à ses fins, si Cuba disparaissait, une des lumières du monde s’éteindrait.
Cuba est devenue comme l’âme de la révolution, le symbole que notre humanité n’est pas éternellement vouée au malheur et aux larmes, la preuve vibrante que l’espoir existe et qu’il vaut la peine de le défendre même quand tout semble perdu, quand la possibilité de la défaite vous regarde en face.
Il n’y a pas de mots pour dire ce que représente, a échelle de peuple, une telle énergie, un tel courage.
Ce grand espoir qui anime les progressistes de toute éternité, qui a inspiré les luttes de libération, les révolutions, les grands combats émancipateurs des esclaves, des femmes, de tous les opprimés, a trouvé sur cette île un lieu où s’épanouir. Les brigades médicales cubaines, les alphabétiseurs, ont fait irradier la solidarité humaine dans le monde entier.
 
UN PATRIMOINE COMUN.
Le monde entier est redevable à Cuba. Cette révolution appartient au royaume de ce monde, elle est cubaine mais appartient à notre patrimoine commun.
C’est l’empire qui conteste à Cuba le droit de vivre comme un pays souverain, qui a fait d’elle une tranchée.
On y vit mal, de plus en plus mal mais si l’économie est effondrée, la société résiste car là-bas résonne encore l’espoir de Spartacus, des géants de 1789, de ceux de la Commune, d’octobre 1917, de tous ceux des guerres anticoloniales.
Si Cuba tombait, si cet écueil cédait devant la férocité de l’empire, nous devrions tous repartir à zéro comme si tous ces combats passés, qui nous portent et dont nous avons repris le flambeau, étaient effacés.
Cela ne doit pas arriver.
 
LA DIFFÉRENCE CUBAINE.
Défendre Cuba ce n’est pas seulement, aujourd’hui encore, défendre l’éducation malgré la nourriture insuffisante, la santé gratuite malgré les coupures d’eau et d’électricité, la culture généralisée malgré les ordures dans la rue, la recherche pionnière malgré les quartiers écroulés, la médecine solidaire malgré l’absence de transports ;
Défendre Cuba c’est défendre cette petite différence, qu’on l’appelle ou non socialisme, qui a porté haut dans le monde entier les valeurs qui nous inspirent et que nous avons toujours défendues.
A 90 miles de l’empire le plus criminel de l’histoire, si proche d’Haiti qui n’en finit pas de payer dans le sang et les larmes la gloire d’avoir été la première république noire du monde, la première colonie française à se libérer, le sort de cette petite île de 11 millions d’habitants conditionne l’avenir de l’Amérique latine et aussi le nôtre.
Défendre Cuba figure en tête des agendas des progressistes du monde entier. Les Cubains l’ont dit et répété : ici, ils ne passeront pas ! Ils en appellent à la solidarité mondiale : nous ne les laisserons pas passer.
 
Maite Pinero ancienne journaliste et correspondante de l'Humanité à Cuba