Valère Staraselski est un écrivain de talent, doublé d'un penseur très humaniste allant plus loin que les partis politiques. Il a notamment reçu le Prix de la LICRA pour son roman “Le Parlement des Cigognes” (édité au Cherche Midi) et son dernier roman “Les Passagers de la Cathédrale” (également au Cherche Midi) est très apprécié, autant par les catholiques que par les communistes.
Dans son essai, intitulé “Loin, très loin de Jean-Luc Mélenchon...” et édité chez l'Harmattan, ce penseur de gauche regroupe un choix de ses chroniques parues entre 2013 et 2023. La palette est très large et va du pape François à Domenico Losurdo, penseur du communisme.
Les réflexions de Valère Staraselski ont été publiées aussi bien dans “L'Humanité” que dans “Témoignage chrétien”. Ce n'est pas un hasard. Pour lui; l'humanisme passe avant la politique, ce qui ne semble pas être l'avis de Jean-Luc Mélenchon... Pendant la Résistance aux nazis, chrétiens et communistes ont lutté ensemble, avec aussi des républicains, des royalistes et des anarchistes, contre la dictature et pour la liberté.
Valère Staraselski, qui a aussi beaucoup écrit avec talent sur Aragon, est connu et apprécié Outre-Mer. Il mérite vraiment d'être lu. Dans son essai sur Domenico Losurdo, il cite notamment Edgar Morin (qui vient de nous quitter à 104 ans) : « Il s'agit en même temps d'une crise de la pensée politique. Toute politique suppose une vision du monde et de l'humanité, une connaissance de l'économie et de l'histoire, ce que firent de façon différente et antagoniste Tocqueville, Marx et Maurras. Socialisme et communisme étant désormais dénués de tout contenu, ce vide est grave pour ceux qui aspirent à une autre société.» De quoi réfléchir. En se souvenant aussi que le résistant Edgar Morin, champion de la complexité, a été autant gaulliste que communiste pendant l'Occupation... Et il l'a toujours assumé.
NB-Aujourd'hui l'Humanité de plus en plus aligné sur une ligne éditoriale proche des Insoumis et de son chef suprême a rejeté ce travail colossal rappelant l'Historique de ces fêtes et surtout de son passé communiste.
À l'occasion de la rentrée, Fabien Roussel a adressé une lettre
ouverte aux enseignants. Le texte tombe alors que le point d’indice est
gelé depuis trois ans, que le statut des AESH vient d’être enterré au
Sénat et que le recrutement s’effondre dans des disciplines entières.
Une lettre de rentrée donc, mais qui prend rang dans une bataille plus
longue.
« Vous faites l’un des plus beaux métiers du monde mais il n’est pas reconnu comme il le devrait »,
écrit Roussel en ouverture. Ce constat se lit sur les bulletins de paie
autant que dans les statistiques de recrutement. Le point d’indice est
bloqué à 4,92278 euros depuis juillet 2023 – troisième rentrée sans
dégel, pour une inflation cumulée proche de 8 % sur la période. Le Sénat
lui-même le reconnaît dans son rapport sur le budget 2026 : la
quasi-totalité de la hausse salariale affichée par le ministère ne doit
rien à une décision politique, mais au simple déroulement des carrières.
Le Pacte enseignant, présenté depuis 2023 comme le principal complément
de rémunération, voit son financement menacé pour 2027, sans qu’aucun
dispositif ne vienne le remplacer. Roussel réclame « des changements
profonds, à la hauteur de vos missions et de l’enjeu de la
démocratisation des savoirs dans toute la société ».
Le recrutement, lui, s’enfonce. Le Haut-commissariat au plan parle d’une crise « structurelle »,
qui ne ressemble à aucune des tensions ponctuelles connues par le
passé. Sur ce point précis, la lettre anticipe l’argument que le pouvoir
ne manquera pas de ressortir. Fabien Roussel prévient que « da baisse démographique ne doit pas être utilisée pour faire des économies. Au contraire. ».
Quant aux AESH – cent trente-quatre mille huit cents agents,
féminisés à 94 %, payés 1 030 euros nets en moyenne, 83 % à temps
partiel imposé – le Sénat a rejeté en janvier la proposition de loi qui
devait leur donner un vrai statut. Sur ce terrain-là aussi, la lettre de
Roussel arrive après des années d’alertes syndicales restées sans
réponse gouvernementale.
Quelques jours plus tôt, à l’université d’été du PCF à Toulouse, le
secrétaire national du PCF tenait déjà le même langage devant les
militants, dénonçant un « prof-bashing » institutionnalisé et le
mépris affiché par les gouvernements successifs envers la profession.
La
lettre prolonge un positionnement tenu de meeting en meeting, qui fait
de l’école un point d’ancrage constant du discours communiste. Le texte
assume d’ailleurs une adresse directe, presque de pair à pair, plutôt
qu’un catalogue de mesures descendu d’en haut. Quand Roussel écrit que
les enseignants « seuls savent les moyens importants que la Nation doit avoir l’audace de mobiliser »,
il inverse la hiérarchie habituelle du discours politique sur l’école,
où le pouvoir prescrit et le corps enseignant exécute.
Il élargit
d’ailleurs l’enjeu au-delà de la seule question salariale : plus
d’enseignants, écrit-il, c’est ce qu’il faut « pour faire reculer les
inégalités, pour développer la pensée critique, pour démocratiser
l’accès aux savoirs, à la culture, aux sports ». Ici, l’expertise
du métier prime sur l’expertise technocratique.
C’est une position
cohérente avec la ligne du PCF, qui a toujours opposé au pilotage
administratif de l’éducation nationale la reconnaissance du métier par
ceux qui l’exercent.
Le secrétaire national du PCF et le maire ultralibéral
de Cannes, candidat à la présidentielle, ont débattu de la production et
de l’industrie, à l’occasion de l’université d’été du Medef.
L’un veut un État planificateur, l’autre veut le désosser. Sur le
court central de Roland-Garros, un tel fossé idéologique crée forcément
des étincelles. Le secrétaire national du PCF, Fabien Roussel,
était invité, ce 27 août, à débattre avec le maire de Cannes, David
Lisnard, par ailleurs candidat déclaré à la présidentielle, à l’occasion
de l’université d’été du Medef (la Ref).
Au centre du débat : la production et l’industrie, les deux hommes
s’accordant sur le constat inquiétant d’une France qui se
désindustrialise. Quand le communiste y lit l’échec des politiques
libérales qui s’empilent depuis des décennies – politique de l’offre,
baisse des cotisations, crédits d’impôts… –, le Cannois, lui, y voit la
conséquence de « vingt ans de socialisation de l’économie ».
Fabien Roussel souhaite que l’État reprenne la main sur l’industrie
C’est que David Lisnard, qui met régulièrement en scène sa fascination pour le président libertarien de l’Argentine, Javier Milei et dit « voir des communistes partout dans le débat présidentiel », a l’avantage d’endosser, à chaque intervention, la caricature de l’ultralibéral. Jusqu’au burlesque, parfois. « Le soviétisme ne marche pas, c’est comme ça, on a trop administré l’économie », lâche-t-il.
Du populisme patronal en somme, tant son discours allait au-delà même des revendications du Medef.
Face à cela, Fabien Roussel, devant un parterre forcément peu enclin à
l’étatisme, défend son projet de planification industrielle en martelant
que « l’État n’est pas l’ennemi des entreprises » : « Planifier
la réindustrialisation de notre pays pour avoir de la lisibilité,
arrêter le “stop and go”. Nous avons un avantage compétitif sur le volet
énergétique, avec une énergie décarbonée et abondante. »
Pour ce faire, le communiste plaide, face à la rengaine du toujours
moins d’impôts de Lisnard, d’augmenter drastiquement les recettes de
l’État : « La formation est un enjeu immense, rien que ce défi-là va
coûter des milliards d’euros ces prochaines années. On aura besoin d’un
choc d’investissements et d’un plan de relance. On ne paiera pas
uniquement cet investissement en taxant les grandes fortunes et les
dividendes. Tout le monde doit contribuer selon ses moyens. »
Un contrôle renforcé des aides publiques versées aux entreprises
Il a aussi rappelé qu’en termes d’assainissement des dépenses, l’État pourrait regarder du côté des 211 milliards d’aides aux entreprises versées chaque année : « Il
faut les conditionner a minima, pour garantir que notre industrie et
nos emplois restent en France et pour créer les conditions d’une
croissance socialement et écologiquement utile, pour que nous tenions le
cap de nos objectifs climatiques. »
Réunis à Toulouse à l’occasion de leur université d’été
au lendemain d’un été marqué par les conséquences du dérèglement
climatique, les militants communistes de la France entière planchent
pour « organiser la riposte » et « transformer la société ».
Avant une année à forts enjeux, une université d’été pour préparer
les prochaines batailles. Au cœur du quartier populaire du Mirail, dans
les murs de l’université Jean-Jaurès de Toulouse, le PCF lance
officiellement sa rentrée ce vendredi 21 août. Une échéance pour « armer » les militants « à la veille des sénatoriales, de la présidentielle et des législatives »,
comme l’annonce l’hôte des lieux, Corinne Marquerie, secrétaire
fédérale de la fédération de Haute-Garonne. Autant d’échéances qui
diront, selon elle, « si la gauche est capable d’entamer une reconstruction ». « Nous sommes comme des lionnes et des lions prêts à relever tous les défis », tonne-t-elle, appelant les militants à se mettre au diapason de l’histoire de la ville, et d’ainsi « résister, combattre et accueillir ».
Autre local de l’étape, Bastien Bonnargent, secrétaire général des Jeunes communistes (MJCF), abonde en ce sens, rappelant le « cœur rouge » de « Toulouse l’ouvrière ».
Mais plutôt que de s’ancrer dans le passé, celui-ci invite plutôt les
siens à affronter les questions que pose la crise climatique dont les
effets ont pu être largement constaté cet été. Et à faire de la jeunesse
« le moteur de toutes les transformations ». « Comment
révolutionner l’agriculture, construire des logements mieux isolés,
adapter nos territoires pour qu’ils soient plus vivables ?, s’interroge-t-il. Beaucoup de gens ressentent une frustration face à un état impuissant. C’est aussi cela le déclassement ». Et le même de déplorer le « repli sur soi » d’une partie de la gauche, sourde, selon lui, à ce sentiment, et qui aurait « oublié l’essentiel » : « comprendre le monde » avant « d’organiser notre classe même en dehors des élections ».
« S’attaquer à la domination du capital »
« Qui aurait pu prédire ? », se désole Guillaume Roubaud-Quashie, porte-parole du PCF et directeur des universités d’été, reprenant la formule tristement célèbre du président de la République, Emmanuel Macron, sur le dérèglement climatique.« Il nous faut applaudir les héros et héroïnes du quotidien, poursuit-il, faisant référence aux pompiers se battant chaque jour face aux flammes. Mais
il faut surtout construire un autre monde. La première étape, c’est de
s’attaquer au problème à la racine en s’attaquant à la domination du
capital ». Comment ? « Il faut développer la science et les savoirs pour les mettre au service du progrès humain », argue-t-il.
« C’est une génération entière qu’on est en train de sacrifier
alors qu’avec l’écologie il y aurait des centaines d’emplois à créer et
autant de formations, se désole Igor Zamichiei, coordinateur de l’exécutif national du PCF. Il
ne faut pas lâcher, nous avons là un levier important de mobilisation.
Cet été confirme les dégâts causés par les précédents quinquennats et le
capitalisme est tellement aspiré par son désir de rentabilité à court
terme qu’il est incapable de relever ces défis. Il nous faut organiser
la riposte ».
Une riposte qui, selon Léon Deffontaines,
porte-parole du parti et adjoint au maire d’Amiens (Somme), doit
s’incarner ces prochains mois en faisant de la lutte contre le
dérèglement climatique un enjeu central. « Lorsque l’on parle
d’écologie, on parle aussi de planification, de souveraineté, de
réindustrialisation, de services publics et de logement, souligne-t-il. Beaucoup
se demandent à quoi va ressembler le monde dans les temps à venir, il
faut démontrer que nous pouvons encore le changer ».
(Jérusalem) Un ministre extrémiste du gouvernement israélien a
publiquement préconisé de tuer de « 30 à 40 » personnes à Gaza chaque
nuit, des propos qui ont été révélés dimanche et rapidement relayés par
les médias palestiniens.
Le
ministre de la Sécurité nationale, Itamar Ben-Gvir, a tenu ces propos
lors d’un entretien avec un ancien otage détenu à Gaza, Rom Braslavski,
dans le cadre du balado de ce dernier. Alors que les deux hommes
discutaient de la reprise des activités en Israël après l’attaque du
Hamas du 7 octobre 2023, Ben-Gvir a critiqué la récente réduction des
frappes israéliennes à Gaza.
Ce n’est un secret
pour personne, je ne suis pas d’accord avec le premier ministre. Il
faudrait mener des assassinats ciblés à Gaza, en éliminant de 30 à
40 personnes chaque nuit. Pas seulement celles qui représentent une
menace immédiate – il y a là-bas des gens qui ne méritent pas de vivre.
Ils ne devraient pas vivre. Ce ne sont même pas des êtres humains.
Par
le passé, des déclarations similaires de Ben-Gvir et d’autres
responsables israéliens avaient été largement condamnées. Bon nombre
d’entre elles ont été présentées à la Cour internationale de justice
comme preuves d’une intention génocidaire. Israël nie avoir commis un
génocide à Gaza.
PHOTO JEHAD ALSHRAFI, ASSOCIATED PRESS
Des Palestiniens récupèrent du fer dans les
décombres des bâtiments détruits par les frappes aériennes israéliennes à
Gaza, dimanche
Les
médias nationaux israéliens n’ont guère fait état de cette déclaration,
soulignant à quel point des idéologies autrefois marginales, comme
celles de Ben-Gvir, gagnaient du terrain à l’approche des élections
israéliennes du 27 octobre.
Des
personnalités telles que Ben-Gvir ont gagné en popularité auprès des
Israéliens depuis l’attaque brutale du Hamas en 2023, au cours de
laquelle des combattants du groupe extrémiste ont tué environ
1200 personnes et pris 251 otages. De nombreux otages ont fait état de
privations de nourriture prolongées, de violences physiques et
psychologiques et, dans certains cas, d’agressions sexuelles.
Ben-Gvir
n’a pas de pouvoir sur l’armée du pays et ne peut ordonner de frappes
sur Gaza. Mais, après avoir évolué pendant des décennies au sein de la
frange d’extrême droite israélienne, il est aujourd’hui l’une des
personnalités les plus influentes du pays.
Il
exerce un contrôle considérable sur des éléments clés de l’appareil
sécuritaire israélien, dirigeant les prisons du pays – où sont
incarcérés des milliers de Palestiniens de Gaza et de Cisjordanie –
ainsi que la police nationale.
Il
s’est déjà vanté d’avoir réduit les rations alimentaires des
prisonniers palestiniens. Le plus haut tribunal du pays a statué en 2025
que l’administration pénitentiaire dirigée par Ben-Gvir privait les
Palestiniens d’un régime alimentaire de subsistance minimale.
Un jeune Palestinien déplacé traîne un bidon d’eau
rempli à Deir al-Balah, au centre de la bande de Gaza, vendredi
Dans
la même intervention enregistrée, le député a plaidé en faveur d’une
émigration massive des Palestiniens de Gaza – une proposition qui, selon
des juristes internationaux, pourrait s’apparenter à du nettoyage
ethnique – et de la colonisation de Gaza par Israël.
Il
y a 20 ans, Israël s’est retiré de la bande de Gaza, démantelant un
ensemble de 21 colonies juives connu sous le nom de « Gush Katif » et
retirant ses forces.
Toute la bande de Gaza
nous appartient. Des colonies non seulement à Gush Katif, mais dans
toute la bande de Gaza ; encourager autant d’émigration que possible,
les renvoyer dans leurs pays ; et pour les terroristes, pas
d’émigration, rien, juste les tuer un par un.
Itamar Ben-Gvir, ministre de la Sécurité nationale d’Israël
La
dernière proposition de Trump prévoit que le Hamas renonce
progressivement aux armes, tandis que les forces israéliennes cessent
leurs attaques et commencent à se retirer de Gaza. Le Hamas a accepté
cet accord, bien que le groupe ait lié la remise de ses armes les plus
lourdes à la création d’un État palestinien, ce que le gouvernement
israélien actuel et la majeure partie de sa classe politique rejettent
catégoriquement.
Le
premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou affirme qu’Israël ne se
retirera d’aucune de ses positions à Gaza tant que le Hamas n’aura pas
été complètement désarmé. Cette position suspend les autres volets du
cessez-le-feu, notamment le déploiement de forces internationales et
toute reconstruction du territoire dévasté.
Depuis le 22 juillet, la radio a dû rétrocéder 72% de ses émetteurs FM.
Sur
la page Facebook de France Musique, nombreux sont les commentaires
d’auditeurs furieux : ils ne captent plus leur radio préférée. En effet,
en vue d’une grande réorganisation des fréquences intervenue dans la
nuit du 21 au 22 juillet, France Musique a dû rétrocéder près de 300
émetteurs FM, transférés à France Info et au réseau local ICI quand ils
n’ont pas été restitués à l’Arcom, régulateur de l’audiovisuel. Cette
réduction du parc de fréquences FM doit permettre à Radio France de
réaliser 3,9 millions d’euros d’économies par an, soit presque
l’objectif (4,1 millions) fixé au budget 2026.
« Défaut d’équité »
«
Au lieu de partager l’effort, on le fait entièrement porter sur France
Musique. Il y a là un défaut d’équité », proteste un producteur
préférant garder l’anonymat. La radio musicale ne couvre plus que 70 %
de la population française sur la bande FM, moins encore si on retient
le critère du territoire. L’accessibilité monte certes à 87 % de la
population si on ajoute le DAB+ (ou radio numérique terrestre, qui
nécessite un poste récent) et 100 % via internet (smartphone,
tablette, ordinateur). Mais la baisse de voilure sur la modulation de
fréquence risque de laisser certains fidèles de France Musique sur le
bord de la route, malgré la campagne de communication massive lancée
pour informer les auditeurs des possibilités d’écoute alternatives. « Je
ne vais pas faire semblant d’affirmer que je ne nourris pas un peu
d’appréhensions : il risque d’y avoir un effet sur l’audience »,
reconnaît Marc Voinchet. « Mais je veux croire que ceux qui nous aiment voudront garder le lien. »
Alors que la France connaît, en cet été 2026, une situation
exceptionnelle de sécheresse, les cultures agricoles souffrent. Dans le
même temps, la loi d’urgence agricole, votée au Sénat le 21 juillet
dernier, a entériné le doublement des objectifs de stockage de l’eau à
usage agricole à l’horizon 2035.
C’est là tout le paradoxe : avec le changement climatique,
les cultures auront de plus en plus besoin d’eau. Mais celle-ci se
raréfie dans les nappes phréatiques, les lacs, les rivières. Alors que
faire ? Stocker davantage d’eau dans des retenues est-il le seul levier
disponible ? Le type d’agriculture pratiqué et la façon d’irriguer
restent des moyens puissants pour limiter la demande en eau et maximiser
les usages de cette dernière. État des lieux.
Lorsque vient l’été, les pluies se font plus rares sur une grande
partie du territoire français. Les cultures sont alors souvent en manque
d’eau. Pour assurer leur développement, elles puisent l’eau nécessaire
dans le sol, mais lorsque cette ressource est épuisée, l’irrigation peut
prendre le relais et permettre de sécuriser les rendements de certaines
cultures.
Mais ce n’est pas le seul levier d’action possible : la sélection
d’espèces adaptées et des pratiques agricoles appropriées peuvent aussi
améliorer la résilience de l’agriculture face au risque de sécheresse.
Une agriculture responsable de plus de la moitié des consommations d’eau
L’irrigation est réalisable grâce à des prélèvements dans les
hydrosystèmes (nappes, rivières, lacs). Actuellement, elle représente de
7 à 12 % des prélèvements d’eau en France, mais environ 60 % des
consommations.
Comment se fait-il que ces deux chiffres diffèrent ? Tout simplement
parce que l’eau qui est prélevée pour les cultures ne retourne pas
immédiatement aux rivières ou aux nappes. Elle s’évapore ou est absorbée
par les plantes. À l’inverse, pour d’autres usages, comme le
refroidissement des centrales électriques, l’eau prélevée est en grande
partie restituée aux hydrosystèmes.
L’eau prélevée pour l’irrigation est en grande majorité consommée et ne peut ainsi pas être restituée aux hydrosystèmes.Lumin Osity/Unsplash.
Ce n’est pas le cas pour l’irrigation. Elle peut atteindre 90 % de la
consommation en période estivale dans certaines régions (zone
méditerranéenne, sud-ouest de la France), alors même que les débits des
cours d’eau sont au plus bas. Cela entraîne des concurrences fortes
entre les différents usages de l’eau et la part d’eau à laisser à la
nature.
De moins en moins d’eau disponible et des besoins en hausse
Avec le changement climatique, cette situation va empirer. Pour chaque degré de réchauffement supplémentaire, l’évaporation augmente d’environ 7 %, ce qui accentue à la fois la raréfaction de l’eau disponible et la pression sur les nappes et rivières.
L’agriculture se trouve alors devant un paradoxe : les besoins en eau
des cultures augmenteront avec les températures, tandis que les
ressources en eau dans les hydrosystèmes diminueront dans plusieurs
régions du fait de sécheresses plus fréquentes et plus longues.
Face à cette double pression, l’enjeu devrait être de diminuer les
prélèvements agricoles dans les hydrosystèmes en diminuant les besoins
en eau de cultures et en favorisant l’infiltration et le stockage de
l’eau dans les sols.
Pour cela, une première piste consiste à choisir des espèces adaptées au stress hydrique ou des variétés tolérantes à la sécheresse
pour réduire les besoins en eau des cultures. Toutefois, entre capacité
à résister au manque d’eau et maintien d’un bon rendement, il faut
trouver le bon compromis.
En effet, lorsqu’une plante manque d’eau, elle peut investir
davantage de ressources dans le développement de ses racines pour
explorer un plus grand volume de sol et trouver de l’eau. Mais ces
ressources ne sont alors plus disponibles pour la croissance des parties
récoltées, ce qui peut entraîner une baisse du rendement.
Une autre piste, complémentaire et essentielle, repose sur la
capacité des sols à stocker l’eau. Elle dépend d’abord de ses propriétés
propres, notamment de sa texture (c’est-à-dire sa proportion de sable,
de limon et d’argile) et de sa teneur en matière organique, issue des
résidus végétaux, des racines et de l’activité des organismes du sol.
Ces éléments influencent la quantité d’eau que le sol peut retenir et la
manière dont elle y circule.
Mais le stockage de l’eau est également influencé par la capacité du
système de culture, au travers des pratiques mises en œuvre, à favoriser
l’entrée de l’eau dans le sol par infiltration et à limiter ses pertes
vers l’atmosphère.
Certaines pratiques agricoles peuvent en effet favoriser une bonne
structuration des sols, c’est-à-dire une organisation favorable des
pores qui permet à l’eau de pénétrer et de circuler. Ceci favorise
l’infiltration de l’eau dans le sol, limite le ruissellement et donc
augmente la quantité d’eau disponible pour les plantes.
L’agroécologie pour un meilleur stockage de l’eau dans le sol
Les pratiques agricoles visant à préserver les ressources naturelles
– dont l’eau – sont au cœur de l’agroécologie. Cette approche cherche à
concevoir et à mettre en œuvre une agriculture durable, fondée sur des
principes écologiques.
Parmi ces pratiques, on trouve, par exemple, le fait de ne pas
laisser la terre nue entre deux cultures successives, en maintenant une
couverture végétale qui protège la surface du sol et limite
l’évaporation de l’eau. L’utilisation de couverts végétaux permet
également d’apporter de la matière organique au sol (racines, feuilles,
tiges), qui, en se décomposant, augmente sa capacité à retenir l’eau et
améliore sa structure, c’est-à-dire l’organisation des pores permettant à
l’eau de pénétrer et de circuler.
Les rotations de cultures, en alternant différents espèces de
plantes, modifient, elles, les types de racines et de résidus laissés
dans le sol, ce qui stimule la vie du sol (vers de terre,
microorganismes) et améliore progressivement sa structure et donc sa
capacité à laisser infiltrer et stocker l’eau.
Un travail superficiel (10-12 cm de profondeur) post-récolte dans un champ de maïs.Fourni par l'auteur
D’autres pratiques, comme la réduction du travail du sol, notamment la suppression du labour, permettent également de préserver sa porosité et de faciliter l’infiltration de l’eau.
Enfin, l’introduction d’arbres (l’agroforesterie)
modifie le microclimat en apportant de l’ombrage et en réduisant
l’effet du vent, ce qui limite les pertes d’eau par évaporation. Bien
que les arbres consomment eux aussi de l’eau, leurs racines explorent
généralement des couches du sol plus profondes que celles exploitées par
les cultures. Ils peuvent ainsi mobiliser une partie de l’eau présente
en profondeur tout en améliorant les conditions de croissance des
cultures en surface.
Au-delà de la parcelle, l’agroécologie s’intéresse également à la
gestion du paysage – selon le climat, les caractéristiques des sols, la
topographie et le type d’aménagement mis en place –, qui peut
contribuer à retenir l’eau. Par exemple, la mise en place
d’infrastructures paysagères (haies,
terrasses, fossés) peut ralentir les flux d’eau vers l’aval, d’où une
réduction du ruissellement et de l’érosion et un meilleur stockage de
l’eau sur place.
Ces pratiques sont souvent mobilisées conjointement par les
agriculteurs. C’est le cas par exemple des couverts végétaux permanents,
de la réduction du travail du sol et de la diversification des
rotations, qui constituent les piliers de ce qu’on appelle l’agriculture
de conservation des sols.
Le programme de recherche BAG’AGES, centré sur les grandes cultures du bassin Adour-Garonne,
s’y est intéressé. Ce partenariat entre chercheurs, organismes
techniques et agriculteurs a associé des exploitations agricoles et des
sites expérimentaux.
Les travaux menés confirment que ces pratiques peuvent modifier
durablement le fonctionnement hydrique des sols avec une meilleure
infiltration de l’eau, une augmentation du réservoir d’eau utile de
l’horizon de surface du sol de 10 à 15 % par rapport à des sols
régulièrement travaillés par un labour et une réduction du
ruissellement.
Toutefois, ces effets varient selon les types de sols et peuvent
nécessiter plusieurs années avant d’être pleinement observables, le
temps que les propriétés physiques et biologiques du sol évoluent.
En systèmes irrigués, lorsqu’un pilotage adapté de l’irrigation est
mis en œuvre, l’ensemble de ces pratiques, en améliorant la conservation
de l’eau dans le sol et en limitant les pertes, peut réduire les
besoins en eau d’irrigation. Et donc permettre de diminuer les
prélèvements dans les nappes souterraines, les lacs et les cours d’eau.
Repenser le rôle de l’irrigation
Mais l’irrigation reste nécessaire dans de nombreux contextes,
notamment pour certaines productions à forte valeur ajoutée ou fortement
sensibles au stress hydrique, comme le maraîchage ou l’arboriculture,
ainsi que dans des contextes climatiques marqués par des sécheresses
fréquentes et intenses.
Il n’est donc pas envisageable de chercher à se passer
systématiquement et complètement de l’irrigation, mais plutôt de
reconsidérer son usage au regard de l’apport qu’elle peut avoir dans une
transition agroécologique des systèmes agricoles.
C’est une des préoccupations du projet baptisé TAI-OC
(pour Transition agroécologique et irrigation en Occitanie), financé
depuis fin 2022 par l’Inrae et la Région Occitanie pour une durée de
cinq ans.
La mise en place et l’étude d’expérimentations en agroécologie sur différents systèmes de culture (grandes cultures,
viticulture et maraîchage) ainsi que la conduite d’enquêtes chez des
irrigants engagés dans des démarches agroécologiques ont permis de
mettre en évidence la notion d’« irrigation multiservice ».
Il s’agit d’une irrigation qui ne se limite pas à un usage productif
immédiat, mais qui contribue à renforcer les fonctions écologiques des
agroécosystèmes en transition.
Quitte à devoir irriguer, il s’agit de maximiser les usages
bénéfiques à long terme de l’eau utilisée. Par exemple, irriguer pour
installer des arbres qui demanderont moins d’eau par la suite ou des
plantes qui servent à éloigner les ravageurs des cultures, à favoriser
la présence de pollinisateurs ou à enrichir le sol en azote et en
nutriments.
Certains couverts végétaux, comme ici le trèfle, sont appréciés des pollinisateurs.c.pxhere.com/images/eb/46
Une irrigation multiservice peut également permettre d’irriguer des
couverts végétaux entre deux cultures successives pour qu’ils produisent
plus et restituent davantage de matière organique dans le sol. Dans ces
exemples, des services écosystémiques (fertilité des sols, stockage de
carbone et d’eau, régulation des ravageurs) sont permis ou amplifiés par
l’irrigation, ce qui peut, à terme, réduire la dépendance globale à
l’eau.
Au-delà de ce constat qualitatif, les recherches en cours dans le
cadre de ce projet s’attachent à mieux quantifier l’effet de cette
irrigation multiservice. L’enjeu est de savoir à quel horizon et avec
quelle ampleur l’irrigation multiservice permettra à un agriculteur de
limiter ses prélèvements dans les ressources en eau.
Toutes ces pratiques agroécologiques commencent à être intégrées dans certains projets territoriaux de gestion de l’eau (PTGE),
qui visent à construire collectivement, à l’échelle des bassins
versants, un équilibre durable entre les usages de l’eau, la
disponibilité de la ressource et la qualité des milieux aquatiques face
au changement climatique.
Cela illustre que la gestion quantitative de l’eau et la
transformation des systèmes agricoles peuvent, et doivent, être pensées
conjointement afin de mieux s’adapter aux sécheresses futures. Dans
cette perspective, les approches agroécologiques doivent constituer un
critère majeur des arbitrages collectifs relatifs à la gestion de la
ressource en eau.
Les solutions de stockage dans des retenues ne devraient ainsi être
envisagées qu’au terme d’une évaluation comparative de l’ensemble des
leviers disponibles (évolution des systèmes de culture, économies d’eau,
amélioration de l’efficience des usages, recharge des nappes ou
stockage). L’enjeu étant de retenir la combinaison de solutions la plus
pertinente au regard des enjeux locaux. Cela ouvre ainsi la voie à un
nouveau modèle de gestion de l’eau.
Ce texte a été élaboré à l’initiative de la chaire Eau,
agriculture et changement climatique et bénéficie des recherches menées
dans le cadre du projet TETRAE Transition agroécologique et irrigation
en Occitanie (TAI-OC). Les membres de ces deux collectifs ayant soutenu
et/ou collaboré à cet article : Gilles Belaud (Institut Agro, Chaire
EACC), Laurène Casal (MAELAB), Johan Coulomb (Montpellier, Méditerranée
Métropole), Fabien Groud (CCE&C), Marie-Christine Huau (Véolia),
Vincent Kulesza (SCP), Ludovic Lhuissier (Rives et Eaux du Sud Ouest),
Alexandre Mathieu (INRAE, Maraichage), Renaud Misslin (MAELAB), Pierre
Rouault (Institut Agro), Stéphane Ruy (INRAE, Carnot Eau et
Environnement), Paul Vandôme (HSTI) et Claire Wittling (INRAE, G-EAU).
L’efficacité d’une climatisation dépend de nombreux
facteurs : la technologie utilisée, le bâtiment, le réseau électrique,
l’urbanisme local, les usagers.
On peut refroidir une pièce, un hôpital, et même
organiser le froid à l’échelle d’un quartier… mais on ne peut pas
climatiser le climat.
Tant que la climatisation reste un équipement de confort,
les inégalités d’accès à la fraîcheur peuvent sembler acceptables. Mais
lorsqu’elle devient un moyen de protection contre les fortes chaleurs,
elles prennent une dimension de santé publique.
À chaque canicule, la climatisation apparaît comme la réponse la plus
immédiate à la chaleur. Dans certains cas, elle devient même un outil
de protection sanitaire : l’Organisation mondiale de la santé
(OMS) rappelle que les vagues de chaleur touchent particulièrement les
personnes âgées, les nourrissons, les personnes malades ou encore les
personnes isolées.
Mais la climatisation peut-elle tout résoudre ? Continue-t-elle de
fonctionner lorsqu’il fait 45 ou 50 °C dehors ? Toutes les
climatisations se valent-elles ? Et surtout, peut-on imaginer répondre
au réchauffement climatique en refroidissant toujours davantage nos
bâtiments ?
La réponse est nuancée. La climatisation constitue bien l’un des
leviers d’adaptation au changement climatique, mais son efficacité
dépend de nombreux facteurs. Ses limites ne sont pas uniquement
techniques : elles sont aussi physiques, énergétiques, économiques,
urbaines… et humaines.
Toutes les climatisations ne se valent pas
Dans le débat public, on parle souvent de « la climatisation » comme
d’une technologie unique. En réalité, plusieurs systèmes très différents
coexistent.
Les climatiseurs mobiles monoblocs, souvent achetés en urgence lors
des épisodes de chaleur, sont les plus accessibles mais aussi parmi les
moins performants. L’Agence de la transition écologique (Ademe) estime
qu’ils peuvent consommer environ 2,5 fois plus d’électricité qu’un climatiseur fixe
de type split ou qu’une pompe à chaleur réversible pour un même service
rendu. Ils sont également plus bruyants et offrent généralement une puissance de refroidissement plus limitée.
À l’inverse, les systèmes fixes représentent un investissement plus
important, mais leur rendement est bien meilleur. Leur performance est
mesurée par leur coefficient de performance (COP) : les modèles les plus
efficaces produisent plusieurs kilowattheures de froid pour un seul
kilowatt-heure d’électricité consommé.
À une tout autre échelle, les réseaux de froid urbain n’ont plus
grand-chose à voir avec une climatisation individuelle. Une centrale
produit de l’eau glacée qui est distribuée à plusieurs bâtiments, selon
un principe comparable à celui du chauffage urbain. À Paris, le réseau
dépasse aujourd’hui une centaine de kilomètres de canalisations et alimente hôpitaux, bureaux, musées ou grands ensembles immobiliers. Il s’agit d’une infrastructure collective davantage que d’une « grosse climatisation ».
Que se passe-t-il lorsqu’il fait 45 °C dehors ?
Cela paraît paradoxal, mais une climatisation ne fabrique jamais de
froid. Elle déplace simplement la chaleur d’un endroit vers un autre.
Cette opération devient progressivement plus difficile à mesure que la
température extérieure augmente. Maintenir un logement à 26 °C lorsqu’il
fait 35 °C ne demande pas le même effort que lorsqu’il fait 45 °C. Plus
l’écart de température augmente, plus le compresseur doit travailler et
plus le COP diminue.
Il n’existe pas de température à partir de laquelle une climatisation
« cesse de fonctionner ». Les performances dépendent du modèle, de son
dimensionnement, de son entretien et de la température maximale prévue
par le fabricant.
Mais toutes sont soumises aux mêmes lois de la thermodynamique et
c’est la première limite des climatiseurs : lorsque les températures
extérieures augmentent, chaque degré supplémentaire de fraîcheur devient
plus coûteux à produire.
Les pics de consommation électrique
La deuxième limite concerne moins les appareils que le système électrique qui les alimente.
À l’échelle mondiale, climatiseurs et ventilateurs représentent déjà
près d’un cinquième de la consommation d’électricité des bâtiments.
L’Agence internationale de l’énergie estime que cette demande pourrait plus que tripler d’ici à 2050
si les politiques d’efficacité énergétique ne sont pas renforcées. En
France, la consommation électrique totale s’est établie à 451 TWh en 2025, selon RTE.
Le principal enjeu est celui des « pointes estivales » : les besoins
de refroidissement se concentrent précisément pendant les journées les
plus chaudes, lorsque de nombreux équipements fonctionnent
simultanément.
Les réseaux électriques doivent alors être dimensionnés pour répondre
à ces quelques épisodes critiques, c’est-à-dire que l’on construit des
centrales qui ne sont en usage que quelques jours par an.
En France, le chauffage d’hiver demeure aujourd’hui le principal
moteur des pics de consommation, mais la multiplication des canicules
pourrait progressivement déplacer une partie de cette pression vers
l’été.
Qui peut payer le froid ?
Un climatiseur mobile peut coûter quelques centaines d’euros, alors
qu’une pompe à chaleur réversible représente un investissement de
plusieurs milliers d’euros. Quant aux réseaux de froid urbain, ils
supposent des infrastructures lourdes qui ne sont pertinentes que dans
des secteurs suffisamment denses, comme les hôpitaux, les quartiers
d’affaires ou certains ensembles résidentiels.
Derrière cette différence de prix se cache une autre question : qui
peut réellement accéder à un refroidissement efficace ? La question
n’est donc pas seulement celle du coût d’un kilowatt-heure de froid.
Elle est aussi celle de l’accès à des solutions efficaces. Tant que la
climatisation reste un équipement de confort, ces inégalités peuvent
sembler acceptables. Mais lorsqu’elle devient un moyen de protection
contre les fortes chaleurs, elles prennent une dimension de santé
publique.
Une efficacité qui dépend aussi de l’usager
On l’oublie souvent. Les performances d’une climatisation ne
dépendent pas uniquement de la machine. Elles tiennent aussi aux choix
de son utilisateur : le modèle retenu, son dimensionnement, son
entretien ou encore la température de consigne.
Le premier est celui de l’équipement lui-même. Un appareil
correctement dimensionné, installé par un professionnel et adapté aux
caractéristiques du bâtiment, offrira de meilleures performances qu’un
modèle choisi dans l’urgence ou mal dimensionné. L’entretien joue
également un rôle essentiel : des filtres encrassés ou un manque de
maintenance peuvent dégrader les performances et augmenter la
consommation d’énergie.
Enfin, la température de consigne n’est pas anodine. Plus l’écart
entre la température intérieure souhaitée et la température extérieure
est important, plus la climatisation doit fournir d’efforts. Régler son
logement à 26 °C plutôt qu’à 20 °C lors d’une canicule ne relève pas
seulement du confort ; cela influence directement la consommation
électrique et le fonctionnement du système.
Il serait pourtant réducteur d’en conclure que tout dépend de
l’utilisateur. Les choix individuels comptent, mais ils ne remplacent ni
un bâtiment bien conçu ni un équipement performant. Comme souvent en
matière d’énergie, la technologie et les comportements sont
indissociables.
Refroidir dedans, réchauffer dehors
Refroidir un logement revient aussi à rejeter de la chaleur à
l’extérieur. À l’échelle d’un quartier, l’accumulation de ces rejets
contribue à renforcer les îlots de chaleur urbains.
Les réseaux de froid permettent de limiter une partie de ces effets grâce à la mutualisation des équipements et à une meilleure gestion des rejets thermiques.
Ils ne suppriment toutefois pas la contrainte fondamentale : produire
du froid consiste toujours à déplacer la chaleur ailleurs.
La meilleure climatisation est probablement celle dont on a le moins besoin
Les limites de la climatisation ne signifient pas qu’il faudrait s’en
passer. Lors des vagues de chaleur, elle peut sauver des vies. Dans les
hôpitaux, les EHPAD, les crèches ou certains logements particulièrement
exposés, elle peut devenir indispensable.
Mais le véritable enjeu est de réduire les besoins de froid avant de
chercher à en produire toujours davantage. Cela passe d’abord par des
bâtiments mieux adaptés : protections solaires, volets, brise-soleil,
ventilation nocturne, isolation pensée pour le confort d’été,
végétalisation, matériaux réfléchissants ou encore réseaux de froid
lorsque leur déploiement est pertinent.
L’adaptation passe aussi par l’évolution de certaines habitudes.
Choisir un équipement adapté, le faire installer et entretenir
correctement, régler une température de consigne raisonnable, mais aussi
accepter que nos modes de vie évoluent face à des étés plus chauds,
font partie des solutions. Adapter les horaires lorsque cela est
possible ou faire évoluer les codes vestimentaires en période de
canicule peut parfois permettre d’améliorer le confort tout en limitant
le recours à la climatisation.
La climatisation est un outil technologique dont l’efficacité dépend
de la technologie utilisée, du bâtiment, du réseau électrique, de
l’organisation urbaine, mais aussi de l’usager. On peut refroidir une
pièce. On peut refroidir un hôpital. On peut même organiser le froid à
l’échelle d’un quartier. Mais on ne peut pas climatiser le climat.
Pendant longtemps, nous avons surtout cherché à adapter les bâtiments
à nos habitudes. Avec des étés qui dépassent désormais régulièrement
les 40 °C, c’est peut-être l’inverse qui commence à se produire : nous
allons aussi devoir adapter certaines de nos habitudes à notre
environnement. Porter un bermuda au bureau pendant une canicule n’est
peut-être pas seulement une question de confort ; c’est peut-être déjà
une forme d’adaptation au changement climatique.
Anthony Gonçalves, oncologue à l’Institut Paoli-Calmettes et adjoint communiste à la Santé de la Ville de Marseille, dénonce les conséquences du doublement des franchises médicales sur le renoncement aux soins et sur notre modèle de protection sociale.
La Marseillaise : Le gouvernement a annoncé le doublement des
franchises médicales et une hausse du reste à charge. Quel regard
portez-vous sur ces mesures?
Anthony
Gonçalves : Je suis profondément choqué par ces annonces. Le
gouvernement considère que les gens consomment des médicaments ou ont
des actes médicaux pour se faire plaisir. Il imagine qu’en augmentant
ces franchises, ils vont réduire leur consommation médicale, ce qui est
totalement faux. La grande majorité de ces consommations répond à des
besoins réels. Ça va toucher des personnes atteintes de maladies graves
qui n’ont pas choisi de l’être.
Ces mesures permettraient, selon le gouvernement, de financer l’accès aux soins. Qu’en pensez-vous?
A.G. :C’est
incroyable de ponctionner les malades pour favoriser l’accès aux soins.
C’est l’inverse qui va se passer. Penser qu’on va freiner des dépenses
de santé comme s’il s’agissait d’une consommation de confort est un
calcul terrible. Les plus modestes, souvent en affection de longue
durée, vont renoncer aux soins dont ils ont besoin. Les malades du
cancer, avec des traitements lourds et réguliers, seront touchés de
plein fouet. Au final, cela dégradera leur état de santé et coûtera
encore plus cher lorsqu’il faudra les hospitaliser. C’est le calcul
égoïste d’un gouvernement à l’affût de la moindre économie. Il ne va pas
chercher l’argent là où il se trouve. On nous parle du déficit de la
Sécurité sociale, mais il est largement alimenté par les exonérations de
cotisations accordées aux entreprises.
Qui seront les plus pénalisés?
A.G. :
Les retraités vivant avec moins de 1 500 euros par mois et atteints
d’affections de longue durée, de cancer ou de maladies
cardiovasculaires. Ce sont des patients qui ont besoin de consultations
et de prescriptions régulières. On va aller taper dans la poche de ceux
qui n’ont déjà pas beaucoup pour vivre.
Quelles seront les conséquences de ces mesures sur le prix des mutuelles?
A.G. :
On parle d’un transfert de charges de 1,5 à 2 milliards d’euros, donc
les mutuelles vont mécaniquement augmenter leurs tarifs, alors qu’ils
sont déjà un problème pour une partie de la population. D’où notre idée
d’instaurer une mutuelle communale à Marseille, pour permettre aux plus
modestes d’accéder à une complémentaire à un tarif plus favorable.
Que révèlent ces annonces sur la gestion politique de notre système de santé?
A.G. :
Depuis des années, on entend cette petite musique de la
responsabilisation des malades. L’idée serait de dire que le droit à la
santé est une affaire de responsabilité individuelle. C’est un retour en
arrière de plus sur un droit universel, qui ne doit dépendre ni des
revenus ni du niveau social. On assiste à une attaque en règle globale
contre notre système de Sécurité sociale.
Les annonces ont été faites en plein été, sans débat parlementaire. Que pensez-vous de la méthode?
A.G. :
La méthode est aussi choquante que le fond. L’an dernier, cette
proposition avait été rejetée par le Parlement. Le gouvernement revient à
la charge sans passer par le débat. C’est le pari abominable du
gouvernement : on fait passer les mauvais coups pendant l’été.